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lundi 7 mars 2011

Il est temps que Jean-Luc Mélenchon brise le blocus de Cuba !

Depuis un bon moment, je suis avec intérêt le parcours de Jean-Luc Mélenchon. J'adhère très souvent à son discours et je trouve que sa stratégie d'attaque des journalistes a pu lui permettre de s'exprimer assez largement dans les médias. J'espère juste qu'il ne va pas s'enfermer dans cette posture qui peut être, à terme, assez réductrice.

Cependant, ces dernières semaines, il s'est fait coincer à plusieurs reprises sur la question de Cuba.

Tout a commencé par une polémique avec Jean Quatremer sur le boycott du prix Sakharov en fin d'année dernière. A plusieurs reprises, des journalistes ont rebondi sur cette question en interrogeant Mélenchon sur ce thème. Les affrontements ont été particulièrement durs avec Jean-Michel Apathie sur RTL et au Grand Journal récemment.

A chaque fois, Mélenchon s'est enfermé dans une posture assez discutable. Il s'est systématiquement refusé à admettre que Cuba était une dictature si le journaliste en face de lui n'acceptait pas que le blocus américain sur Cuba était scandaleux et avait poussé les Cubains dans la dictature. Le journaliste se refusant à briser sa position de neutralité, le président du Parti de Gauche peut s'en sortir par une pirouette qui laisse quand même l'auditeur ou le téléspectateur sur l'idée que le député européen refuse d'admettre le caractère dictatorial du régime cubain.

On peut parfaitement comprendre que Mélenchon, qui tente de faire un hold-up sur les militants du PCF, ait du mal à manier la question des dictatures communistes subsistant actuellement. Cependant, la posture est gênante, dans cette époque où les dictatures du monde arabe flanchent.

Certes, il est évident que les Etats-Unis ont toujours eu, avec les dictatures, un comportement ambivalent s'appuyant sur leurs présupposés idéologiques. Ils ont largement maltraité leurs opposants communistes ou islamistes tout en soutenant, parfois avec bienveillance, les bonnes vieilles dictatures capitalistes. C'est finalement cohérent. On peut regretter que les démocraties capitalistes aient des comportements différents plutôt que de s'appuyer sur des principes clairs sans adaptation au contexte géopolitique et économique mais...

... il est totalement anormal qu'un leader de gauche se refuse à condamner une dictature, quelle qu'elle soit. Le régime cubain, comme celui de Corée du Nord, est le modèle qui montre à toute la gauche ce qu'il ne faut pas faire. Ne pas affirmer que ces pays sont des dictatures est une faute politique pour quelqu'un qui se veut maintenant l'incarnation d'une sorte de gauche purifiée des errements du Parti Socialiste.

Alors, que faudrait-il faire ? C'est pourtant simple, ma bonne dame ! Il faut à la fois reconnaître que les dictatures communistes sont aussi mauvaises que les autres, tout en soulignant, à chaque fois que la nécessité l'exige, les incohérences des politiques de nos démocraties face aux dictatures. On y gagnerait en clarté et en cohérence.

J'espère que Mélenchon sortira vite de ce traquenard. Il est quand même dommage, dans le contexte actuel, que le leader du PG se retrouve à chaque fois à devoir se justifier sur Cuba alors que le contexte devrait être favorable aux valeurs qu'il porte.

Allons, Jean-Luc, il faut rapidement se recentrer sur les sujets importants et arrêter de tomber dans les pièges que l'on vous tend.

samedi 19 février 2011

Prendre en compte les loyers fictifs dans le système fiscal : qu'en pensez-vous ?

Ces derniers jours, comme tout bon prof parisien qui se respecte, je suis en vacances. Voilà donc venu le temps pour remettre un peu ses cours à jour et pour profiter de son temps libre pour lire.

Parmi mes achats littéraires du moment, j'ai fait l'acquisition du petit livre de Landais, Piketty et Saez, intitulé "Pour une révolution fiscale. Un impôt sur le revenu pour le XXIe siècle." Il est paru au Seuil. 

