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mercredi 15 juin 2011

Ne laissons pas tomber la Grèce.

Je publie ici cet appel lancé à l'initiative de Theodorakis. Ce texte devrait servir d'inspiration à nos dirigeants, dans la préparation des élections de 2012. A méditer.



AUX CITOYENS INDIGNÉS DE GRÈCE ET D'EUROPE

« Nous saluons les dizaines de milliers, voire les centaines de milliers de nos concitoyens, jeunes pour la plupart, qui se sont rassemblés sur les places de toutes les grandes villes pour manifester leur indignation à l’occasion de la commémoration du mémorandum (accord cadre signe entre le gouvernement grec, l’UE, le FMI et la BCE, en Mai 2010 et renouvelé depuis régulièrement),  demandant le départ du gouvernement de la Honte et de tout le personnel politique qui a géré le bien public, détruisant, pillant et asservissant la Grèce. La place de tous ces individus n’est pas au Parlement, mais en prison.

Nous saluons les premières Assemblées générales qui se déroulent dans les centres de nos villes et la démocratie immédiate que s’efforce de découvrir le mouvement inédit de notre jeunesse. Nous saluons les travailleurs de la fonction publique qui ont entrepris manifestations, grèves et occupations pour défendre un Etat qui, plutôt que le démantèlement prévu par le FMI, a désespérément besoin d’une amélioration et d’une réforme radicales. Par leurs mobilisations, les travailleurs de l’Hellenic Postbank, de la Régie nationale d’électricité et de la Société publique de loterie et de paris sportifs défendent le patrimoine du peuple grec qu’entendent piller les banques étrangères, par le truchement de leur gouvernement fantoche à Athènes.

Le pacifisme exemplaire de ces manifestations a démontré que lorsque la police et les agents provocateurs ne reçoivent pas l’ordre d’intervenir, le sang ne coule pas. Nous appelons les policiers grecs à ne pas être les instruments des forces obscures qui tenteront certainement, à un moment donné, de réprimer dans le sang les jeunes et les travailleurs. Leur place, leur devoir et leur intérêt est d’être aux côtés du peuple grec, des protestations et des revendications pacifiques de celui-ci, aux côtés de la Grèce et non des forces obscures qui dictent leur politique au gouvernement actuel.

Un an après le vote du mémorandum, tout semble attester son échec. Après cette expérience, on ne peut plus s’autoriser la moindre illusion. La voie qu’a emprunté et continue de suivre le gouvernement, sous la tutelle des banques et des instances étrangères, de Goldman Sachs et de ses employés européens, mènent la Grèce à la catastrophe. Il est impératif que cela cesse immédiatement, il est impératif qu’ils partent immédiatement. Jour après jour, leurs pratiques révèlent leur dangerosité pour le pays. Il est étonnant que le procureur général ne soit pas encore intervenu contre le Ministre de l’Economie et des Finances, après les récentes déclarations tenues par ce dernier sur l’imminence de la faillite et l’absence de ressources budgétaires. Pourquoi n’est-il pas intervenu suite aux déclarations du président de la Fédération des patrons de l’industrie et de la commissaire européenne grecque Mari Damanaki sur une sortie de l’euro ? Pourquoi n’est-il pas intervenu contre le terrorisme de masse avec lequel un gouvernement en faillite, sous le diktat de la Troïka [UE - FMI - BCE], tente une nouvelle de fois d’extorquer le peuple grec ? Par leur catastrophisme, leurs allusions tragiques et tout ce qu’ils inventent et déblatèrent pour effrayer les Grecs, ils ont réussi à humilier le pays dans le monde entier et à le mener réellement au bord de la faillite. Si un chef d’entreprise s’exprimait de la même façon que le fait le Premier ministre et ses ministres lorsqu'ils parlent de la Grèce, il se retrouverait immédiatement derrière les barreaux pour malversation grave.

Nous nous adressons aussi aux peuples européens. Notre combat n’est pas seulement celui de la Grèce, il aspire à une Europe libre, indépendante et démocratique. Ne croyez pas vos gouvernements lorsqu’ils prétendent que votre argent sert à aider la Grèce. Ne croyez-pas les mensonges grossiers et absurdes de journaux compromis qui veulent vous convaincre que le problème est dû soi-disant à la paresse des Grecs alors que, d’après les données de l’Institut statistique européen, ceux-ci travaillent plus que tous les autres Européens !

Les travailleurs ne sont pas responsables de la crise ; le capitalisme financier et les politiciens à sa botte sont ceux qui l’ont provoquée et qui l’exploitent. Leurs programmes de « sauvetage de la Grèce » aident seulement les banques étrangères, celles précisément qui, par l’intermédiaire des politiciens et des gouvernements à leur solde, ont imposé le modèle politique qui a mené à la crise actuelle.
Il n’y a pas d’autre solution qu’une restructuration radicale de la dette, en Grèce, mais aussi dans toute l’Europe. Il est impensable que les banques et les détenteurs de capitaux responsables de la crise actuelle ne déboursent pas un centime pour réparer les dommages qu’ils ont causés. Il ne faut pas que les banquiers constituent la seule profession sécurisée de la planète !

Il n’y pas d’autre solution que de remplacer l’actuel modèle économique européen, conçu pour générer des dettes, et revenir à une politique de stimulation de la demande et du développement, à un protectionnisme doté d’un contrôle drastique de la Finance. Si les Etats ne s’imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront, en même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation européenne. La démocratie est née à Athènes quand Solon a annulé les dettes des pauvres envers les riches.Il ne faut pas autoriser aujourd’hui les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu’elles ont elle-même générées sous forme de dettes. Comment peut-on proposer un ancien collaborateur de la Goldman Sachs pour diriger la Banque centrale européenne ? De quelle sorte de gouvernements, de quelle sorte de politiciens disposons-nous en Europe ?

Nous ne vous demandons pas de soutenir notre combat par solidarité, ni parce que notre territoire a été le berceau de Platon et Aristote, Périclès et Protagoras, des concepts de démocratie, de liberté et d’Europe. Nous ne vous demandons pas un traitement de faveur parce que nous avons subi, en tant que pays, l’une des pires catastrophes européennes aux années 1940 et nous avons lutté de façon exemplaire pour que le fascisme ne s’installe pas sur le continent.

Nous vous demandons de le faire dans votre propre intérêt. Si vous autorisez aujourd’hui le sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole sur l’autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre tour. Vous ne prospérerez pas au milieu des ruines des sociétés européennes. Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. Bâtissons ensemble une Europe nouvelle ; une Europe démocratique, prospère, pacifique, digne de son histoire, de ses luttes et de son esprit. Résistez au totalitarisme des marchés qui menace de démanteler l’Europe en la transformant en tiers-monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent en suscitant le retour du fascisme. »
 
Le Comite Consultative du Mouvement de Citoyens Indépendants. « L’ Etincel » (*)
 
Athenes, 26 Mai 2011
(*) Créé à l’initiative de Mikis Theodorakis

lundi 7 mars 2011

Il est temps que Jean-Luc Mélenchon brise le blocus de Cuba !

Depuis un bon moment, je suis avec intérêt le parcours de Jean-Luc Mélenchon. J'adhère très souvent à son discours et je trouve que sa stratégie d'attaque des journalistes a pu lui permettre de s'exprimer assez largement dans les médias. J'espère juste qu'il ne va pas s'enfermer dans cette posture qui peut être, à terme, assez réductrice.

