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mardi 4 mai 2010

"Nous, on n'est pas socialiste."

Le 1er mai, alors que je venais de me mettre dans la file de ma boulangerie favorite pour acheter notre pain quotidien, le client se trouvant devant moi voulut se montrer sympathique à l'égard de la caissière et lui déclara, avec un ton plaintif : "Ah, vous, vous êtes obligée de travailler le 1er mai."

La réponse de la commerçante fut cinglante : "Ah non ! Nous, on n'est pas socialiste !"

Il y a de quoi être interloqué, car lorsqu'on vient chercher son pain, on ne s'attend pas à ce que la marchande vous balance ses idées politiques à la figure, d'autant plus dans une commune où 60% de la clientèle a voté à gauche lors des dernières élections. C'est déjà un certain mépris à l'égard des autres salariés de la boulangerie qui auraient peut-être bien aimé rester au lit ce jour-là et profiter d'un beau jour férié, mais qui ont préféré rester au travail pour payer les traites ou pour permettre à leurs enfants de partir en vacances. C'est d'autant plus simpliste que la symbolique du 1er mai est loin de se limiter aux socialistes.

Ce positionnement est d'autant plus bizarre dans une logique commerciale. Normalement, l'argent n'a pas d'odeur. Pour un commerçant, que son client soit de gauche ou de droite, du moment qu'il paie, quelle importance ? Ce qui compte, c'est qu'il laisse les 0,85 € de sa baguette ou les 1,75 € de son pain complet...

Ah oui, cher lecteur, si tu es en province, tu vas peut-être réagir en lisant ces tarifs. Certes, le niveau de vie à Paris est plus élevé, mais cela n'explique pas ces prix, d'autant plus que les prix du grain ont nettement diminué depuis le krach de 2008. A l'évidence, il n'y a pas que dans sa volonté de travailler le 1er mai que ma boulangère n'est pas socialiste...

jeudi 27 août 2009

La banlieue flambe : responsabilités de nos autorités.

Ce billet a été rédigé durant mes vacances, le 13 août 2009.

Lundi 10 août au soir, au-dessus de ma bonne ville des Lilas, un (ou plusieurs, difficile à dire à cause de l'écho du bruit des pâles) hélicoptères tournent. L'un d'entre eux est passé à proximité de mon domicile et a éclairé mes fenêtres avec son projecteur. Cette présence était sûrement liée aux événements qui étaient censés se dérouler à Bagnolet, commune voisine, ce soir-là. Or, il ne s'est pas passé grand-chose.

A chaque fois, je ressens une véritable gêne face au traitement médiatique de ces affaires. Reprenons un peu les éléments. Dimanche 9 août au soir, un gamin se tue en mobylette. Jusque là, rien de très inhabituel. Ce qui l'est moins est que cette mobylette était poursuivie par une voiture de police. A ce jour, c'est la seule information dont nous sommes vraiment sûr, puisqu'ensuite, les versions divergent largement. Les policiers indiquent que la moto s'est plantée dans un mur toute seule. Des témoins, assez bien relayés par la presse (car ils ont le droit de s'exprimer dans les médias, contrairement aux policiers) nous disent que la voiture a heurté la moto, avec des voix bouleversées. Enfin, quelques heures plus tard, l'Inspection Générale des Services nous déclare qu'il semble que ce soit la version des policiers qui soit la bonne. Une enquête judiciaire est donc ouverte.

Si tu reprends l'ensemble du paragraphe, tu constateras que le seul élément sûr est qu'un jeune de 18 ans s'est tué en moto alors qu'il était pris en chasse par une voiture de police. Le reste n'est que conjecture.

Apparemment, les médias et les institutions n'ont pas pris en compte les leçons de 2005. Souviens-toi qu'à l'époque, des jeunes se tuent dans un transformateur électrique à proximité d'une cité de Clichy-sous-Bois. Les témoins disent que les gamins sont entrés dans le bâtiment pour échapper à la police, ce que les policiers nient. Le ministre de l'intérieur de l'époque, outrepassant ses devoirs, soutient mordicus les fonctionnaires, et il est largement relayé par les médias. Rapidement, Clichy s'embrase, et le reste du territoire suit rapidement.

Or, le procès a montré que les témoins avaient raison. Ce verdict a d'ailleurs été peu retranscris par le monde médiatique, et les politiques n'en ont pas dit un mot. Il ne fallait sans doute pas déranger le tout nouveau président de la République avec une affaire qui le mettait complètement en défaut... Il est pourtant anormal que des gens qu'on a accusé de mensonges n'aient pas eu droit à une réparation dans la sphère publique, une sorte de droit de réponse.

