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jeudi 3 septembre 2009

La racoleuse publicité de M6 pour son nouveau JT.

Hier, en me rendant au boulot, je suis tombé nez à nez avec la publicité pour le nouveau journal télévisé lancé par M6 à 19h45. Le pari est osé : M6 s'attaque à l'audience des grands JT de TF1, France 2 et surtout de France 3, qui se déroule à cette même heure. J'oublie le Grand Journal de Canal+, un peu plus people et peu dense en information. La chaîne n'a pourtant pas eu, jusqu'à maintenant, de volonté de s'imposer dans ce créneau : auparavant, M6 était quand même la chaîne qui passait la série américaine familiale quand toutes les autres chaînes diffusaient de l'information.

Lorsqu'on regarde attentivement la publicité, qui découvre-t-on ? Une représentation graphique de l'évolution de l'homme depuis le paléolithique jusqu'à l'informatique, et finalement, la journaliste qui va présenter l'émission. A priori, M6 ne change pas tellement de recette : sans aucun préjugé sur elle, la journaliste, Claire Barsacq est mise en avant pour son physique, et je lui souhaite rapidement de faire évoluer l'image que la chaîne lui a collée.

Dans le même esprit, la phrase qui accompagne la publicité se retrouve totalement dans le soi-disant « esprit M6 », chaîne destinée à des 30-40 ans consuméristes et baignés dans les valeurs individualistes. Elle est claire : « l'info comme vous la vivez. »

En soi, cette phrase est très dérangeante. On pourrait d'abord imaginer un journal centré uniquement sur les réactions des téléspectateurs de la station. Cela risque d'être assez amusant. Par exemple, après une nouvelle émeute en banlieue, on verra peut-être la journaliste annoncer que, décidément, il faudra penser à vider les cités des Arabes et des Noirs qui y mettent le bordel ! Après tout, près d'un tiers des Français vit l'actualité comme cela.

Or, il est évident que M6 ne fera pas cela. Elle diffusera simplement ses valeurs (soutien au capitalisme, libéralisme, individualisme) en disant qu'elles sont largement partagées par le public, ce qui reste largement à démontrer. Comme c'est devenu une habitude chez nos élites, on annonce une évidence qu'on attribue à la population, pour faire passer un discours qui n'est pas forcément légitime.

Une chose est sûre : devant une telle manière de présenter les choses (belle nana et on pense comme vous), il n'est pas certain que M6 soit capable d'élargir réellement son audience. France 3 a encore de beaux jours devant elle.

vendredi 15 mai 2009

Edwy Plenel vs Jean-Luc Hees.

Ce matin, il y a eu sur France Inter une scène assez étonnante. L'équipe du 7-10 recevait Edwy Plenel, venu défendre son manifeste. Jusque là, rien de bien étonnant. Plenel y défendait sa vision de l'information et faisait partager ses craintes sur l'avenir de la liberté de la presse dans notre pays.

Une nouvelle fois, je ne peux que te conseiller, cher lecteur, d'aller écouter l'émission, assez intéressante finalement. Plenel a suscité quelques interrogations chez moi, que je vous soumets ici :

  • Tout d'abord, il a affirmé avec force le fait que l'information ne doit pas être soumise à l'argent, comme elle ne doit pas l'être à l'État. Cette idée est totalement mienne. Évidemment, le journaliste y voit là un moyen de défendre son modèle, celui de Mediapart. Cependant, je reste circonspect devant le statut que devraient avoir les entreprises de presse. Comment les dégager de l'influence des lobbies et des pouvoirs ? Plenel a répondu à cette contradiction par la nécessité de maintenir un secteur privé et un secteur public. Soit. Mais que faire quand l'État est en collusion avec les pouvoirs financiers comme c'est le cas aujourd'hui ? Ben, rien, à priori.
  • Plenel a affirmé une chose qui m'a beaucoup touché. Prenant en compte l'existence des citoyens qui peuvent maintenant donner leurs opinions sur le web sans problème et être des éditorialistes, comme nous le faisons ici d'ailleurs, Plenel affirme que les journalistes doivent se concentrer sur l'information et la rendre la plus objective possible. Cela me semble très difficile à réaliser, mais c'est un bel objectif de principe. J'attends de voir comment les journalistes du Figaro ou de Libération suivront ce principe.
  • Enfin, Plenel s'est inquiété de la prise d'influence du politique sur les nominations des dirigeants des chaînes publiques par le pouvoir. Qu'il se rassure, on est inquiet. Il a d'ailleurs relaté le fait que les députés avaient été mis en défaut sur la nomination du président de la chaîne parlementaire, puisque le pouvoir aurait imposé son candidat. Même les députés ne pourraient résister à la volonté du président, alors que la chaîne parlementaire est leur chaîne. Bon, on le savait déjà, mais plus cela apparaît clairement, plus cela me semble gravissime.