Cependant, ces dernières semaines, il s'est fait coincer à plusieurs reprises sur la question de Cuba.

Tout a commencé par une polémique avec Jean Quatremer sur le boycott du prix Sakharov en fin d'année dernière. A plusieurs reprises, des journalistes ont rebondi sur cette question en interrogeant Mélenchon sur ce thème. Les affrontements ont été particulièrement durs avec Jean-Michel Apathie sur RTL et au Grand Journal récemment.

A chaque fois, Mélenchon s'est enfermé dans une posture assez discutable. Il s'est systématiquement refusé à admettre que Cuba était une dictature si le journaliste en face de lui n'acceptait pas que le blocus américain sur Cuba était scandaleux et avait poussé les Cubains dans la dictature. Le journaliste se refusant à briser sa position de neutralité, le président du Parti de Gauche peut s'en sortir par une pirouette qui laisse quand même l'auditeur ou le téléspectateur sur l'idée que le député européen refuse d'admettre le caractère dictatorial du régime cubain.

On peut parfaitement comprendre que Mélenchon, qui tente de faire un hold-up sur les militants du PCF, ait du mal à manier la question des dictatures communistes subsistant actuellement. Cependant, la posture est gênante, dans cette époque où les dictatures du monde arabe flanchent.

Certes, il est évident que les Etats-Unis ont toujours eu, avec les dictatures, un comportement ambivalent s'appuyant sur leurs présupposés idéologiques. Ils ont largement maltraité leurs opposants communistes ou islamistes tout en soutenant, parfois avec bienveillance, les bonnes vieilles dictatures capitalistes. C'est finalement cohérent. On peut regretter que les démocraties capitalistes aient des comportements différents plutôt que de s'appuyer sur des principes clairs sans adaptation au contexte géopolitique et économique mais...

... il est totalement anormal qu'un leader de gauche se refuse à condamner une dictature, quelle qu'elle soit. Le régime cubain, comme celui de Corée du Nord, est le modèle qui montre à toute la gauche ce qu'il ne faut pas faire. Ne pas affirmer que ces pays sont des dictatures est une faute politique pour quelqu'un qui se veut maintenant l'incarnation d'une sorte de gauche purifiée des errements du Parti Socialiste.

Alors, que faudrait-il faire ? C'est pourtant simple, ma bonne dame ! Il faut à la fois reconnaître que les dictatures communistes sont aussi mauvaises que les autres, tout en soulignant, à chaque fois que la nécessité l'exige, les incohérences des politiques de nos démocraties face aux dictatures. On y gagnerait en clarté et en cohérence.

J'espère que Mélenchon sortira vite de ce traquenard. Il est quand même dommage, dans le contexte actuel, que le leader du PG se retrouve à chaque fois à devoir se justifier sur Cuba alors que le contexte devrait être favorable aux valeurs qu'il porte.

Allons, Jean-Luc, il faut rapidement se recentrer sur les sujets importants et arrêter de tomber dans les pièges que l'on vous tend.

mercredi 23 février 2011

DSK, DSK, DSK, DSK, SDK, DKS, DDKKSSS, DDDDDDDDKKKKKKSSSSSSSS...

DSK par ci, DSK par là, DSK, DSK, DSK, DSK, la femme de DSK, DSK et ses secrétaires, DSK et Martine, DSK à Washington, DSK à Paris, DSK au FMI, DSK au PS...

Bon, j'en ai marre, cher lecteur. Marre de ce maelström médiatique qui nous entoure, pèse sur nous, nous incite avec une vigueur extrême à voter pour ce type-là. C'est décidé par la presse : DSK sera le candidat du PS. Les sondages l'affirment, les intellectuels le pensent, les leaders du PS le disent (sauf le 87 candidats au primaire...), les hommes et femmes de droite attaquent...

En tout cas, une chose est sûre : je ne voterai pas pour lui. Voilà, c'est tout. Je ne peux pas. C'est impossible. Comment voter, quand on est de gauche, pour un homme qui a dirigé le FMI et qui met en avant des idées pas si éloignées de celles du président en place ?

Autant voter directement Sarkozy...

Dans quelques semaines, ils vont nous sortir le vote utile....

Soupirs...

samedi 19 février 2011

Prendre en compte les loyers fictifs dans le système fiscal : qu'en pensez-vous ?

Ces derniers jours, comme tout bon prof parisien qui se respecte, je suis en vacances. Voilà donc venu le temps pour remettre un peu ses cours à jour et pour profiter de son temps libre pour lire.

Parmi mes achats littéraires du moment, j'ai fait l'acquisition du petit livre de Landais, Piketty et Saez, intitulé "Pour une révolution fiscale. Un impôt sur le revenu pour le XXIe siècle." Il est paru au Seuil. 

Je ne vais pas revenir sur le fond de la proposition des auteurs pour réformer l'impôt sur le revenu en le fusionnant avec la CSG. Tu trouveras les informations sur le site mis en place par les auteurs, qui ont apparemment décidé de se passer d'un web-designer, ce qui est bien dommage. Tu trouveras aussi ici et là des opinions d'autres blogueurs sur le sujet, parfois assez sévères. Personnellement, j'admets ne pas suffisamment maîtriser la fiscalité des plus riches pour pouvoir me faire une opinion réelle sur les propositions faites. Par contre, je souscris totalement à une des grandes idées avancées par les auteurs : il est anormal que l'impôt soit aussi difficile à comprendre pour le quidam mais que les gens aisés puisse faire appel à un fiscaliste et ne plus acquitter qu'une part minime par rapport à ce que les autres paient.

Dans la troisième partie du livre, les économistes se lancent dans une longue réflexion concernant les loyers et la propriété, dans le but d'intégrer mieux le patrimoine mais aussi les revenus qu'on en tire. Je voulais, dans ce court billet, te faire réagir, cher lecteur, à ces quelques propositions.

