Ça y est, le procès Halimi est terminé. Comme tu as pu le découvrir, cher lecteur, les décisions prises ont été très diverses en fonction des accusés. Youssouf Fofana, l'auteur reconnu maintenant du meurtre d'Halimi, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, avec 22 ans de sûreté. En lisant la liste des peines, j'admets avoir été assez convaincu par le verdict.
Immédiatement, les réactions des parties civiles ont été très brutales. N'ayant pas la capacité de faire appel, elles ont déclenché toute une polémique visant le gouvernement pour que celui-ci fasse appel sur les verdicts concernant les complices de Youssouf Fofana. J'ai entendu l'avocat Francis Szpiner, sur France Inter, affirmer que le verdict qui le choquait le plus était celui de la jeune fille qui avait aguiché Ilan, celle-ci écopant de 9 ans de prison. Très vite, on a annoncé l'organisation de manifestations, menées par les organisations juives comme le Crif et la Licra. Le but était de pousser la Garde des sceaux à faire appel à la place des parties civiles : on entrait là dans le politique.
J'ai été très surpris de cette action, pour la simple raison que le côté antisémite du crime avait été totalement reconnu par la Cour d'assises concernant le meurtre. Décidément, je ne vois pas bien quels sont les objectifs de ces organisations. Je saisis totalement la démarche de la famille : la souffrance est telle que les parents d'Ilan Halimi veulent des sanctions plus sévères. Par contre, je ne vois pas en quoi une punition plus grande des complices améliorera la vie des Juifs de France ou permettra de lutter plus efficacement contre l'antisémitisme. Condamner une gamine à 9 ou à 12 ans de prison, quel impact ?
N'empêche que le plus dérangeant n'est finalement pas là. Tout d'abord, il est vraiment problématique que François Barouin et Jack Lang aient profité de cette affaire pour déposer une proposition de loi visant à détricoter la protection des mineurs. Même si c'est à la Cour de déterminer si le procès doit être public ou à huis-clos, il est évident qu'on sort là de l'aspect éducatif et édifiant de la justice pour mineurs. Même si les complices de Youssouf Fofana ont participé à un crime horrible, il n'y a aucune raison de les juger avec un système d'exception. Une nouvelle fois, deux hommes politiques s'illustrent en proposant une loi qui est bel et bien un texte de circonstance mais qui pourrait transformer radicalement la justice des mineurs.
Et puis, il y a eu la décision de Michèle Alliot-Marie de faire appel du verdict de la Cour. Là, on entre franchement dans la faiblesse politique. Qu'apportera ce nouveau procès à la société ? A priori, rien, vu que les accusés ont reconnu leurs crimes. Il n'est même pas sûr que les jurés se sentent obligés de condamner plus sévèrement les accusés, vu qu'ils sont totalement libres de leurs décisions. On peut supposer que les 9 jurés et les trois juges ont bien soupesé les pièces du dossier. Tout ce que cela risque d'amener, c'est une grosse désillusion pour les familles. Le mieux aurait sans doute été que la ministre laisse les choses suivre leurs cours.
Et s'il y a condamnation plus lourde ? Ne vous inquiétez pas, cher lecteur, la parade des antisémites est toute trouvée : on a condamné plus lourdement parce que les Juifs l'ont demandé. Je suis sûr que l'on verra surgir dans la blogosphère d'extrême-droite des idées de ce type très rapidement, et personne n'y gagnera rien...