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lundi 16 novembre 2009

L’intervention militaire de l’OTAN en Afghanistan : de l’impérialisme ?

En lisant ce billet sur un blog québécois, la question m'a sauté aux yeux : mène-t-on une intervention impérialiste en Afghanistan ? Si la réponse me semble évidente concernant l'occupation de l'Irak, les choses sont moins nettes en Afghanistan. Rappelons-nous du contexte : suite aux attentats du 11 septembre, les Etats-Unis obtiennent l'accord des Nations-Unies pour lancer une offensive militaire sur l'Afghanistan. Ils entraînent avec eux l'OTAN, organisation pourtant prévue pour la défense de ses membres au départ, sans réelle opposition à l'époque. Les opinions publiques étaient sous le choc des attentats et personne ne pouvaient dire avoir une affection pour le régime des talibans. Depuis, le pays est occupé, la situation est très difficile pour nos troupes, les Afghans nous rejettent de plus en plus, le gouvernement que nous soutenons est corrompu et s'amuse à truquer les élections, les talibans sont toujours là et font tâche d'huile sur le Pakistan voisin.

Mais est-ce une opération mal gérée ou de l'impérialisme ? Reprenons la définition donnée par les historiens de ce terme. Marc Ferro nous en donne la définition suivante :

L'impérialisme est une politique développée par un Etat qui cherche à conserver ou à étendre sa domination sur des territoires ou des peuples qui n'étaient pas sous son contrôle avant le lancement de ces politiques (je résume parce que la définition de Ferro est beaucoup plus longue).

Cela signifierait donc que l'OTAN tente d'imposer sa domination à l'Afghanistan, et que nous serions proche d'un système de type colonial dans ce pays.

A mon sens, on pourrait tout à fait répondre positivement à cette question. Si, au départ, l'intervention otanienne ne visait pas à soumettre l'Afghanistan mais simplement à retrouver des criminels et à détruire un régime dangereux, il y a bien longtemps que nous avons dépassé ce stade. Nos forces sont présentes depuis huit ans sur place et elles ne font pas que chercher Ben Laden. Ce pays regorge de richesses, permet à l'OTAN de surveiller Inde, Pakistan, Iran, Chine et Russie, est idéalement situé sur des routes pétrolières importantes. Ces facteurs pourraient nous inciter à rester.

Si nous nous enracinons, voire si nous renforçons nos troupes et continuons à soutenir un gouvernement pourri, le terme d'impérialisme sera une réalité. Ne nous faisons pas déborder et sachons ne pas retomber dans nos travers du XIXe siècle.

Reste une question : si nous partons maintenant, les talibans vont revenir. Absolument, mais nous devons assumer nos responsabilités. L'occupation et nos choix politiques ont rapproché les Afghans de leurs anciens oppresseurs. Cela devrait être une bonne leçon pour nos actions militaires à l'extérieur : la force n'a rien résolue dans ce cas, et risque même de nous enfoncer encore davantage dans nos difficultés.

vendredi 24 avril 2009

Et pendant ce temps, au Pakistan…

Pendant que l'on s'égosille sur le président iranien et la conférence sur le racisme, un problème bien plus important devrait largement nous inquiéter.

Depuis deux semaines, les talibans pakistanais sont en hostilité quasi-ouverte avec le gouvernement pakistanais. Celui-ci, et en particulier le président Zardari, a été accusé par la communauté internationale, Etats-Unis en tête, de capituler face à des talibans en progression régulière. Hier, les talibans se trouvaient à une centaine de kilomètres de la capitale Islamabad.

Depuis les années 1990, le Pakistan joue un jeu dangereux avec les talibans. Ce pays a soutenu la conquête de l'Afghanistan par ceux-ci, avec la neutralité complice des Américains et les a laissés s'installer durablement sur son sol, particulièrement au Nord du pays. Après le 11 septembre, le Pakistan a joué la carte de l'alliance avec les Américains et l'OTAN, tout en continuant à manipuler les talibans. Le général Musharaf préférait ne pas céder à la pression populaire. Le nouveau gouvernement pakistanais a eu bien plus de mal à se positionner, coincé entre les réclamations de la rue et les attentes de ses alliés étrangers. Zardari a signé un accord avec les étudiants islamistes, les autorisant à installer des tribunaux dans la vallée du Swat, mais ceux-ci ne l'ont pas respecté. Aujourd'hui, le risque d'un basculement du pays est réel, du fait des tiraillements internes à l'armée pakistanaise, la troupe ayant de nombreux jeunes séduits par les idées islamistes.

Ainsi, un pays doté de l'arme nucléaire pourrait basculer dans un régime fasciste de type islamiste. Depuis trois ans, la communauté internationale craignait que l'Iran porte ce danger, mais la menace la plus immédiate n'était pas là. Ce qui est le plus ironique, c'est que dans un cas pareil, l'Iran deviendrait très rapidement un allié objectif ; les ayatollahs iraniens ne verraient sans doute pas d'un bon œil la présence d'un gouvernement islamiste sunnite juste à côté de chez eux, surtout en possession de l'arme nucléaire, et pourraient rapidement se retourner vers les grandes puissances.

Que faire ? Cher lecteur, je n'en sais rien, mais il y a là un vrai risque qu'il ne faut pas négliger. Certes, nous ne serions sans doute pas directement menacés, mais les Indiens ne peuvent pas en dire autant. De plus, il ne faut pas oublier que des troupes occidentales sont présentes en Afghanistan, et qu'elles se retrouveraient alors en danger. Dans tous les cas, il faut maintenant exercer des pressions fermes sur le gouvernement pakistanais pour qu'il prenne de réelles mesures contre cette progression talibane. S'il le faut, nos forces pourraient apporter un soutien matériel et logistique. Je ne vois pas trop ce que nous pouvons faire d'autres, à part convaincre ce pays d'envisager de répartir un peu mieux les richesses et de se lancer dans de réels programmes d'éducation de sa population. Le Pakistan reste en effet l'un des pays où les inégalités entre les groupes sociaux sont les plus énormes, avec un IDH de 0,551 en 2005…