  • Les auteurs se lancent d'abord dans une charge contre le système actuel d'allocations au logement, visant à aider les plus pauvres à louer leur résidence principale. Ces allocations sont aujourd'hui fonction des ressources mais aussi d'autres facteurs comme le type de logement, le lieu de résidence, le nombre d'enfants... Pour les auteurs, ce système permet une hausse constante des loyers et des déficits du système social, car, même si les pauvres restent pauvres, ils touchent de plus en plus d'aides en fonction des prix des loyers. Ils proposent donc de casser ce système et de remplacer cela par une allocation forfaitaire à tous les locataires dépendante de la zone géographique. Ainsi, les locataires ne perdraient rien en déménageant vers des logements moins chers et les loyers iraient à la baisse plutôt qu'à la hausse.
  • Les économistes proposent ensuite d'inclure dans les revenus ce qu'ils appellent le "loyer fictif". Imaginons par exemple que tu sois, cher lecteur, propriétaire de ton logement. Tu n'as donc pas de loyer à acquitter et tu bénéficies de ton logement. Tu toucherais donc un "loyer fictif" qu'il faudrait inclure dans ton revenu pour compenser les inégalités avec les locataires qui paient, eux, un loyer réel. On déduirait de ce loyer fictif les intérêts d'emprunt pour ne pas pénaliser les accédants face aux propriétaires plus anciens. Pour les auteurs, cela aurait l'avantage de pousser les grands propriétaires qui préfèrent garder des logements vides à louer ou à vendre pour compenser l'arrivée de l'impôt, détendant un peu le marché du logement.
  • Enfin, nos économistes se livrent à une charge contre la taxe foncière. Pour eux, cet impôt, qui rapporte pourtant beaucoup (16 milliards d'euros tout de même), s'appuie sur des textes trop anciens et frappe tout le monde par un forfait assez lourd, mettant en difficulté les accédants face aux propriétaires installés qui n'ont plus d'intérêts à acquitter. Les auteurs trouveraient assez cohérent de modifier cet impôt par un système ressemblant à celui de...l'ISF ! Il faudrait que cette taxe prenne en compte deux paramètres pour être juste : le prix réel de ce patrimoine et le niveau de dette des propriétaires. Ainsi, les auteurs espèrent faire payer les propriétaires héritiers plus que les classes moyennes accédantes sans soutien extérieur.
Je te soumets, cher lecteur, ces propositions pour que tu réagisses. En particulier, je trouve cette histoire de "loyer fictif" problématique. Certes, on peut parfaitement admettre que les personnes ayant un bien et n'en tirant pas de revenus puissent cependant être atteintes par les inégalités que cela provoque. Cependant, est-il juste de taxer un revenu qui n'existe pas ?

Quoiqu'on en pense, ce livre pose des questions intéressantes et qui méritent un débat public.

mercredi 5 janvier 2011

Posons la question aux citoyens : travailler plus, rester dans la situation actuelle ou travailler moins ?

La valse des textes parus sur les 35 heures ces derniers jours me fait me poser une question très simple.

Tout a commencé au PS. Depuis, de nombreux leaders politiques, de nombreux blogueurs, de nombreux journalistes de tout type de médias se sont exprimés.

A plusieurs reprises, les statistiques d'Eurostat ont été citées. Elles montrent que les Français travaillent 37,4 heures en moyenne (chômeurs inclus), plus que les Allemands et les Hollandais par exemple, pays où le chômage est nettement inférieur.

A priori, l'absence de travail des Français est donc un gros flan, et si on ne compte pas les chômeurs, on atteint 41 heures.

Là encore, on constate pourtant que les chiffres ne servent pas à grand-chose et que les acteurs sont idéologiquement convaincus de leurs positions. Fondamentalement, deux positions très simples s'opposent :

  • Le travail est une charge lourde pour tous les individus et il faut au moins l'empêcher de s'accroître et au mieux le faire encore plus diminuer. Cette position prédomine depuis le milieu du XIXe siècle dans les politiques menées, sauf à quelques rares moments comme en 1938 par exemple.
  • le travail est un moment formidable d'épanouissement personnel, et en plus, plus on travaille et plus on est riche.
Il faut, pour trancher ce débat, sortir de la soi-disant efficacité économique. De toute façon, on trouvera toujours des personnes qui soutiendront l'une ou l'autre thèse malgré tous les chiffres que l'on pourra apporter. De toute façon, les chiffres, on en fait un peu ce qu'on veut, dans le monde politique.

Partons des électeurs eux-mêmes. Demandons-leur s'ils souhaitent travailler plus ou moins. Je serais assez curieux de voir la réponse, car en 2007, nos concitoyens ont choisi de travailler plus pour gagner plus. Vu la réduction du paiement des heures supplémentaires, ils se sont faits avoir. Serons-nous capable, chers camarades, de les convaincre que c'est en réduisant le travail que la richesse n'a cessé de s'élever dans les pays développés depuis deux siècles ?

Au travail, bordel !

jeudi 30 décembre 2010

La protection sociale doit rester un système de solidarité pour tous.

Un commentaire sur un vieux billet de ce blog m'amène à aborder un sujet revenant un peu sur le système des retraites, mais pas seulement.

Lors du dernier mouvement social, plusieurs membres de la gauche ont proposé d'établir une limite par le haut des pensions de retraite. Qu'est-ce que cela signifie ? Simplement, on ne pourrait pas toucher au-dessus d'un certain montant de la part du régime de retraites. Cette idée avait déjà surgi avec les allocations familiales, qu'on pourrait aussi réserver à des personnes ayant un revenu limité.

Je trouve cette idée totalement contradictoire avec la logique de notre système de sécurité sociale.

Aujourd'hui, nous contribuons tous en fonction des priorités définies par les partenaires sociaux et par les autorités. Par exemple, nous contribuons tous au système de retraite, au système d'assurance-chômage ou au système de protection familiale, alors que nous ne serons parfois pas concernés. C'est par exemple mon cas avec le chômage : en tant que fonctionnaire, je ne suis à priori pas soumis à ce risque, mais je soutiens mes compatriotes qui ont besoin de se protéger contre celui-ci.

Si je le fais, c'est que je sais que le système me protège sur d'autres points, comme la santé ou la retraite. D'autre part, je suis assuré de toucher une retraite qui correspond à ce que j'aurai versé. J'ai permis à un certain nombre de vieux de s'en sortir convenablement, et je pourrai donc vivre convenablement plus tard.

Si on limite les pensions de retraite par le haut, comme si on limite les allocations familiales par exemple, toutes les personnes ayant un peu de revenus vont immédiatement contester très fortement le système social, bien plus qu'ils ne le font déjà aujourd'hui. Dans ce cas, pourquoi contribuer autant à la solidarité nationale et ne pas soi-même en bénéficier ?

Ce qui pose problème n'est pas la manière dont le système social est organisé, mais les grilles salariales et les écarts très importants existants entre riches et pauvres dans notre société. On demande au système social, si on adopte cette logique, d'être uniquement un palliatif pour les personnes fragiles et non plus un système de solidarité.

Il faut rappeler que le système de protection sociale est à la fois un système de solidarité et un système d'épargne forcée. Son objectif n'est pas de corriger les inégalités sociales mais simplement de les atténuer.

En faire un système de solidarité uniquement à destination des pauvres, c'est savonner encore plus la planche bancale sur laquelle il repose et l'achever définitivement.

L'action doit se faire sur l'organisation de la distribution des richesses, et non pas sur la redistribution de celles-ci. Soit on lutte réellement contre les inégalités, soit on les atténue. Actuellement, on a choisi la seconde option.

lundi 13 septembre 2010

Lois Gayssot : tout dépend de l'objectif.

Cela va peut-être te surprendre, cher lecteur, mais je vais aujourd'hui rebondir sur un billet de notre camarade NPiste CSP, qui s'est lancé aujourd'hui dans un texte sur le négationnisme, suite à un billet sur Chomsky que tu pourras trouver ici.

L'ami CSP considère que les lois Gayssot sont acceptables car elles obligent les négationnistes et leurs petits copains racistes à se taire, au moins publiquement, et à ne pas trop diffuser ainsi leurs idées. On éviterait de nombreux problèmes et, particulièrement, la survivance publique des idées les plus problématiques de l'extrême-droite.

