Blog tenu à trois mains par un métèque, un juif errant et un pâtre grec. Chacun a son passé, ses idées, ses valeurs, parfois communes, parfois différentes. Ici, on débat avec tous et de tout !
mercredi 15 juin 2011
Ne laissons pas tomber la Grèce.
lundi 26 juillet 2010
Le ridicule des tests bancaires européens.
Comme tu as pu le lire récemment, cher lecteur, ma maîtrise de l'économie laisse parfois à désirer, ce qui va me permettre d'en parler.
Il y a quelques mois, on "découvre" que les banques se sont massivement endettées. Elles sont au bord de la faillite. Maintenant, elles vont vraiment très bien. La dette a donc disparu ? Mais non, cher lecteur, elle est chez nous, les contribuables, puisque nos joyeux États ont courageusement soulagé les capitalistes de leurs bêtises pour nous les remettre sur le dos.
Aujourd'hui, les banques tiendraient le choc. Peut-être, mais ce qui est sûr, c'est que les États ne peuvent plus, maintenant, soutenir un quelconque krach. Il faudra donc que les banques tiennent seules. Vu l'évolution de leurs pratiques, je doute. La BCE ne manque en tout cas pas d'inventivité pour vendre l'Europe.
PS : je n'ai trouvé qu'un autre blogueur traitant du sujet, Hashtable. Il utilise un graphique résumant la notation de l'agence chinoise Dagong. Comme je l'avais déjà dit ici, je ne comprends pas bien pourquoi la France, endettée publiquement mais pas au niveau des foyers, peut se retrouver au même niveau que le Japon, endetté publiquement à 220 % du PIB et dont la dette privée est bien plus haute que la nôtre.
vendredi 23 avril 2010
En n'aidant pas la Grèce, on va tailler dans le gras.
En 1963, c'est la vision française de l'Europe qui triomphe. A l'époque, le général de Gaulle renvoie les fédéralistes à leurs études et met en avant l'idée d'une Europe des États, ne partageant que certains domaines de compétences au bénéfice des États. La P.A.C. sera le meilleur exemple de cette politique, à l'avantage de la France. Cette association se voulait réduite, coincée entre des pays hostiles (le Royaume-Uni et ses alliés) et à de grandes puissances qu'on ne pouvait défier seuls.
Cette vision de l'Europe n'a cessé de reculer, mais sans jamais revenir vers une vision fédérale. Elle s'est d'abord agrandie, y compris vers des pays rétifs à l'idée de transfert de compétences comme le Royaume-Uni, rendant le consensus impossible. Elle a ensuite multipliée ses domaines d'intervention sans y associer les populations, seul moyen de faire plier des États défendant leurs intérêts.
La création de l'euro pouvait apparaître comme un succès réel de l'Union. En créant une monnaie unique, les États-membres, même s'ils n'étaient pas tous adhérents à l'idée, pouvaient se targuer d'avoir renoncé à l'un des piliers de leur souveraineté. Pour démontrer leurs volontés, ils instituèrent un machin qui n'avait jamais été mis en place, et qui provoqua sans doute chez nos amis libéraux de véritables poussées orgasmiques : la Banque Centrale Européenne (BCE).
Ah, la BCE... Ce machin est en théorie indépendant et se doit de respecter des principes issus des théories monétaristes, sans aucun pragmatisme. Cela a tenu en période de croissance, mais aujourd'hui, l'incohérence se révèle. En effet, les fondateurs de l'euro ont admis des membres qui ne correspondaient pas au critères des traités, comme la Grèce mais aussi l'Italie. De plus, en se refusant à fixer un véritable gouvernement fédéral monétaire, comme la logique gouvernementale aurait dû l'imposer, ils empêchent maintenant l'Union de réagir face à la crise de l'un de ses membres. Enfin, nos fondateurs ont oublié, ou ont feint d'oublier, que nos pays avaient des économies certes développées, mais très différentes, entre l'industrielle Allemagne, l'Espagne s'appuyant sur l'immobilier et le tourisme ou la France de l'agriculture et des services.