Je ne vais pas revenir sur le fond de la proposition des auteurs pour réformer l'impôt sur le revenu en le fusionnant avec la CSG. Tu trouveras les informations sur le site mis en place par les auteurs, qui ont apparemment décidé de se passer d'un web-designer, ce qui est bien dommage. Tu trouveras aussi ici et des opinions d'autres blogueurs sur le sujet, parfois assez sévères. Personnellement, j'admets ne pas suffisamment maîtriser la fiscalité des plus riches pour pouvoir me faire une opinion réelle sur les propositions faites. Par contre, je souscris totalement à une des grandes idées avancées par les auteurs : il est anormal que l'impôt soit aussi difficile à comprendre pour le quidam mais que les gens aisés puisse faire appel à un fiscaliste et ne plus acquitter qu'une part minime par rapport à ce que les autres paient.

Dans la troisième partie du livre, les économistes se lancent dans une longue réflexion concernant les loyers et la propriété, dans le but d'intégrer mieux le patrimoine mais aussi les revenus qu'on en tire. Je voulais, dans ce court billet, te faire réagir, cher lecteur, à ces quelques propositions.

  • Les auteurs se lancent d'abord dans une charge contre le système actuel d'allocations au logement, visant à aider les plus pauvres à louer leur résidence principale. Ces allocations sont aujourd'hui fonction des ressources mais aussi d'autres facteurs comme le type de logement, le lieu de résidence, le nombre d'enfants... Pour les auteurs, ce système permet une hausse constante des loyers et des déficits du système social, car, même si les pauvres restent pauvres, ils touchent de plus en plus d'aides en fonction des prix des loyers. Ils proposent donc de casser ce système et de remplacer cela par une allocation forfaitaire à tous les locataires dépendante de la zone géographique. Ainsi, les locataires ne perdraient rien en déménageant vers des logements moins chers et les loyers iraient à la baisse plutôt qu'à la hausse.
  • Les économistes proposent ensuite d'inclure dans les revenus ce qu'ils appellent le "loyer fictif". Imaginons par exemple que tu sois, cher lecteur, propriétaire de ton logement. Tu n'as donc pas de loyer à acquitter et tu bénéficies de ton logement. Tu toucherais donc un "loyer fictif" qu'il faudrait inclure dans ton revenu pour compenser les inégalités avec les locataires qui paient, eux, un loyer réel. On déduirait de ce loyer fictif les intérêts d'emprunt pour ne pas pénaliser les accédants face aux propriétaires plus anciens. Pour les auteurs, cela aurait l'avantage de pousser les grands propriétaires qui préfèrent garder des logements vides à louer ou à vendre pour compenser l'arrivée de l'impôt, détendant un peu le marché du logement.
  • Enfin, nos économistes se livrent à une charge contre la taxe foncière. Pour eux, cet impôt, qui rapporte pourtant beaucoup (16 milliards d'euros tout de même), s'appuie sur des textes trop anciens et frappe tout le monde par un forfait assez lourd, mettant en difficulté les accédants face aux propriétaires installés qui n'ont plus d'intérêts à acquitter. Les auteurs trouveraient assez cohérent de modifier cet impôt par un système ressemblant à celui de...l'ISF ! Il faudrait que cette taxe prenne en compte deux paramètres pour être juste : le prix réel de ce patrimoine et le niveau de dette des propriétaires. Ainsi, les auteurs espèrent faire payer les propriétaires héritiers plus que les classes moyennes accédantes sans soutien extérieur.
Je te soumets, cher lecteur, ces propositions pour que tu réagisses. En particulier, je trouve cette histoire de "loyer fictif" problématique. Certes, on peut parfaitement admettre que les personnes ayant un bien et n'en tirant pas de revenus puissent cependant être atteintes par les inégalités que cela provoque. Cependant, est-il juste de taxer un revenu qui n'existe pas ?

Quoiqu'on en pense, ce livre pose des questions intéressantes et qui méritent un débat public.

lundi 20 décembre 2010

Le "vote utile", un vote idiot par excellence.

Depuis quelques jours, circule sur la blogosphère une chaîne visant à nous demander de donner notre avis sur le concept de "vote utile". Je vais y répondre très simplement.

Pour moi, le vote dit utile est le symbole de la dépolitisation du corps social français. Plutôt que de prendre des risques et de se demander vraiment pour qui on va vraiment voter en fonction de ses idées, on vote toujours pour le même parti, sans se remettre en cause. C'est un vote sans conviction et sans valeur qui permet à une élite politicienne, toujours la même, de rester au pouvoir.