Je ne peux être d'accord avec lui. En tant que personne ayant étudié l'histoire et l'enseignant tous les jours, j'admets supporter très difficilement que l'Etat se pique de vouloir imposer sa version de l'histoire. En effet, ce qui fait la légitimité d'un travail d'historien est la méthode employée. L'historien confronte ses questions à des sources et émet des raisonnements en s'appuyant sur elles et en se référant aux historiens ayant déjà travaillé sur le sujet. Cela permet d'éviter de faire n'importe quoi.

Or, l'histoire démontre l'existence des camps. Le négationnisme est donc mort de lui-même, et les gugusses qui y croient y croiront de toute façon. Je peux le confirmer : régulièrement, des élèves disent que je mens sur les juifs. On a beau faire tout ce qu'il faut, celui qui ne veut pas l'accepter continuera à ne pas l'accepter.

Le cas se répète exactement dans le cas du génocide des Arméniens que la France a cru bon de reconnaître. Fondamentalement, les historiens ont analysé cet évènement depuis longtemps. Cette reconnaissance n'a nullement convaincu les Turcs qui pensent qu'il ne s'est rien passé. Cette loi n'a servi à rien.

La seule manière de légitimer l'interdiction serait, à mon sens, non pas de dire qu'on veut légitimer une version de l'histoire, mais de dire qu'on estime qu'il est anormal que des personne appelant à la haine de l'autre puissent s'exprimer librement. Souvent, les négationnistes estiment que le génocide est une invention des juifs à leur profit.

Pitié, laissons les historiens faire leur travail et que le parlement se contente de légiférer sur le politique : il y a déjà largement de quoi faire...

jeudi 25 février 2010

Pourquoi à droite ?

La manière dont les robots Google parviennent à mettre en adéquation les thèmes des billets et la publicité est fascinante. Il est toujours étonnant de voir, chez les blogueurs de gauche, des publicités pour des assurances ou des placements bancaires lorsqu'un blogueur aborde la question de la crise financière.

Or, depuis quelques jours, le système dysfonctionne. Sur mon autre blog, apparaît la bannière publicitaire suivante :


Intrigué, j'ai fait des recherches sur internet et j'ai trouvé ce billet de Sexactu expliquant que deux sites, Droite rencontre et Gauche rencontre, avaient été mis en ligne récemment, pour permettre aux célibataires de se retrouver par affinités politiques.

Cette logique rejoint pleinement la chaîne, qui avait été initiée sur les Privilégiés (résultats là), sur les affinités politiques à l'intérieur des couples. Cependant, si j'avais moi-même expliqué qu'il devait être complexe de construire un foyer avec des idéologies différentes, se fermer la porte aux rencontres de l'autre bord n'est-il pas plutôt un signe de fermeture ? L'amour ou le sexe avec l'autre bord n'est pas sale...

Il est cohérent de mettre en place des sites généralistes. On peut trouver cohérent de créer des sites homosexuels ou pour les personnes ayant des pratiques moins fréquentes dans la société, même si je ne vois pas pourquoi ces personnes ne pourraient pas se trouver sur des sites généraux. Mais s'appuyer sur de la politique, franchement, non, je ne vois pas bien.

Il y a aussi un site pour les fans du bio. Par contre, je me demande bien où les libéraux iraient s'inscrire : droite ou gauche, il faut choisir. Pour les réactionnaires, il faut aller là. Pour les fans de bistro, c'est ici. J'attends aussi la mise en place d'un site islamiste...

Pourquoi ai-je dit plus haut que le robot de Google dysfonctionnait ? Tout simplement parce que c'est Droite rencontre qui ressort chez moi, alors que mon blog est censé être de gauche. A force de fricoter avec la droite, cela finit par se voir.

jeudi 24 décembre 2009

No Sarkozy Day : on virerait le bonhomme, mais les idées...

Depuis le succès du "No Berlusconi Day", une initiative a été lancée en France d'organiser un "No Sarkozy Day". Un site a été monté, de même qu'un groupe Facebook, qui a déjà plus de 300 000 membres, et Twitter. Au départ, j'ai adhéré au groupe Facebook, en me disant que toute initiative visant à ennuyer le président de la République ne pouvait être que positive. Je reste tout à fait persuadé que la politique de Sarkozy est un vrai danger pour notre pays, et je ne vais surtout pas me priver du projet d'une belle manifestation.

Mais je doute du succès réel de ce mouvement. On peut tout à fait admettre tous les mauvais côtés de la personnalité de notre président, mais il y a trois réserves fortes qu'il faut énoncer avant de se lancer.

Tout d'abord, il est évident que Sarkozy ne démissionnera pas, sauf s'il pense que la pression est très forte, ce qu'une simple manifestation ne suffira pas à dire. En Italie, Berlusconi n'a pas cillé. Nous irons donc manifester et puis nous rentrerons chez nous, et le président sera toujours là.

Ensuite, la focalisation sur la personne du président risque d'oblitérer la nécessité d'un véritable travail idéologique à gauche pour contrer les idées du président et non pas le président lui-même.

Car la troisième réserve est bien là : si le président part, qui aura-t-on à la place, et avec quel programme ? Il y a tout de même un fort risque de se retrouver avec un autre président de droite mettant en valeur les mêmes idées et appliquant les mêmes politiques.

Alors, manifester contre Sarkozy, pourquoi pas, mais en sachant bien que nous avons aussi, à gauche, à préparer une véritable alternative idéologique et politique crédible. Sans cela, on pourra toujours manifester et même virer le président, mais on restera dans la même situation.

Manifestons et travaillons ! Le véritable "No Sarkozy Day" se déroulera en 2012, et il ne faut pas l'oublier.

mardi 27 octobre 2009

Que faire des banques ?

La polémique sur le secteur bancaire fait à nouveau rage, suite aux débats budgétaires auxquels se consacrent les députés en ce moment. Cet aspect polémique ne me passionnant pas, je vais plutôt me rediriger ici sur des aspects plus idéologiques.

L'an dernier, les gouvernements des pays développés sont massivement venus en aide au secteur bancaire, rattrapé par ses spéculations et ses produits pourris. En France, cette aide a été faite sous forme de prêts aux organismes bancaires, qui commencent d'ailleurs à être remboursés, sans aucune condition autre pour les banques que le remboursement avec taux d'intérêts. Toute cette crise n'a finalement permis aucune réflexion forte sur le rôle des banques et sur leur impact sur l'économie, et c'est vraiment une occasion ratée.

Je vais me placer ici dans la position qui est la mienne, mais aussi celle d'une bonne partie des Français : je ne suis pas une entreprise, je ne suis pas un bourgeois, je ne suis pas une personne en grande difficulté financière. Je fais partie de ce qu'on appelle communément la classe moyenne. Pour moi, une banque a des missions très précises : stocker mon argent dans un espace théoriquement sécurisé, me permettre de dépenser cet argent avec le même niveau de sécurisation, et parfois, me faire un crédit qui me permet de mettre en œuvre un projet que mes revenus ne m'autoriseraient pas de réaliser tout de suite. Une banque ne devrait pas me prêter de l'argent pour aller faire mes courses, mais c'est un autre débat. C'est par exemple le cas si j'achète une automobile ou un bien immobilier.