Maintenant, que va-t-on faire ? Il y a quelques semaines, j'évoquais l'idée de laisser l'euro se dévaluer en produisant de la monnaie, en allant contre les dogmes du traité de Maastricht. Cependant, pour des raisons politiques et idéologiques, mais aussi économiques (reconnaissons-le), les membres de l'euro risquent de ne pas suivre cette voie.
Mais que se passera-t-il si la Grèce fait banqueroute ? Les financiers et les capitalistes risquent bien de paniquer, et de faire payer la note aux autres États. Et que dire de la situation de l'ensemble de la population de nos pays ?
Les prochaines semaines s'annoncent tendues. Espérons que les acteurs sauront agir avec une certaine responsabilité et ne pas s'accrocher aux dogmes.
PS : à noter qu'un autre pays européen connaît de grandes difficultés qui pourraient aussi avoir un énorme impact sur l'Union...
mercredi 9 décembre 2009
La Grèce fait faillite. On fait comment ?
Le traité de Maastricht n'a rien prévu pour cette situation. Différentes solutions sont envisagées, certains imaginant même faire sortir le pays de l'euro pendant quelques périodes. Pourtant, le problème ne sera pas résolu, car la dette reste un problème fondamental. Évidemment, le problème varie en fonction des États. En France, en Irlande, Grèce ou au Portugal, c'est l'État qui s'est endetté. Dans les pays anglo-saxons, c'est la dette privée qui explose et qui n'est toujours pas absorbée. Si de nouvelles pertes bancaires se révèlent, on risque bien de gérer une situation gravissime. Certains États pourraient faire faillite et les pays en question seraient en grande difficulté.
Il existerait bien une autre solution pour lisser cette dette. Et pourquoi ne pas dévaluer l'euro ? Produire un peu de monnaie pour qu'il y ait un peu d'inflation et que la valeur des dettes contractées diminue. Certes, cette stratégie pourrait être très dangereuse, pour d'autres raisons, mais je ne comprends pas bien pourquoi l'on s'accroche à ce point au maintien de cette dette à une valeur aussi haute, si ce n'est pour favoriser les possesseurs de cette dette.
Bien sûr, cette solution ferait augmenter les prix, provoquerait une diminution de la valeur nominale des salaires, mais elle provoquerait aussi des hausses de salaire à terme, dégagerait les États d'une partie de leurs dettes et permettrait de maintenir à flot les systèmes publics qui soutiennent l'économie sans devoir faire des coupes massives dans les budgets et dans l'action publique.
Cette vision est iconoclaste en ce moment, mais je ne comprends pas qu'on ne l'évoque pas. Il n'y aurait pas un parti pris idéologique là-dedans ?
mardi 27 octobre 2009
Que faire des banques ?
L'an dernier, les gouvernements des pays développés sont massivement venus en aide au secteur bancaire, rattrapé par ses spéculations et ses produits pourris. En France, cette aide a été faite sous forme de prêts aux organismes bancaires, qui commencent d'ailleurs à être remboursés, sans aucune condition autre pour les banques que le remboursement avec taux d'intérêts. Toute cette crise n'a finalement permis aucune réflexion forte sur le rôle des banques et sur leur impact sur l'économie, et c'est vraiment une occasion ratée.
Je vais me placer ici dans la position qui est la mienne, mais aussi celle d'une bonne partie des Français : je ne suis pas une entreprise, je ne suis pas un bourgeois, je ne suis pas une personne en grande difficulté financière. Je fais partie de ce qu'on appelle communément la classe moyenne. Pour moi, une banque a des missions très précises : stocker mon argent dans un espace théoriquement sécurisé, me permettre de dépenser cet argent avec le même niveau de sécurisation, et parfois, me faire un crédit qui me permet de mettre en œuvre un projet que mes revenus ne m'autoriseraient pas de réaliser tout de suite. Une banque ne devrait pas me prêter de l'argent pour aller faire mes courses, mais c'est un autre débat. C'est par exemple le cas si j'achète une automobile ou un bien immobilier.