Gaël, il y a quelques heures, nous conseillait de bien profiter des dernières chroniques de Didier Porte et de Stéphane Guillon. Plenel allait encore plus loin ce matin.

Et il y a eu une scène assez insolite à la fin de l'émission. A 8h57, Jean-Luc Hees a débarqué dans le studio et a demandé la parole, affirmant sa volonté de préserver la liberté du service public d'information.

Pour moi, Hees a réagi exactement à l'inverse de ce qu'il fallait faire. D'abord, en faisant cela, il a confirmé la validité du doute. Après tout, il a accepté le geste du roi en se faisant nommer. Ensuite, il a confirmé que sa nomination pouvait confirmer nos craintes. Enfin, il a crédibilisé le discours de Plenel.

Au moins Hees a-t-il assuré Plenel de sa liberté de parole sur Inter. On espère que Philippe Val aura entendu la consigne. Comme Plenel n'est pas salarié de la chaîne, pourquoi pas. Les autres journalistes auront-ils la même liberté ? A nous, avec nos tribunes d'opinion, de rester vigilant sur cette question, avec nos petits bras musclés

mardi 28 avril 2009

La grippe affole les médias et les bourses

La grippe porcine a déjà fait 153 victimes au Mexique, et elle se dirige tout droit vers l’occident, Europe en danger, Amérique du nord en danger!
En tout cas, nos médias se jettent sur cette grippe comme la faim sur le monde, on la compare à la grippe espagnole (25 millions de morts), les journalistes posent des questions d’un niveau comparable à « entrevue » ou « choc », enfin comme d’habitude, si je peux dire.
Pourquoi cette grippe a-t-elle fait 153 morts au Mexique alors que nous sommes capables médicalement de la contenir?
Parce que c’est un pays pauvre?
Parce que certaines régions n’ont pas les antiviraux nécessaires?
Parce qu’il y existe une grande inégalité entre les diverses classes sociales?
Oui, alors faites moi plaisir, journalistes de merde, n’essayez pas de tout ramener à nous, à notre petite France, de faire du sensationnel en essayant de trouver un pauvre péquin contaminé pour qu’on ait tous les jetons comme des cons, faites votre boulot, enquêtez, trouvez des questions, des responsabilités.
Je m’emporte, mais je trouve inadmissible d’avoir le sentiment que les médias jubilent de pouvoir foutre la frousse aux gens en leur annonçant la mort de lointains mexicains dont tout le monde se fout.
Pandémie mondiale??
Si j’étais ex-rugbyman à la radio, je vous dirais « je mange un rat » si ça arrive!
A part ça, j’aime bien la réaction des marchés boursiers à cette nouvelle catastrophe humanitaire (car s’en est une, mais au Mexique, pas en Europe!):

« La chaîne Accor plonge ainsi 6,4% ce matin à la bourse de Paris, tandis qu'à Londres Intercontinental dévisse de 5,4%. Les compagnies aériennes sont les plus touchées, avec notamment Lufthansa (-12%), Air France-KLM (-7,19%) British Airways (-11,4%), Cathay Pacific (-8%). Les compagnies touristiques TUI Travel et Thomas Cook, le croisiériste Carnival chutent entre 4 et 10%. »
«En revanche, les pharmaceutiques s'envolent. L'action du suisse Roche grimpe de plus de 3%, sur des spéculations d'une hausse des ventes du médicament antiviral Tamiflu, pour lutter contre la grippe porcine. En France, Sanofi-Aventis prend 1,29%. »
Le Figaro

Comme quoi, ce n’est pas si compliqué que ça, la bourse, c’est même, dans le cas présent d’une logique primaire… Qui vaut des milliards!