


Bonjour, je suis allé manger chinois hier avec ma femme et 2 amis japonais, quand au fil de nos discussions et des différents récits de nos péripéties françaises et japonaises, j'ai raconté une histoire que je vais déposer sur ce blog.
Je crois ce sera mon premier billet tiré d'une histoire vraie vécue par moi...
J'ai vécu quelques années à Tokyo il y a déjà quelques années à essayer de survivre en vendant aux piétons de
Shinjuku des bijoux de toutes sortes.
Un emplacement, un stand, et voilà.
Au Japon, il ne vaut mieux pas rater le train, pour ceux qui ratent le train, il y a des cartons, on s'allonge par terre et on se réchauffe avec.
Pour ceux qui ratent le train, le tout n'est pas d'attendre le suivant ou le premier du matin, il n'y en a pas, le train de la société ne passe qu'une fois.
Bien sûr, comme partout il y a les récalcitrants, ceux qui ont trop bu et qui sont resté à quai, titubant, les yeux hagards, le mieux pour eux c'est de continuer dans l'ivresse, on supporte mieux le froid avec quelques grammes de Saké dans le sang.

Vous me direz que c'est la même chez nous, mais je vous assure que le bus de nuit c'est bien pratique, même s'il est moins rapide que le train.
Là où je veux en venir, c'est que lors de mon expérience de travail outdoor, derrière la ligne de la légalité j'ai rencontré de très près ce monde parallèle de la rue, ce monde qui, s'il est marginalisé, existe bien et mène sa vie parallèle tant bien que mal.
Ne vous inquiétez, je ne vais pas vous jouer du violon sur la misère de la rue japonaise.
Au Japon le travail au noir est illégal, le travail sans permis de travail est également illégal.
Le Japon est un pays très stricte, un pote français a mis une claque à un japonais dans un
convenience store, il a pris 3 semaines de prison, amusez à dépasser la date butoir de votre visa, c'est le même tarif avec une interdiction de séjour sur le territoire de 5 ou 10 ans.
Bref, ce billet va être long...
J'ai découvert dans les rues de Tokyo, un univers parallèle, un univers fascinant, une économie parallèle permettant aux exclus de toute sorte de survivre dignement, dignement vous vous demandez? Et bien dignement car je n'ai pas vu de charité la bas, je n'ai pas vu de gens faire la manche, j'ai vu des SDF gagner leur vie grâce à cette économie parallèle.

Il y a des stands à
Ramen, la soupe aux nouilles, dépliés aux 4 coins de la ville avec table, chaises, cuisinier, il y a les vendeurs de fringues, cintres, porte cintres, et le tour est joué.
Mais il y a mes préférés, les vendeurs de journaux et magazines d'occasion.
Les japonais sont friands de mangas, ils achètent massivement des hebdomadaires énormes remplis de mangas de toute sortes à lire dans le métro.
Nous avons donc toute une chaîne de métiers alternatifs qui s'est formée autour de cet amour pour les mangas.
Un stand, assez grand, avec des centaines de magazines, de journaux, vendus moitié prix. Je vous jure qu'ils font un chiffre d'affaire très important, permettant un emploi à plein temps pour 2 ou 3 personnes.
Les vendeurs sont des exclus de la société, mais ils ne sont ni ivrognes ni drogués, ils manipulent de l'argent, gèrent une caisse, organisent le stand, et doivent parfois affronter la police, mais j'y reviendrai plus tard.
Ces vendeurs gagnent environ 50€ par jour.
Ce système a un double avantage, d'abord celui de donner une activité et un revenu aux démunis mais également l'avantage du recyclage, une activité entièrement écologique!
Nous avons plus bas dans cette chaîne les fournisseurs de ces quotidiens.
Ils écument les rames et les stations de métro, les rues, les poubelles pour ramasser et remplir leur caddy des précieux magazines qu'il revendent ensuite aux vendeurs pour 10 ou 20cts selon la date d'édition, la popularité et l'état du papier. Ces ramasseurs exercent cette activité souvent à plein temps, même s'il existe des intermittents du ramassage.
Quel que soit leur taux d'activité, ces derniers sont souvent très marqués par la vie, l'alcool ou la drogue.
Je les connaissais tous, j'ai passé 2 ans et demi à passer mes journées à travailler dans ces rues, je peux même dire que je me muais régulièrement en employeur.
En effet je ne pouvais absolument pas quitter
mon stand et comme le rendre mobile me prenait environ 30mn, je demandais à mes amis les intermittents du ramassage ou de l'aide aux stands, de venir me remplacer, d'aller me chercher à manger, à boire, des cigarettes, en échange d'une pièce, d'un sandwich, d'une boisson ou d'un paquet de cigarettes.
Pas de vol, confiance, incroyable.
D'apparence, ils sont comparables aux personnes que vous voyez dans les rues de Paris ou d'ailleurs, avec le bout de carton maladroitement griffonné demandant une pièce pour manger, vous voyez?
Nous étions plusieurs stands par quartier, tous tenus par des
gaijins, et nous employions tous, nos amis de la rue, nous les avons côtoyé pendant des années, avons beaucoup discuté avec eux, connaissions leurs fortunes diverses, leurs histoires malheureuses, leur avions donné des noms, car les leurs étaient durs à mémoriser pour des novices de la langue japonaise et aussi parce que certains ne parlaient pas.
Je ne peux m'empêcher de vous en décrire
quelques uns...
Pikachu, un vieil homme barbu, sans dents, très marqué, adorable, ayant sombré dans l'alcool, la drogue et la rue après avoir été licencié de chez Mitsubishi après avoir été victime d'une attaque cérébrale.
Kombawa (bonsoir en japonais) qui disait toujours
kombawa et qui ne voulait pas travailler mais nous vendre des bricoles trouvées dans la rue (stylos, paquets de mouchoirs, briquets...) Il ne parlait pas, il ne faisait que négocier les prix de manière très habile. Lui aussi, un vieil homme, marqué.
Shatsho (patron en japonais), l'homme à tout faire, moins marqué que les deux autres, il vendait, travaillait tout le temps mais ne savait pas quoi faire quand il avait trop gagné d'argent. Il avait disparu pendant 2 semaines et était réapparu avec environ 500€ gagné en bossant sur un chantier, il voulait absolument nous en donner car c'était trop pour lui, vraiment gentil cet homme.
Je reviens au sujet, la police passait presque tous les jours devant ces stands, y compris le mien, parfois ils nous demandaient de fermer, sans conviction, nous ne fermions pas, personne ne fermait, nous étions tolérés.
Soit, c'est du travail au noir, mais enlever ce travail à ces gens revenait à les condamner, et les policiers le savaient pertinemment.
Bien sûr, la mafia locale supervise tout ça, prend une part du gâteau, mais pour une fois, est-ce négatif?
Alors je ne suis pas en train de vous dire qu'il faudrait que la même chose puisse exister en France, mais en France, le fait est que les pauvres existent mais je n'ai pas vu d'économie parallèle aussi bien organisée, répartissant aussi bien les richesses et permettant aux plus pauvres de s'en sortir.
Je voulais vous raconter cette histoire car ça me réchauffe le cœur de me la remémorer.
Billet personnel, mais j'espère qu'il vous aura diverti.
Sources images:
ShinjukuHomelessRamen yataï