Ces activités, très basiques finalement, n'ont aucun rapport avec ce que font les banques pour les entreprises et pour les capitalistes. Cependant, depuis la fin de la séparation entre banques d'affaire et banques de dépôt, ces activités sont réalisées avec mon argent, comme avec celui de tous les clients de banques ayant des revenus moyens ou étroits. Cette situation explique aussi que les Etats aient agi. En France, si les banques avaient fait faillite, l'Etat aurait dû assurer chaque Français à plus de 70 000 €, ce qui représente quand même des sommes importantes et aurait mis en danger à la fois un budget de l'Etat en difficulté, mais aussi toute l'économie.
Depuis, en regardant ce qui se passe, je ne peux que m'étonner de l'évolution des banques. Actuellement, je suis en train de prospecter pour un crédit. M'intéressant, en tant que blogueur politique, à l'actualité, je sais que la Banque Centrale Européenne vend son argent aux banques à un taux très bas : 1%. Au même moment, la Fed est à 0% de taux d'intérêt. Or, les différentes offres de prêt que j'ai pu recevoir se situent à des taux entre 3,85% et 4,05%. Ces taux ont certes un peu baissé depuis le début de la crise, mais ils restent tout de même importants par rapport au coût de l'argent. En clair, quelqu'un est encore en train de se sucrer sur mon dos, et à priori, il s'agit bien des organismes bancaires.
Il y a différentes manières de concevoir le crédit. Il s'agit avant tout d'une avance sur des revenus futurs qui permet de construire un projet tout de suite. En soi, on est bien face à un outil économique indispensable pour tout le monde, acteurs importants comme particuliers. Or, les banques privées dégagent un bénéfice important sur ces crédits, et peuvent parfois en bloquer l'accès aux plus fragiles.
La constitution d'un service public bancaire devrait donc, à nouveau, apparaître sur la table. Ce service devrait proposer des services de dépôt et des crédits à taux abordables, collant au plus près à ce que pratique la BCE. Sur le blog du Gaulliste Libre, on découvre que Frédéric Lordon propose de confier cette mission de socialisation du crédit à un organisme non-public, estimant que les scandales des années 1980 ont démontré que l'Etat était incompétent sur la question. Je me demandais, en lisant ce billet, si on ne pouvait pas plutôt confier cette mission à une nouvelle caisse de la sécurité sociale, qui aurait l'avantage de ne pas avoir besoin de prélever des cotisations sociales mais simplement de détenir un capital au départ, sans avoir besoin de dépenser des milliards pour nationaliser les banques.
Après, si des particuliers préfèrent aller prendre des risques avec les banques privées, tant mieux pour eux, mais il faudra que l'Etat cesse de garantir ces mêmes banques dans cette configuration.
PS : et pendant ce temps, alors que l'économie va soi-disant beaucoup mieux, le chômage est en pleine croissance, mais apparemment, cela n'intéresse que peu les médias…
jeudi 6 août 2009
Un milliard pour un flan.
Maintenant, franchement, cher lecteur, je rigole bien en lisant le Monde ce soir. On y découvre d'abord un titre grandiloquent annonçant que François Fillon convoque les banquiers pour leur faire la morale. Il ne faut pas oublier deux choses importantes, dans cette affaire. D'abord, l'Etat a prêté de l'argent aux banques pour les renflouer, à des taux assez élevés d'ailleurs, les banques remboursent. Il n'y a aucune clause indiquant, dans ces prêts, aux banques de se comporter différemment avec les traders. C'est marrant, mais cela semble avoir échappé aux journalistes. De plus, le Premier ministre n'a absolument aucun pouvoir coercitif sur les banquiers, vu que la France a refusé de rentrer dans les conseils d'administration des banques, contrairement aux actes de la plupart de nos voisins.
Ensuite, le PS me fait bien rigoler aussi. Alors que la logique aurait voulu que l'Etat entre dans le capital des banques, le PS n'a pas vraiment réclamé cette mesure et a soutenu les prêts que le gouvernement a effectués. Maintenant, Ayrault réclame que Fillon tape du poing sur la table. Avec quel impact ?
La nationalisation, au moins partielle, des banques françaises aurait dû être la seule mesure viable. Dommage qu'en France, alors que le président annonçait vouloir moraliser le capitalisme (encore une belle phrase creuse…), personne n'ait le courage d'affirmer des idées différentes de la doxa… De plus, il serait temps que nos hommes politiques assument les responsabilités de leurs décisions. En démocratie, n'est-on pas censé être responsable devant le peuple ?
lundi 20 avril 2009
Les traders aiment le beurre et le fric!
