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samedi 20 mars 2010

Les Français ne votent plus : une insulte à nos illustres ancêtres ?

Lorsque j'ai lancé la chaîne des régionales, j'avais posé une question tout à fait évidente pour moi sur l'abstention. Je demandais au blogueur s'il se déplacerait voter. Il s'agissait de mesurer les espoirs et les attentes de chacun sur ce scrutin. Autant, quelques-uns l'ont dit, autant, ceux qui ont décidé d'aller voter ont souvent utilisé l'argument historique suivant : "nos ancêtres se sont battus pour le vote, alors, il faut que j'y aille". A chaque fois que j'entends ou que je lis cet argumentaire, je suis dérangé.

Pourquoi ? Il faut remonter à tout le débat sur le vote et la souveraineté de la nation. Certes, le suffrage universel a eu d'énormes difficultés à s'imposer dans notre pays. Institué une première fois par la Convention, dévoyé par l'Empire, retenté pour être restreint par la IIème République, il ne s'impose pour les hommes qu'avec la troisième du nom. Les femmes ne parviennent à y accéder qu'en 1944 et l'exercent pour la première fois en 1945. Depuis, il s'est élargi aux jeunes de plus de 18 ans, aux citoyens de l'Union Européenne pour certaines élections, et on reparle régulièrement des étrangers payant l'impôt en France.

Fondamentalement, en France, le vote n'a jamais été conçu comme une obligation mais comme un droit. Il sert certes à désigner des représentants, éventuellement des dirigeants, mais il sert surtout à contrôler ce que l'État fait, de même qu'il permet de contrôler les collectivités territoriales et (pas vraiment mais enfin) l'Union Européenne. Par définition, ce droit permet au citoyen de consentir à l'impôt, en choisissant un programme qui lui convient pour user des budgets publics.

Il apparaît donc que le vote doit répondre à un désir du citoyen d'avoir un contrôle sur ce que l'État fait de ses subsides et donc, indirectement, du capital qu'il prélève sur chacun. Si le citoyen ne souhaite pas s'investir, c'est certes condamnable et très dommage, mais utiliser l'argument des ancêtres est inutile et improductif.

En effet, si nos ancêtres ont gagné progressivement le droit de vote, on ne peut, sans le contextualiser, plaquer les comportements du passé sur l'époque actuelle. Rien ne dit que les individus se soient dégradés, perdant progressivement le goût du vote et toute valeur morale.

Expliquer le non-vote ne peut se réduire à une simple perte de l'esprit civique que nous aurions laissé tomber. Certaines élections mobilisent (les référendums sur l'Europe, les présidentielles, les municipales) si l'électeur estime que son choix a réellement un impact sur le cours des choses. Or, vu l'offre politique actuelle et les idéologies dominantes, la question se pose. Si je ne change pas de politique en changeant de dirigeant, à quoi sert-il que je me déplace ? Je n'ai le choix qu'entre des camps très semblables et des extrémistes qui ne m'intéressent pas.

Avant de nous comparer à nos ancêtres, essayons de comprendre ce qui se passe aujourd'hui, et rejetons les amalgames historiques anachroniques. Nous sommes grands et responsables. Ce qui est finalement plus inquiétant, c'est l'apathie générale. Devant les problèmes politiques, on pourrait s'attendre de voir fleurir des engagements politiques, dans le but de renouveler nos dirigeants. Or, nos concitoyens se dirigent plutôt vers l'abstention et le refus de participation. L'individualisme semble triompher.

En même temps que nous nous demandons pourquoi les Français ne votent plus, demandons-nous aussi pourquoi ils sont dégoûtés de l'engagement ? Ont-ils accès à ce système politique sclérosé ? Peuvent-ils espérer y changer quelque chose ?

jeudi 7 mai 2009

Pour que les Européens votent le 7 juin, militons !

Tiens, c'est marrant. Je parcourais mon importante liste de blogs référencés dans mon Netvibes lorsque j'ai vu apparaître ce billet, publié par Seb, de CaRéagit. Bon, je sais ce que tu vas me dire : « oh non, il va encore tailler un costard à un libéral ayant du poil dans les oreilles. » Allons, je te rassure, il ne s'agit pas de relancer une nouvelle blogowar, mais seulement de te livrer quelques réflexions.

Si j'ai bien compris, une discussion s'est engagée sur Twitter concernant les élections européennes à venir. Rubin s'y désolait des sondages annonçant une abstention-record lors des élections européennes à venir. Seb semble se rallier à ce funeste jugement. Personnellement, je suis exactement dans le même état d'esprit. L'Europe est un thème certes ardu mais passionnant lorsque l'on prend la peine de s'y intéresser. Nos concitoyens s'étaient d'ailleurs emparés du sujet lors du référendum sur le traité constitutionnel européen. Or, et ce malgré mon vœu du début de l'année (décidément, les blogueurs influents ne sont plus ce qu'ils étaient), les Français, et ils ne sont pas les seuls, se désintéressent du sujet.

Seb, pour affronter ce problème, propose le vote obligatoire. Ce système existe dans quelques pays, et en particulier chez nos voisins belges. Certes, cette idée peut sembler séduisante, mais elle ne garantit en rien que les citoyens soient intéressés. De plus, ils risquent de voter n'importe quoi.

Je trouve tout de même étonnant qu'un libéral propose d'imposer à tout le monde de se rendre aux urnes. A mon sens, la démocratie repose sur un choix libre de l'ensemble des citoyens. L'abstention représente un choix : tous les citoyens peuvent décider de ne pas s'exprimer. Cela marque aussi un choix politique, que nous nous devons de respecter. La démocratie ne doit pas devenir une routine et le citoyen ne doit pas être materné : laissons nos concitoyens être responsables.

Seb dénonce pourtant le danger de voir une institution totalement délégitimée par une participation faible. Or, même si seulement 35% des Européens se déplacent pour voter, un Parlement européen élu de cette manière sera toujours plus légitime qu'une assemblée nommée par un petit groupe de personnes, comme les chefs d'État ou les gouvernements. Même si seulement 10% des électeurs se déplacent, on a toujours une très importante part de la population qui est là et qui s'exprime. Et tant pis pour les autres ! Quand on a la possibilité de faire un choix, on n'a rien à dire ensuite sur le résultat.

Bien sûr, on doit se désoler de ne pas voir tous les électeurs se bouger. Les responsabilités sont nombreuses pour l'expliquer. Cependant, je ne vais passer des heures à dénoncer les hommes politiques ou mes concitoyens. J'estime y avoir aussi ma part, vu que je n'ai fait que peu de billets sur le sujet depuis janvier.

Allez, il nous reste un mois pour motiver nos lecteurs. Cela fera peu de monde, mais ce sera déjà ça…