Il faut cependant être clair, cher lecteur : je ne prends absolument pas position. Chaque affaire est différente et mérite un traitement particulier. Dans une saine démocratie, on attend que l'enquête se déroule et que le procès ait lieu avant de s'exprimer. Que les complices des délinquants racontent n'importe quoi dans les médias n'a aucun intérêt, tant que ces témoignages ne sont pas validés par la justice. Que la police dise qu'elle a été exemplaire n'a aucun intérêt, tant que la justice n'a pas estimé que c'était une réalité. Que les politiques disent qu'ils soutiennent les fonctionnaires est une chose, qu'ils les couvrent lorsqu'ils font n'importe quoi est autre chose.

Si l'on respectait ces saines règles, on aurait peut-être un peu moins besoin de gâcher du carburant en faisant voler des hélicoptères...

dimanche 7 décembre 2008

Les municipalités de gauche dépensent parfois de l'argent inutilement.

Cher lecteur, comme nous sommes dimanche, qu'il fait gris et que je suis fatigué, j'ai envie de t'entretenir d'un sujet léger, sans grand intérêt, mais qui m'énerve grandement.

Le 26 novembre, j'ai découvert que ma commune, la petite ville des Lilas (93), a décidé d'allumer les décorations de Noël. Sur le moment, je me suis dit : "hum, ils doivent faire un test pour vérifier que tout marche bien, et ils rallumeront tout cela dans quelques jours". Le lendemain, ma surprise et mon agacement ont augmenté : les lumières, flashs et autres projecteurs fonctionnaient bel et bien, et toute la nuit, de 17h30 jusqu'à 7h00 du matin. Ma surprise s'est accrue lorsque j'ai pu me rendre compte que les autres communes du coin, Pantin et le Pré Saint-Gervais, avaient suivi la même voie.

Tu vas me dire, cher lecteur : "Et alors ?"

Nos communes sont des vieilles municipalités de gauche, sauf les Lilas qui sont passés à gauche en 2001. Régulièrement, nos maires évoquent des manques de moyen et se plaignent des processus de décentralisation sans la transmission des fonds nécessaires par l'État. Et là, voilà que ces mairies estiment qu'elles peuvent se permettre de dépenser deux mois d'électricité, alors que le prix de celle-ci est au plus haut ? Je suis sûr que les décorations vont rester allumées jusqu'à la fin du mois de janvier.

Les lecteurs compréhensifs me rétorqueront : "mais cela égaye la ville et fait plaisir aux enfants. En plus, en période de crise, cela réjouit de voir toutes ces lumières." Justement, la crise devrait imposer aux municipalités, dont les recettes fiscales vont diminuer, de limiter au maximum les dépenses de ce type, qui ne produisent rien de précis pour la ville.

Pour le premier argument, les enfants sont sans doute heureux les deux premiers jours, et après, ils s'y habituent et n'y font même plus attention. Ces lumières sont censées marquées l'exceptionnalité de la période des fêtes. Dans la plupart des familles, les repas de réveillon sont quand même, pour les enfants, un moment assez positif et excitant : on se retrouve, souvent avec des cousins ou de vieilles tantes qu'on ne voit pas souvent, on s'offre des cadeaux, on mange et on boit ; bref, on célèbre nos retrouvailles et le fait d'être tous encore là à la fin de cette année. Les chrétiens y rajoutent la célébration de la naissance de leur prophète. Le moment est donc, en soi, totalement exceptionnel. C'est ce que je ressentais enfant. Maintenant, en allumant les guirlandes dès fin novembre, on désacralise ce moment spécial. On pourrait se contenter d'une période 15 décembre-10 janvier.

Et j'oserai, pour finir, une réflexion politique un peu plus lointaine. Et si nos municipalités allumaient pour nous rappeler, à nous pauvres mécréants, que la période de la consommation est là ? Ainsi, se dessine une alliance objective entre les commerçants et les mairies de gauche. Si les commerçants font du bénéfice et survivent à la crise qui s'engage, les revenus de taxe professionnelle se maintiennent. Pensant bien faire, nos mairies s'associent à l'idéologie consumériste et mettent en avant la dépense. Franchement, cher lecteur, ne faudrait-il pas que des villes de gauche pensent à autre chose ?

Sur cette merveilleuse conclusion, je vais sortir faire ma tournée de petits commerçants et consommer au marché...