Le trader chercheur d'emploi français de Londres, victime de la crise financière comme tant d'autres revient en France profiter d'un système duquel il s'était enfui quand tout allait bien.
Alors qu'en Angleterre; il aurait droit à environ peanuts (quoi de plus logique dans un pays très libéral), il revient toucher ses 6000€ et des brouettes.
"Dans le système actuel, il suffit à un expatrié de retour en France de présenter un contrat de travail d'une durée comprise entre un et 28 jours pour bénéficier de l'assurance-chômage au taux maximum, car basée sur son ancien salaire." (L'Express)
On va encore les montrer du doigt ces immondes profiteurs sans morale.
Mais la question serait plutôt de comprendre pourquoi de telles dérives sont possibles...
Et si on harmonisait les charges et aides sociales en Europe?...
Je déconne, même bourré, j'y crois pas!
D'autres billets sur le même sujet:
Napakatbra
Meme Kamizole
L’économie financière redémarre : et on refait de vieilles recettes dans de vieux pots…
Deux victimes de la crise apparaissent ainsi :
- Les salariés d'abord ont payé l'ajustement de l'ensemble du système économique, alors qu'ils n'étaient pas responsables des décisions d'orientation de leurs dirigeants. Cela a commencé par les banques, puis se poursuit maintenant dans l'économie réelle.
- Les États, c'est-à-dire nous, les gens qui ne bénéficient pas de l'enrichissement récent de l'économie, vont bientôt devoir payer les factures des énormes crédits faits aux entreprises, et particulièrement aux banques.
Au total, on est bien dans la socialisation des pertes et dans la privatisation des profits. En plus, l'économie semble donner des signes de redémarrage, ce qui signifierait que le système n'évoluerait pas.
Pourtant, contrairement au Gaulliste libre, je pense que le système ne peut pas réellement redémarrer comme avant, du fait de l'énorme taux d'endettement des États comme des ménages. Les entreprises ne peuvent plus espérer vendre massivement maintenant sans recourir à des hausses de salaire et à une meilleure répartition capital-travail des revenus. Si on reste dans la situation actuelle, l'économie ne pourra pas redémarrer comme elle l'a fait les années précédentes, car nos capacités d'endettement sont à leur maximum. N'oublions pas non plus que la croissance récente s'est faite massivement sur l'immobilier, et je ne vois pas comment ce secteur redémarrerait avec les mêmes recettes que les années précédentes, d'autant plus que la hausse des impôts va bientôt suivre, d'une manière ou d'une autre, réduisant nos possibilités d'endettement…
Je ne veux pas être pessimiste, mais je crains que l'économie réelle ne redémarre pas aussi vite que cela, malheureusement pour l'ensemble des salariés...
samedi 28 mars 2009
Natixis ou la récompense du travail bien fait!

Le cours de l'action Natixis est exceptionnel, et oui, comme vous pouvez le voir sur ce graphique, il a réussi à passer de 14 à 1 en deux ans...
Les actionnaires doivent être content!
Comme, en France, on récompense le travail, notre très cher État, dans sa grande générosité a décidé d'investir dans cette valeur sûre, et hop, 2 milliards d'€ par ici!
Natixis a voulu répercuter cette rentrée d'argent frais sur ses employés, c'est vraiment admirable, enfin, une boite récompense ses employés au lieu de lécher les bottes des actionnaires, et hop, 90 millions d'€ de primes aux traders qui ont si bien bossé!
D'une pierre deux coups, on fait du social en traitant bien ses employés et on motive ses troupes pour éviter une fuite de ces cerveaux ayant réussi une telle performance boursière.
Ce qui m'étonne, c'est la réaction de notre petit président, quand on lui parle de la rémunération des sociétés ayant réussi, à l'image de Natixis, il nous répète inlassablement la même rengaine:
"Ce n'est pas responsable, et ce n'est pas honnête"
Ça, c'est de l'action, l'action verbale!
