
Or, poursuivant sa fuite en avant, Téhéran a riposté en testant des missiles longue portée. Cet acte démontre que les dirigeants iraniens, coincés par des élections truquées, vont tenter de jouer la carte du nationalisme sur la population de leur pays, pour tenter de ressouder un peu les Iraniens derrière eux. On peut donc considérer que la recherche de l'arme nucléaire va rester l'une des priorités de Mahmoud Ahmadinejad. Ainsi, dans la région, en dehors de la Russie, on trouvera près de 4 puissances nucléaires : Israël, l'Iran, le Pakistan et l'Inde. Le Pakistan, du fait des troubles qu'il connaît, devrait déjà être une lourde inquiétude pour l'Occident. L'Iran ne fera qu'en rajouter encore.
Peut-on pourtant imaginer une action des nations occidentales au-delà des sanctions économiques ? Je n'en crois rien. Seuls les Américains ont la capacité militaire de mener une intervention brutale en Iran, comme un bombardement des centrales nucléaires iraniennes. Les nations européennes ne s'y risqueront pas, et je vois mal la Russie s'amuser à cela. Or, Barack Obama est déjà très critiqué sur son action en Irak et en Afghanistan. Prendrait-il maintenant prendre le risque d'un tel bombardement ?
Cependant, il reste une carte pour les pays occidentaux. Les Israéliens ont déjà indiqué qu'ils ne pourraient tolérer un Iran nucléaire. L'enjeu est important pour l'Etat hébreu : on se souvient des déclarations d'Ahmadinejad sur les juifs et on sait que l'Iran fournit largement en armes et en fonds financiers les mouvements radicaux palestiniens. De plus, Israël a déjà effectué un bombardement de centrale nucléaire : c'était à Osirak, en Irak, en juin 1981. On peut donc évoquer un scénario assez simple : ne voulant pas se salir les mains, les Occidentaux laissent Israël bombarder l'Iran et détruire les réacteurs nucléaires douteux. Ensuite, tout le monde condamne, scandalisé, mais se réjouit dans l'ombre que les Israéliens aient fait le sale travail.
Or, cette option serait particulièrement dangereuse. D'abord, rien ne dit que les voisins d'Israël toléreront cette intervention, même s'il est certain que l'Arabie Saoudite par exemple est aussi inquiète de l'accession de l'Iran au rang de puissance nucléaire. Ensuite, cette action militaire ne ferait que renforcer les actuels dirigeants israéliens qui pourront se targuer d'avoir sauvé le Monde de la menace islamiste, comme ils le font tous les jours en Palestine. Là, on sera réellement coincé et reparti pour vingt de plus de désordres et d'oppression en Palestine.
Il serait largement plus positif qu'on parvienne à trouver, avec l'Iran, un accord. Personnellement, je ne vois toujours pas pourquoi on empêcherait les Iraniens de se doter de l'énergie nucléaire, si l'Iran accepte le TNP et que nous sommes sûrs qu'il n'en sort pas autre chose que de l'électricité. Par contre, le recours à la force doit rester sous le contrôle des Nations-Unies, et nous devons éviter, autant que possible, que les acteurs de la région se fassent justice eux-mêmes. Ce n'est vraiment pas le moment de donner aux dirigeants israéliens une légitimité internationale, quelle qu'elle soit.
En illustration de ce billet, une photographie d'Osirak, prise en juin 1981 après le bombardement, trouvée ici.