Ces activités, très basiques finalement, n'ont aucun rapport avec ce que font les banques pour les entreprises et pour les capitalistes. Cependant, depuis la fin de la séparation entre banques d'affaire et banques de dépôt, ces activités sont réalisées avec mon argent, comme avec celui de tous les clients de banques ayant des revenus moyens ou étroits. Cette situation explique aussi que les Etats aient agi. En France, si les banques avaient fait faillite, l'Etat aurait dû assurer chaque Français à plus de 70 000 €, ce qui représente quand même des sommes importantes et aurait mis en danger à la fois un budget de l'Etat en difficulté, mais aussi toute l'économie.

Depuis, en regardant ce qui se passe, je ne peux que m'étonner de l'évolution des banques. Actuellement, je suis en train de prospecter pour un crédit. M'intéressant, en tant que blogueur politique, à l'actualité, je sais que la Banque Centrale Européenne vend son argent aux banques à un taux très bas : 1%. Au même moment, la Fed est à 0% de taux d'intérêt. Or, les différentes offres de prêt que j'ai pu recevoir se situent à des taux entre 3,85% et 4,05%. Ces taux ont certes un peu baissé depuis le début de la crise, mais ils restent tout de même importants par rapport au coût de l'argent. En clair, quelqu'un est encore en train de se sucrer sur mon dos, et à priori, il s'agit bien des organismes bancaires.

Il y a différentes manières de concevoir le crédit. Il s'agit avant tout d'une avance sur des revenus futurs qui permet de construire un projet tout de suite. En soi, on est bien face à un outil économique indispensable pour tout le monde, acteurs importants comme particuliers. Or, les banques privées dégagent un bénéfice important sur ces crédits, et peuvent parfois en bloquer l'accès aux plus fragiles.

La constitution d'un service public bancaire devrait donc, à nouveau, apparaître sur la table. Ce service devrait proposer des services de dépôt et des crédits à taux abordables, collant au plus près à ce que pratique la BCE. Sur le blog du Gaulliste Libre, on découvre que Frédéric Lordon propose de confier cette mission de socialisation du crédit à un organisme non-public, estimant que les scandales des années 1980 ont démontré que l'Etat était incompétent sur la question. Je me demandais, en lisant ce billet, si on ne pouvait pas plutôt confier cette mission à une nouvelle caisse de la sécurité sociale, qui aurait l'avantage de ne pas avoir besoin de prélever des cotisations sociales mais simplement de détenir un capital au départ, sans avoir besoin de dépenser des milliards pour nationaliser les banques.

Après, si des particuliers préfèrent aller prendre des risques avec les banques privées, tant mieux pour eux, mais il faudra que l'Etat cesse de garantir ces mêmes banques dans cette configuration.

PS : et pendant ce temps, alors que l'économie va soi-disant beaucoup mieux, le chômage est en pleine croissance, mais apparemment, cela n'intéresse que peu les médias…

dimanche 4 octobre 2009

Les votations citoyennes pour la Poste sont un succès, mais la question n’était pas la bonne.

Indéniablement, les votations sur la Poste sont un succès. Au début du mois de septembre, le collectif était très pessimiste sur le succès d'une opération peu médiatisée et peu relayée par les acteurs locaux. D'ailleurs, les grands médias n'ont commence à en parler que depuis deux ou trois jours, lorsqu'il est apparu que la réussite était une possibilité.

Ce vote est un succès, avec près de deux millions de votants décomptés ce soir. Cependant, il pose un véritable problème : seuls les anti-privatisations ont participé. En effet, la question insinuait que la Poste allait forcément être privatisée, ce que le gouvernement s'évertue à rejeter depuis le mois de juillet, sans que personne n'y croit : depuis 1983, aucune privatisation n'a été mise en échec. Les personnes préférant la privatisation se sont donc abstenues.

Pour moi, le vrai défaut de la consultation est dans sa question même. Il aurait fallu demander, non pas si on était contre la privatisation, mais si on souhaitait un référendum sur la question. Là, la participation aurait pu être beaucoup plus massive et les pours comme les contres auraient eu la possibilité de s'exprimer.

Je suis pour un référendum sur ce sujet, pour au moins deux raisons :

  • Nicolas Sarkozy n'a jamais avancé cette réforme dans son programme de 2007 comme une mesure-phare de sa présidence. Il n'a donc pas une légitimité forte sur ce point.
  • Jamais on n'a consulté le peuple français sur une nationalisation ou une privatisation. Or, il me semble normal de demander à ceux à qui le service public est rendu ce qu'ils souhaitent. Ainsi, les libéraux comme les socialistes et les autres tendances politiques auront tout le loisir de développer leurs théories sur les services publics et la place du collectif et de l'individuel dans notre société.

Ce soir, la droite nie la légitimité de cette votation, et elle a raison ! Finalement, c'est elle qui refuse au peuple le droit de s'exprimer. Il est d'ailleurs intéressant de constater que les textes d'application de la réforme constitutionnelle, sur le point du référendum d'initiative populaire, traînent toujours dans les tiroirs.

Tiens, les sondages (dont la légitimité est encore plus à caution que celle d'une votation mais que nos politiques trouvent plus représentatifs) disent que les Français veulent un référendum. Et si on osait, pour une fois, demander l'avis des citoyens ?

Pas sûr que nos gouvernants y soient prêts. Alors, les gars, on a peur de perdre ?

mardi 22 septembre 2009

Le silence de la gauche sur la privatisation de la Poste.

Après une lecture de la presse du jour, force est de constater que la grève d'aujourd'hui à la Poste n'a pas été une réussite. Les postiers n'ont donc pas été suffisamment mobilisés, sans doute résignés devant le rouleau compresseur libéral et ce malgré la crise économique que ce système a provoqué et provoque. Bizarrement, le Japon vient d'annoncer qu'il interrompt la privatisation de sa poste, et le Danemark vient de renationaliser la sienne complètement et de la fusionner avec la poste suédoise, détenue à 100% par le gouvernement suédois. En France, comme sur d'autres sujets, nos élites maintiennent le cap et avancent vers la privatisation.

Certes, on a bien entendu Olivier Besancenot se plaindre de cette évolution. Quid des autres mouvements ? Le PS apporte son soutien au mouvement, de même que l'ensemble des mouvements de gauche, et tout semble tourner maintenant autour de la votation du 3 octobre.

Cependant, je ne suis pas rassuré. La blogosphère est d'habitude très accrochée à l'actualité immédiate, et peut facilement s'enflammer sur des sujets polémiques. Or, sur la Poste, les blogueurs gauchistes restent étonnement muets. Aujourd'hui, seuls Nicolas et Plume de Presse, parmi la cinquantaine de blogs que je suis, ont publié un billet. Il n'y avait que le Coucou qui semblait mobilisé sur la question.

Deux idées sont à mettre en avant :

  • Comme les autres services publics, la Poste a été construite avec les deniers publics. Depuis 20 ans, elle a subi les réformes et la réduction des financements, puis la menace du passage à la concurrence. Progressivement, le service se dégrade. Maintenant qu'on a réduit la qualité de l'ensemble, on annonce un salvateur passage au privé. Comme dans les cas précédents (et les cas futurs), nous devons affirmer que rien ne démontre que le privé gère mieux que le public, à moyen équivalent, que nous sommes face à une idéologie de droite et que nous considérons que la collectivité est l'un des meilleurs moyens de redistribuer la richesse et de susciter l'amélioration du niveau de vie.
  • Pour conforter ces demandes, nous devons réclamer que la permanente demande d'ouverture à la concurrence soit battue en brèche. La concurrence n'apporte rien d'autres qu'une prise en main des produits des services publics par des intérêts privés, sans gain pour les citoyens. Un service public ne peut fonctionner correctement qu'en situation de monopole.