Tu parles et les autres écoutent, la nouvelle manière de faire de la politique, on n'a plus besoin de réformes, de lois, il suffit de dire...
"Ce n'est pas responsable, et ce n'est pas honnête"
samedi 14 mars 2009
Travailleurs, restons fiers de notre travail !
L’exemple a frappé, bien plus encore que celui de l’affaire Total. En effet, les salariés de cette entreprise avaient accepté de remettre en cause leurs droits (35 heures et RTT) pour travailler 40 heures payées pareilles que 35 heures, dans le but de sauver leurs emplois. Les médias se sont gaussés, dans ce contexte de crise, de l’échec de cette stratégie : les salariés perdent leurs emplois comme avant, et sans aucun avantage gagné.
Pour moi, les salariés de Continental ont été victimes aussi d’une dégradation permanente menée par l’ensemble des corps médiatiques et élitistes, de la valeur du travail.
Quel était le discours de Continental ? "Globalement, votre travail est sans valeur réelle. Un ouvrier chinois ferait la même chose, et il travaillerait 20 heures de plus par semaine, sans nous ennuyer avec vos demandes permanentes car au moins, eux, ils n’ont pas de syndicats. Or, nous sommes bien gentils, nous avons une éthique, et nous vous proposons de conserver vos emplois en échange d’une remise en cause de vos droits qui préservera nos profits."
En soi, le deal a pu sembler séduisant à nos ouvriers de l’Oise, d’autant plus que les emplois industriels disparaissent depuis le début des années 1980. Cependant, au final, quel résultat ? Ils ont travaillé deux ans de plus à 40 heures, et maintenant, ils sont virés. Lorsque l’activité repartira, si Continental existe toujours, ouvrira sans doute un belle usine en Europe de l’Est ou en Chine, exploitant pour moins cher les ouvriers locaux.
Cette situation vient du fait que les personnes ayant des emplois peu valorisés par la société ont perdu toute fierté dans leur travail, et toute confiance en elles-mêmes. S’estimant encore chanceux d’avoir un travail, et voulant tout faire pour le conserver, ils étaient prêts à accepter beaucoup. Ce manque de fierté des travailleurs du bas de l’échelle, je le vois tous les jours dans les classes. De nombreux parents s’estiment totalement dévalorisées, et espèrent que leurs enfants seront médecins. Devant l’échec de leurs gosses, ils sont dans une honte terrible, pensant que leur enfant fera le même travail infâme qu’eux. Pourtant, sans tous ces boulots, comment notre société fonctionnerait-elle ? On ne peut pas faire tourner une société développée comme la nôtre avec des employés des services, des cadres et des fonctionnaires. Contrairement à ce qu’on nous dit souvent, nous sommes toujours dans une société industrielle, même si l'industrie ne ressemble plus à celle des années 1950.
Ce qui a changé, c’est simplement la localisation de nos industries employant des ouvriers peu qualifiés : maintenant, notre appareil productif est en Chine, où la merveilleuse société socialiste chinoise aide nos capitalistes occidentaux à maximiser leurs profits. Je ne vais pas blâmer Continental ni aucune autre entreprise de faire ces choix. Contrairement à d’autres, je trouve que cette situation est cohérente. Les entreprises capitalistes servent à dégager du profit pour des actionnaires, et les responsables sont ceux qui nous ont fait croire qu’une boite pouvait avoir une éthique autre que celle-là.
Le problème se localise plutôt au plan politique : ce sont nos gouvernements qui ont mis en place cet écrasement des plus faibles et des plus pauvres ici, et cette exploitation des encore plus pauvres là-bas. Ce sont nos hommes politiques qui ont choisi de ne plus agir de manière trop forte sur l'économie. Ce sont nos dirigeants qui préfèrent agiter la menace de l'immigré, du musulman ou de l'ouvrier chinois que d'assumer leurs responsabilités.
Ce processus touche même les classes moyennes. Je le vis tous les jours dans l’enseignement, où la dévalorisation permanente menée par les pouvoirs sur notre travail touche les collègues et finit par nous faire accepter beaucoup de choses, et encore avons-nous la protection de l'emploi qui nous permet de résister un peu. Cette crise devrait nous permettre de revenir là-dessus et de reprendre conscience que le politique reste au centre des choses.