Jean-Marie Le Pen aura été l'épouvantail, très utile, de nos dirigeants pour se maintenir aux manettes.

Le vote utile est donc un vote con, c'est-à-dire idiot et sans aucune conviction réelle. Quand on vote, cher lecteur, on lit les programmes et on fait un choix. Evidemment, on ne trouve pas toujours tout ce que l'on veut dans un programme, mais on choisit alors le moins éloigné de soi ou la personnalité qui est capable de diriger la mairie, le département, la région ou le pays.

Pour la bonne santé de la démocratie, le "vote utile" ne devrait même pas exister. Il est ce qui fait du mal à notre système politique.

Alors, cher lecteur, si tu n'as pas envie de faire un vote idiot aux prochaines élections, prend un peu de temps, lis les plateformes de tes candidats, déplace-toi à un ou deux meetings et tu verras qu'il n'est pas si difficile que cela de faire un choix. Et en plus, cela fait du bien !

jeudi 23 juillet 2009

De la situation actuelle du PS et des moyens d'en sortir.

J'admets que je reste assez interloqué devant les grandes manœuvres qui se déroulent dans les couloirs du Parti socialiste. La semaine dernière, j'ai été coupé pendant plusieurs jours de l'actualité. J'ai pu, à une ou deux occasions, me plonger dans la lecture de journaux régionaux, mais du type de ceux dont la rubrique « faits divers » est bien plus longue que la rubrique « politique française ». Je suis donc passé totalement à côté de l'espèce de conflagration touchant l'intérieur du PS, jusqu'à mon retour, où j'ai eu la chance d'écouter Ségolène Royal massacrant ses petits camarades à la radio.

Il y a d'abord eu les offensives de Manuel Valls. Franchement, cher lecteur, je ne te cache pas que je verrais bien ce cadre du PS aller au Modem ou à l'UMP, où il s'y trouverait très bien. J'ai été totalement estomaqué par l'interview qu'il a accordé à Libération le jeudi 9 juillet 2009, où il a indiqué, dès les premiers mots, qu'il ne croyait pas à la possibilité de socialiser (sûrement un synonyme de nationaliser, mais ce mot doit être trop dur à prononcer...) les moyens de production aujourd'hui. Cela montre d'abord que le sieur Valls est totalement ignorant de la situation actuelle de l'économie, alors que la droite n'hésite pas à nationaliser dans l'ensemble des pays développés dès que les intérêts des plus riches sont menacés. Cela montre ensuite qu'il n'y a pas d'échappatoire au système actuel selon ce cadre du PS.

La polémique sur le nom du parti est du même tonneau. Contrairement à ce que j'ai beaucoup lu, le fait de s'appeler « socialiste » a un vrai sens politique. Renier ce nom pour celui de social-démocrate signifie clairement l'abandon de toute une série de concepts auxquels les citoyens de gauche sont encore réellement attachés, comme l'idée de redistribution des richesses, de mise en commun des moyens de production ou de démocratie sociale. Les cadres du PS qui souhaitent changer le nom se placent forcément hors de ces champs politiques. On comprend alors qu'ils veuillent sortir de cette définition. Déjà que le vote PS est difficile, il ne manquerait plus grand-chose pour nous dégoûter définitivement de lui apporter nos suffrages.

Reste le pire, à mon sens : Ségolène Royal est sortie renforcée de cet épisode tragi-comique. Elle n'a, jusqu'à ce jour, jamais réussi à être crédible, et n'a pas cessé de participer à la déconfiture de son parti. Là, en se plaçant au-dessus de la mêlée, elle s'invente une rôle de sage qui pourrait la servir pour son futur leadership.

J'espère qu'on en arrivera pas là. Comme je l'avais déjà dit, je pense que le PS n'est plus viable du fait de son association entre une gauche sociale-libérale et une gauche étatiste et interventionniste qui ne peuvent plus travailler ensemble. De plus, le PS est davantage un parti d'élus cherchant à se faire réélire qu'un parti visant à transformer la société. Malgré les claques successives, le PS reste en l'état : peut-être qu'une défaite aux régionales lui ferait du bien, mais je doute de plus en plus de la capacité des dirigeants socialistes à sortir de l'ornière dans laquelle ils sont embourbés aujourd'hui.