Franchement, les blogueurs de gauche, au lieu de vous passionner pour les conneries du PS ou le site de Ségolène, j'aimerais bien que vous vous intéressiez aux vrais sujets, et en particulier à la politique du gouvernement, et que vous vous positionniez.

Il en est de même pour les politiques de gauche. On sait que vous avez été les promoteurs, vous aussi, des idées libérales, mais il serait temps de réagir et de revenir à vos fondamentaux.

Sinon, vous allez encore vous prendre une claque en 2012. S'il faut forcément élire des gens de droite, autant ne pas se déplacer voter…

lundi 7 septembre 2009

Ne pas tomber, camarades, dans le piège François Bayrou.

Eh bien, ça y est. Après plusieurs mois de tergiversations, François Bayrou semble s'être décidé à tenter de prendre la tête d'une coalition hétéroclite qui irait du centre-droit à l'aile gauche du Parti Socialiste et des Verts. Depuis 2007, le président à haut-débit du Modem prépare tranquillement cette migration. Il l'a fait d'abord, en 2007, en choisissant de s'afficher ostensiblement avec Ségolène Royal. Cet acte et son refus de participer à la majorité présidentielle l'ont isolé. Il s'est alors placé dans la position de premier opposant à Nicolas Sarkozy, ne cessant de le critiquer et profitant à la fois du désordre du PS, de l'atonie des autres partis de gauche et du vide tout de même réel d'opposants forts. Sur certains sujets, il a pu avoir un impact : souvenons-nous qu'il a été le premier homme politique important à prendre position contre EDVIGE, alors que le silence régnait à gauche.

Et puis, les tests électoraux ont démenti cette première stratégie. Tout d'abord, il a perdu en chemin l'aile droite de l'ancienne UDF, vassalisée dans le Nouveau Centre, ce qui lui a fait perdre de nombreux réseaux locaux d'élus de droite. Ensuite, la stratégie du Modem aux municipales n'a pas été comprise par les électeurs, ne voyant pas pourquoi ce parti s'associait parfois à des listes UMP, y allait parfois seul ou se retrouvait dans des unions de la gauche allant jusqu'à LO. Aux européennes, Bayrou s'est lancé seul, espérant bénéficier de la cacophonie socialiste, mais là encore, son message a été brouillé : il s'est concentré sur une guerre anti-Sarkozy, délaissant le terrain européen qu'il affectionnait pourtant, et laissant cette fenêtre aux Verts.

Bayrou a réfléchi. Il a compris que ses hésitations nuisaient à sa stratégie personnelle. Il a aussi perçu le risque que le PS parvienne à sortir la tête de l'eau, ce qui le laisserait complètement isolé et sûr de prendre une veste aux régionales. S'il veut prendre la tête de la gauche libérale, il ne peut le faire que maintenant. Certains, à gauche, accueillent ce mouvement favorablement.

Ce n'est pas mon cas. Je sais qu'on va m'accuser d'être rancunier, mais je me souviens très bien que François Bayrou fut le ministre de l'éducation qui tenta de libéraliser les donations de fonds publics aux écoles privées dans les années 1990. Je me souviens aussi qu'il soutint les gouvernements Balladur et Juppé, mais aussi les gouvernements Raffarin et de Villepin. Je veux bien que les hommes changent et évoluent, mais je ne vois pas Bayrou passer de la droite chrétienne au socialisme.

Certes, le PS peut y gagner des électeurs du centre, mais il perdra de nombreuses personnes de gauche qui avaient déjà du mal à voter encore pour lui au premier tour. Déjà, la désignation de Ségolène Royal avait été un choix désastreux, uniquement viabilisée par la crainte d'un nouveau 21 avril. Au moins une alliance avec Bayrou aurait-elle l'avantage de précipiter la décomposition du PS et d'en finir avec certains de ses dirigeants. Cependant, elle ne ferait que permettre un maintien de la droite au pouvoir en 2012, soit avec Sarkozy, soit avec Bayrou.

Entre la peste et le choléra...

mardi 7 juillet 2009

Être de gauche, c’est être anti- ?

Tiens, c'est marrant : en rentrant des résultats du bac, j'ai découvert la nouvelle démarche politique du camarade Authueil. Voici que cet éminent blogueur de la droite respectable s'est brusquement transformé en socialiste réformiste qui cherche à refonder la gauche. On ne peut que s'étonner de cette problématique chez un soutien sans faille de l'UMP. Notre président de la République aurait-il tellement dégoûté les membres de sa majorité ?

Dans le raisonnement du camarade, on retrouve l'habituelle antienne, appliquée ici à l'extrême-gauche, sur le fait que la gauche française passe son temps à s'opposer bêtement à la droite au pouvoir. Authueil étant trop fin pour cela, il n'emploie pas les termes d'« anti-sarkozysme primaire », mais je sais que cette notion traîne souvent dans la blogosphère de droite et dans les médias de la même droite (voir les articles réguliers du Figaro). A chaque fois, j'admets que je suis très troublé devant cette accusation. Je me souviens que, sous la présidence de François Mitterrand, les militants de droite menaient de très violentes attaques contre la personne du président, pourtant moins impopulaire que l'actuel. A l'époque, on n'employa pas le terme d'« anti-mitterrandisme primaire ». On ne peut pas, lorsqu'on est dans l'opposition, ignorer la personne du chef de l'État. Nicolas Sarkozy doit être critiqué, autant sur sa personne (qu'il met suffisamment en avant par ailleurs) que sur ses actes et ses idées politiques. L'anti-sarkozysme n'est bien qu'un argument rhétorique visant à discréditer les opposants.

Dans ce même billet, Authueil tente de trouver quelques axes pouvant permettre de définir un programme de gauche renouvelé. Je te livre ici le passage :

Etre de Gauche aujourd'hui, c'est quoi ? Il y a au moins un fondement qui n'est guère contestable, c'est le refus d'une société dirigée uniquement par l'économique, où on vit pour travailler au lieu de travailler (éventuellement) pour vivre. C'est le refus du travailler plus pour gagner plus, parce que gagner plus, c'est pas forcement ce qu'on demande car on recherche davantage le "mieux" que le "plus". C'est le refus de cette société de consommation où le citoyen de base est pris pour un con plus souvent qu'à son tour, que ce soit comme électeur, comme consommateur ou comme salarié. Je pense que tous ceux qui se revendiquent de gauche peuvent signer ça.
Bizarrement, l'auteur définit tous les fondements de sa gauche renouvelée en commençant par le mot « refus ». Alors que la droite reproche à la gauche d'être sans arrêt dans l'opposition primaire, voilà qu'un blogueur de droite prend toute la pensée de gauche par le négatif.

Rien d'étonnant cependant. Étant baigné dans la culture politique de gauche, je n'aurais pas fait autrement si j'essayais de refonder la droite. Pourquoi ? Tout simplement parce que l'adversaire politique est naturellement défini par des termes plutôt négatifs, vu qu'on le différencie de soi. Comme le moi est positif, l'autre est négatif. S'il ne l'était pas, il n'y aurait pas de raison de s'opposer à lui et de vouloir gouverner à sa place.