Je sais qu’il est très difficile, dans un monde où tout le monde vous dit le contraire, d’être fier de son travail, mais je reste assez persuadé que c’est en étant fier de soi et de son ouvrage, quel qu’il soit, qu’on en arrive à la conscience sociale et à l’engagement dans des luttes. Le capitalisme est devenu plus libre parce que les plus faibles et les classes moyennes ont perdu leur fierté d’eux-mêmes et de leur utilité sociale. Le travail de reconquête doit commencer là.
Ah, si seulement, à gauche, on s’en rendait un peu compte…
dimanche 15 février 2009
Cher lecteur, payons les dettes pourries des banques !
Ici, des rumeurs bruissent : certains pays européens sont au plus mal financièrement. Il se murmure même que l’Autriche serait sur le point de demander une aide d’urgence à l’Allemagne pour retrouver un peu de liquidités. Le sort de l’Islande, en pleine débâcle financière et en train de nationaliser tout son système financier, a l’air de guetter un certain nombre de petits pays européens fragiles.
A la suite de ce dernier billet, l’auteur nous indique que l’une des solutions possibles serait que les États reprennent les créances pourries de nos banques pourries, puisque seul les États disposent de la longévité pour étaler toutes ces dettes et les payer. C’est ce que vient de faire l’Islande. Cependant, il faut te rappeler une chose simple, cher lecteur, si l’État ne peut jouer de la planche à billets pour dégrader la valeur de ces capitaux, ces dettes seront payées, c’est sûr, mais par les impôts.
En clair, dans ce merveilleux processus de crise qui est le nôtre aujourd’hui, crise que beaucoup voyaient venir d’ailleurs, non seulement les prix montent (ce qui frappe les pauvres en premier, mais touchera vite les classes moyennes), le crédit est paralysé, les salaires stagnent, le chômage augmente, et en plus, il va falloir que l’on paie les conneries des banques avec nos revenus, puisque c’est sur eux que portent les deux impôts les plus importants, l’impôt sur le revenu et la TVA.
Tout cela signifie quoi ? Tout d’abord, les dépenses publiques vont connaître une hausse considérable dans les prochaines années, puisqu’il va falloir assurer le traitement social de la crise, relancer la machine économique, investir et payer les dettes des banques. Cela signifie ensuite que ce sont encore les pauvres et les classes moyennes qui vont payer les pots cassés de l’économie. Personnellement, si je le pouvais, je laisserais crever les banques et leurs actionnaires, je te nationaliserais tout cela et je ne paierais pas ces dettes : les banquiers ont prêté n’importe comment, tant pis pour eux, qu’ils tombent, et les capitalistes qui ont passé l’argent avec. Malheureusement, c’est de l’utopie…
Pour certains, on ne pourra pas faire mieux et on entre dans une période de crise terrible. Pour moi, l’État risque bien d’être obligé de relancer la planche à billet. Théoriquement, l’euro empêche cela. Contrairement à d’autres raisons parfois évoquées, voilà un beau défi posé à la monnaie unique : pourra-t-on sortir des dogmes et trouver des solutions innovantes à cette vaste crise économique ?
Pour le moment, cher lecteur, je ne vois pas venir grand-chose…
samedi 7 février 2009
Salaires, salaires et salaires
Barack Obama gagne 400.000$ par an, il a décidé de plafonner les salaires des dirigeant d'établissements bancaires ayant reçu une aide de l'État à 500.000$ par an.
N'est-il pas étonnant que l'homme le plus puissant du pays, théoriquement ne soit pas en haut de l'échelle des rémunérations?
Je m'étais dit la même chose concernant le salaire des entraineurs de foot, devant se faire respecter par des gosses gagnant 5X plus qu'eux.
Je ne suis pas arrêté sur ce point, mais je pense que la personne qui dirige le pays, qui prend les risques, qui est en première ligne des foudres de la critique par les décisions qu'il prend et qui auront des répercussions sur tout le monde, devrait avoir un salaire parmi les plus haut.