Etant de gauche, je vais aider Samuel. Je ne crois pas que la gauche naît dans le refus mais dans la volonté de progrès et dans l'amélioration des conditions de vie de l'ensemble de la population. Aussi, si je reformulais le paragraphe précédent, je dirais :

Être de Gauche aujourd'hui, c'est quoi ? Il y a au moins un fondement qui n'est guère contestable, c'est la volonté de développer une société où l'économique vise au progrès collectif. C'est une société où l'on travaille parce qu'on veut une vie agréable et paisible, et où le gain financier n'est pas la priorité de tous, surtout au prix d'une vie médiocre. C'est le rêve d'une société démocratique dans laquelle le citoyen reprendrait en main le jeu politique, et dans laquelle le consommateur passerait au second plan. Je pense que tous ceux qui se revendiquent de gauche peuvent signer ça.
Bon, évidemment, il reste du refus, mais je ne vois pas comment faire autrement. Dans un texte de droite, on en trouverait aussi, histoire de clarifier l'offre politique.

Tiens, d'ailleurs, c'est bizarre : Authueil définit la gauche comme souhaitant un monde non dominé par l'économie. C'est pourtant par l'économie que Marx espérait transformer le monde, mais je ne sais pas à quelle gauche le co-organisateur de la RDB s'adresse effectivement…

dimanche 28 juin 2009

Le FN refait surface à Hénin-Beaumont.

Ce soir, alors qu'on croyait le FN définitivement enterré, le voici qui refait surface.

Des élections municipales partielles se déroulaient à Hénin-Beaumont, suite à la procédure lancée par la justice contre l'ancien maire socialiste, Gaston Dalongeville. Celui-ci est actuellement écroué pour une affaire de fausses factures, après de multiples critiques sur sa gestion de la ville. Le PS a longtemps tardé à réagir contre un maire très discutable.

Marine Le Pen a donc profité de ce contexte pour tenter de s'implanter. Elle s'était déjà présentée aux municipales de l'an dernier mais avait échoué. Ce soir, elle parvient à obtenir, dès le premier tour, le score de 39% des voix, au-dessus de ce que les sondages laissaient espérer. Certes, les listes de gauche font un score honorable, mais elles sont divisées.

Dans cette affaire, le PS porte une lourde responsabilité. Voilà que le FN se prépare à prendre une ville et à créer un nouveau Vitrolles. Marine Le Pen, si elle remporte cette élection, va pouvoir tenter de gagner une respectabilité en gérant une commune. D'ailleurs, les électeurs ne s'y sont pas trompés : la liste à laquelle participe le PS arrive en troisième position.

Le second tour se déroule le 5 juillet. On ne peut espérer que la défaite du FN, et que la nouvelle municipalité élue se détache de la gestion calamiteuse du précédent édile…

lundi 1 juin 2009

La gauche, divisée, en route pour une nouvelle défaite électorale.

Nous sommes maintenant, cher lecteur, à quelques jours des élections européennes. Je ne vais pas te refaire ici la litanie de l'analyse des pseudo-sondages qui nous annoncent à la fois la victoire de l'UMP mais la défaite de l'ensemble de la droite face à l'ensemble de la gauche.

Je suis nettement plus étonné devant la violence des débats qui ont précédé, à gauche, cette élection. Certes, la campagne a mis du temps à démarrer. Elle a été dominée, de ce côté de l'échiquier, par la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, et il n'est pas rare de trouver des blogueurs de gauche séduits par la personnalité de tribun du sénateur ex-socialiste.

Pour t'illustrer cet état, je t'invite à consulter ce billet de Nicolas. Il s'y désole du risque que Benoît Hamon puisse risquer de ne pas être élu. Très vite, la tension est montée dans les commentaires.

Ce qu'illustre ce billet est l'état de désordre qui se maintient à gauche, et les grosses difficultés du PS. A l'évidence, alors que certaines listes ont pris acte de l'évolution du monde et, en particulier, de sa situation économique (comme Europe Ecologie ou le Front de Gauche), le PS est resté assez atone, malgré l'avantage de disposer d'un programme européen. Il aurait pu se lancer dans une opération forte. A mon sens, la meilleure aurait été d'annoncer la rupture du pacte de gouvernance avec le PPE. En effet, le contexte est bon : la droite est plutôt en difficulté de par la crise financière ; il n'y a aucun intérêt pour les sociaux-démocrates à maintenir une quelconque alliance avec eux, alors qu'il serait possible de constituer une majorité avec les centristes et certains mouvements de gauche plus radicaux. Enfin, il y a là une belle occasion de virer Barroso de la Commission.

Malheureusement, rien de tout cela n'est venu. Le PS est resté sur la ligne qu'il tient sur l'Europe depuis 2002. En appeler au vote utile, à cette occasion, est une grosse erreur, vu que le PS a gagné les élections de 2004 et que rien n'a changé dans le PSE en fonction de cela. Le fait même que Barroso ait pu rester commissaire est une illustration des difficultés de la gauche européenne à ressortir la tête du trou.

Sur ce point, je ne crois pas que le PS soit encore englué dans des questions d'égos. Cela est démontré par le meeting de Rezé, durant lequel Ségolène et Martine ont tenu les mêmes discours. Or, dans le contexte, il y avait de quoi se montrer innovant et novateur, et proposer de vraies ruptures avec le passé de la gauche européenne.

On pourrait considérer qu'il faut laisser le temps à la gauche de mener sa reconstruction idéologique. Certes, mais les Européens souffrent en ce moment, et la victoire annoncée du PPE nous relancerait pour cinq nouvelles années de stagnation libéralo-conservatrice à l'échelle européenne.

C'est dommage : encore une belle occasion ratée...

jeudi 28 mai 2009

La politique française, le FC Nantes et Barcelone...