Bien sûr, je ne souhaite pas un nivellement par le haut, ceux qui commencent à me connaitre sauront que je préférerais un nivellement par le bas, ou plutôt dans le cas de la France, par le milieu.
Entre les 240.000 € du président français et les millions des dirigeants de la Caisse d'épargne ou de la Banque populaire, on peut trouver un juste milieu...
C'est Aurélien qui a éveillé en moi ce soudain besoin de m'exprimer sur ce sujet.
Allez pour faire plaisir à Fabrice, un petit lien vers l'humanité pour les salaires de 2007 des dirigeants des banques françaises...
mercredi 4 février 2009
Là bas si j'y suis et un coup de gueule!
J'ai quand même eu le temps d'écouter l'émission "Là bas si j'y suis" de Daniel Mermet hier sur France Inter, et j'en conseille l'écoute à ceux susceptibles de s'émouvoir de la situation des ouvriers de l'usine de Goodyear près d'Amiens.
Guerre froide entre syndicats et direction, et toutes les entourloupes sont permises...
Comme vient de le dire Mathieu au sujet de la consommation des français, on veut nous culpabiliser, ça va bientôt être de notre faute si c'est la crise!
"Il faut se serrer les coudes", "Nous sommes tous dans le même bateau", ou alors mon préféré à 15h38, avec la nana qui explique que le salarié doit accepter de gagner peu et doit fermer sa gueule!
Je ne suis pas un gréviste, j'ai vécu très longtemps à l'étranger, je me suis toujours adapté, j'ai toujours sorti mon épingle du jeu, mais quand j'entends ce qu'on nous raconte, ça me donne la gerbe, fermez-la et faites comme on vous dit, on a tout compris, on avait rien prévu, mais maintenant on sait comment faire, vous devez vous serrer la ceinture, nous, comme on est riches, on reste riche, mais c'est comme ça, nous n'aviez qu'à être riches, vous n'aviez qu'à prendre des risques et être patron vous-mêmes. C'est vraiment l'expression même du décalage incroyable qu'il existe entre les deux Frances qui s'opposent actuellement, et bien heureusement je ne suis dans aucun camp.
Au fait... Nous ne sommes pas dans le top 20 du Wikio.... Contrairement à ce Privilégié gréviste!!
mardi 3 février 2009
Ah, ces sales pauvres qui ne consomment pas comme il faut.
Parmi ces visions, il y a une antienne qui revient en permanence : l’idée que l’augmentation des salaires n’aurait aucun effet sur le processus de crise. Pourquoi ? Parce que les Français, ces imbéciles, se jettent, dès qu’on leur donne du pognon, sur les produits venant de l’étranger, au lieu de consommer bien de chez nous, et particulièrement sur les produits allemands et asiatiques. Patrick Devedjian n’a pas hésité à nous resservir cela ce matin sur France Inter.
Ce qui est vraiment intéressant là-dedans, c’est la logique du processus. Comme tu le sais sans doute, cher lecteur, 44% des Français touchent une somme égale ou inférieure au SMIC. Les autres ne sont pas forcément mieux lotis, puisque le salaire médian se montait à 1 484 € en 2004. Donc, lorsqu’on donne une petite somme à des salariés (contrairement aux riches qui épargnent), les pauvres consomment. Or, comme ils souhaitent obtenir le maximum de choses pour la somme obtenue, ils vont donc logiquement se ruer sur le moins cher.
Oh, les vilains pauvres ! Oh, lorsqu’ils ont un peu d’argent, ils achètent ce qu’ils peuvent seulement acheter avec ! Oh, ils ne se jettent pas sur la dernière Mégane mais achètent une pauvre Logan ! Oh, vraiment, ils sont vilains. En plus, ils creusent une balance commerciale déjà bien mal en point.
Cette vision-là est bonne pour la macroéconomie, et encore est-elle spécieuse. Le citoyen pauvre (ou de classe moyenne, vu la période) ne réfléchit pas comme cela. Il se dit que cela fait longtemps que ces capacités d’achat n’évoluent pas, qu’il est déjà endetté, et que les gens qui lui promettaient l’abondance se sont enrichis, que leur système s’est cassé et qu’ils sont toujours riches. Par contre, à lui, on refuse la petite augmentation de salaire qui lui éviterait de se dire que les temps sont durs, et en plus, on le menace dans son emploi, dans sa sécurité sociale même.
Pour pouvoir gérer la crise, nos élites ne doivent pas seulement faire de la macroéconomie. Ils doivent faire attention à ce qu’ils disent, et ne doivent pas laisser penser aux autres groupes sociaux qu’ils sont toujours les premiers à payer.
La grève du 29 janvier a été un premier coup de semonce. Attention aux retours de flamme dans les prochaines semaines.
dimanche 25 janvier 2009
Billet de week-end II : jeudi, c'est grève !
Je ne vais pas te refaire le coup du militantisme acharné pour te convaincre de te mettre en grève. Cependant, pour t'y préparer, voici une nouvelle chanson du dimanche.
Bonne écoute !
vendredi 14 novembre 2008
La bonne crise?
Et bien, même si elle me met des bâtons dans les roues professionnelles et que je souhaite, bien sûr, qu'elle n'eût jamais été, les diverses réflexions que je peux lire ça et là, me font plaisir.
On parle de capitalisme, de libéralisme, du système financier actuel, et ce ne sont pas les NPA et autres ex-communistes ou alter mondialistes qui en parlent, ils n'ont jamais cessé de le faire, c'est le peuple, les radios, les télés, tout le monde se pose la question sur notre système actuel.
J'ai entendu cette phrase ce matin sur ma radio préférée:
"Le communisme n'a pas marché, mais le capitalisme, ça ne peut plus durer, il faudrait trouver un truc entre les deux"
Je ne souhaite pas un rejet total et unilatéral du capitalisme, je suis un enfant du capitalisme et j'ai vécu heureux jusqu'à aujourd'hui dans ce système. Le capitalisme actuel n'est pas LE capitalisme, il a eu des formes différentes depuis le début du 20è siècle, alors j'ai espoir que la crise actuelle permettra de trouver une forme de capitalisme moins libérale, moins inégale, permettant un nivellement des richesses une homogénéisation mondiale.
Je suis dans l'utopie, mais j'insiste sur le fait que ce but utopique ne passe pas forcément par une révolution économique et sociale radicale, mais qu'il doit être possible de trouver un compromis entre le système d'aujourd'hui et le collectivisme tel que le souhaite Besancenot.
Je vous invite à écouter Frédéric Lordon sur ce lien, très intéressant et abordable.
lundi 3 novembre 2008
Le hold up du siècle
Mais faut reconnaitre qu'elle est belle cette crise, car elle m'a permis de mieux me situer, de mieux comprendre mes sensibilités politiques et sociales.
Quand je discute avec amis ou collègues, je leur répète que l'intervention de l'État est indispensable pour sauver notre économie, que les nouvelles régulations qui seront mises en place vont empêcher ce genre de mésaventures au futur.
Mais en fait, les banques, le système libéral outrancier, la bourse, les prêts hypothécaires, les traders, tout ce bordel, tout ça vient d'échouer lamentablement.
Et la dessus, les États allongent la maille et quand c'est pas assez, ils en rajoutent un peu.
Les banquiers, les courtiers infâmes, les groupes financiers ont causé un désastre humain au États Unis avec cette crise des subprimes, des familles entières sont foutues à la porte, détruites, et cela depuis 2007!
A-t'on débloqué des fonds pour les aider?
A-t'on remis en cause ce système financier ultra libéral si dangereux?
Non, on a attendu que les banques se cassent la gueule pour se bouger, et ces banques, on les a aidé à coups de milliards!
Les mêmes banques qui ont participé au naufrage des subprimes se sont vues en quelque sorte récompensées pour leur incompétence. Et je ne parle pas des parachutes dorés, sinon je ne termine jamais ma gueulante.
A force de trop avoir le nez dans cette foutue crise, on perd la vue d'ensemble.
Des milliers de familles ont souffert et souffrent, et des milliards d'euros ont été versés aux responsables. Elle est belle la logique capitaliste libérale.
C'est un superbe hold up, on aura sûrement droit à un beau film dans quelques années!