Hier soir, certains d'entre vous ont dû voir la finale de ligue des champions de football, et par bonheur, pour une fois, les anglais n'ont pas gagné...
Mais là n'est pas le sujet, les amateurs de football se sont probablement autant régalés que moi devant la fluidité du jeu barcelonais. Une touche de balle, passes courtes, mouvement, technique impeccable, peu d'engagement physique, tout en finesse, un peu à contre courant de la direction actuelle du foot actuel, qui mise beaucoup sur le physique. Et cette culture du beau jeu perdure à Barcelone depuis les années 70' avec, à l'époque un Johann Cruyff à la baguette.
Étonnamment, au cours de ce match j'ai pensé au FC Nantes des décennies précédentes, jusqu'alors réputé, lui aussi pour son beau jeu atypique dans le championnat de France et pour sa formation exceptionnelle.
Maintenant je vais oser un paralèlle inattendu, mais quand le FC Barcelone ne déroge pas à ses principes historiques, le FC Nantes a, depuis une dizaine d'années décidé de se débarrasser de ses dirigeants fondateurs pour tenter de se lancer dans le foot business, recrutant à tort et à travers des pseudos stars, laissant de côté le jeu à la nantaise et la formation, avec le succès que l'on connait, c'est à dire deux descentes en ligue 2 en 3 ans...
Les connaisseurs me parleront de fiscalité, de différence de budget entre la France et l'Espagne rendant cette comparaison inapropriée, mais restons en France, et en France, Nantes est passé du status de très bonne équipe à celui d'une équipe médiocre.
Et là, je vais oser un paralèlle très inattendu...
Mais la France est en train de prendre un chemin comparable, nous nous lançons avec nos gouvernements successifs à la conquête d'un capitalisme libéral de plus en plus excessif qui au lieu de nous faire progresser nous rétrograde en queue de peloton européen.
Exit Léon Blum, exit le avancées sociales, bienvenu dans le monde du copiage outre atlantique.
Au lieu de continuer dans ce que nous avons lancé, au lieu de persister dans l'amélioration d'une type de société sont nous avons été les précurseurs, nous avons préféré, prendre un virage totalement différent et nous lancer dans la voie des plus riches, en ignorant nos valeurs culturelles historiques.
Alors ne vous méprenez pas, si je tiens un discours à la Fabrice, je ne suis pas pour autant devenu un social-communiste, je reste plutôt un bosseur qui se fout des 35h, des prud'hommes et autres spécialités françaises ayant survécu, mais je voulais simplement mettre le doigt sur cette évolution qui me parait à contre courant de ce que nous avons fait de mieux, c'est à dire, améliorer la vie du peuple.
La faute à qui? Aujourd'hui c'est clairement la faute à une gauche qui n'est plus, tout Nantes qui s'est réinventé club business, la gauche a abandonné ses principes fondateurs pour se lancer dans une pâle imitation de la droite, et une imitatation bien médiocre.

dimanche 15 février 2009

Cher lecteur, payons les dettes pourries des banques !

Cher lecteur, le joyeux week-end qui est en train de s’achever est pourtant chargé de mauvaises nouvelles au plan économique. On apprend d’abord ici que, malgré les discours nombreux visant à dédramatiser la crise actuelle, l’inflation repart de plus belle. Les prix alimentaires de base, y compris sur les premiers prix, augmentent alors que les prix de ces matières sur les marchés internationaux sont à la baisse.

Ici, des rumeurs bruissent : certains pays européens sont au plus mal financièrement. Il se murmure même que l’Autriche serait sur le point de demander une aide d’urgence à l’Allemagne pour retrouver un peu de liquidités. Le sort de l’Islande, en pleine débâcle financière et en train de nationaliser tout son système financier, a l’air de guetter un certain nombre de petits pays européens fragiles.

A la suite de ce dernier billet, l’auteur nous indique que l’une des solutions possibles serait que les États reprennent les créances pourries de nos banques pourries, puisque seul les États disposent de la longévité pour étaler toutes ces dettes et les payer. C’est ce que vient de faire l’Islande. Cependant, il faut te rappeler une chose simple, cher lecteur, si l’État ne peut jouer de la planche à billets pour dégrader la valeur de ces capitaux, ces dettes seront payées, c’est sûr, mais par les impôts.

En clair, dans ce merveilleux processus de crise qui est le nôtre aujourd’hui, crise que beaucoup voyaient venir d’ailleurs, non seulement les prix montent (ce qui frappe les pauvres en premier, mais touchera vite les classes moyennes), le crédit est paralysé, les salaires stagnent, le chômage augmente, et en plus, il va falloir que l’on paie les conneries des banques avec nos revenus, puisque c’est sur eux que portent les deux impôts les plus importants, l’impôt sur le revenu et la TVA.

Tout cela signifie quoi ? Tout d’abord, les dépenses publiques vont connaître une hausse considérable dans les prochaines années, puisqu’il va falloir assurer le traitement social de la crise, relancer la machine économique, investir et payer les dettes des banques. Cela signifie ensuite que ce sont encore les pauvres et les classes moyennes qui vont payer les pots cassés de l’économie. Personnellement, si je le pouvais, je laisserais crever les banques et leurs actionnaires, je te nationaliserais tout cela et je ne paierais pas ces dettes : les banquiers ont prêté n’importe comment, tant pis pour eux, qu’ils tombent, et les capitalistes qui ont passé l’argent avec. Malheureusement, c’est de l’utopie…

Pour certains, on ne pourra pas faire mieux et on entre dans une période de crise terrible. Pour moi, l’État risque bien d’être obligé de relancer la planche à billet. Théoriquement, l’euro empêche cela. Contrairement à d’autres raisons parfois évoquées, voilà un beau défi posé à la monnaie unique : pourra-t-on sortir des dogmes et trouver des solutions innovantes à cette vaste crise économique ?

Pour le moment, cher lecteur, je ne vois pas venir grand-chose…

dimanche 1 février 2009

La vision de D. Tartakowsky sur la grève de jeudi dernier.

Pour poursuivre la discussion entamée ici et là avec Manuel et quelques-uns de nos lecteurs fidèles, je te propose, cher lecteur, de lire ici l'interview de Danielle Tartakowsky, historienne et spécialiste de l'histoire des manifestations en France.

Danielle Tartakowsky est professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris 8 et chercheur associée au Centre d'Histoire Sociale de Paris-I.

Ses principaux ouvrages, pour information :
D. Tartakowsky, Le Front populaire : la vie est à nous, Gallimard, Paris, 1996.
D. Tartakowsky, Les manifestations de rue en France : 1918-1968, Publications de la Sorbonne, Paris, 1997.
D. Tartakowsky, Le pouvoir est dans la rue. Crises politiques et manifestations en France, Paris, Aubier, 1998.
D. Tartakowsky, La Part du rêve - Histoire du 1er mai en France, Hachette, Paris, 2005.
M. Margairaz, D. Tartakowsky, L'avenir nous appartient ! Une histoire du Front populaire, Larousse, Paris, 2006.
M. Margairaz, D. Tartakowsky, Le Syndicalisme dans la France occupée, PUR, Rennes, 2008.
O. Filleule, D. Tartakowsky, La Manifestation, Presses de Sciences Po, Paris, 2008.

samedi 31 janvier 2009

Ça ne va pas, et maintenant ? (mais cette fois, c'est par Mathieu L)

Après avoir festoyé, après avoir été lyrique voire bucolique, je voulais, cher lecteur, me pencher sur la manifestation de jeudi avec un air un peu moins rêveur et un peu plus critique. Manuel m’ayant un peu devancé, nous donnant une vision qui m’a beaucoup surpris, il me faut à mon tour me jeter à l’eau.

Comme tu le sais sans doute, j’ai une grande habitude du rituel de la manifestation. Le premier choc que j’ai éprouvé durant cette journée a été la masse imposante des manifestants. C’est d’autant plus étonnant que les mots d’ordre étaient totalement imprécis, et qu’il fallait faire grève pour pouvoir venir, ce que seuls les fonctionnaires des catégories B et A peuvent facilement se permettre. L’étonnement a été accru par la forte présence d’autres catégories de personnels que les habituels fonctionnaires et ouvriers de la grande industrie. Dans les cortèges de la CGT se trouvaient des personnels des sociétés de service, peu habitués à la manifestation, des retraités et de simples employés du privé. J’ai même eu l’impression, en fin de manif, que les fonctionnaires n’étaient pas majoritaires, à peine la moitié des manifestants. Il fallait noter aussi la présence d’importants groupes de retraités.

Les chiffres avancés sont aussi très impressionnants. Pour rappel, un commentateur de Vogelsong nous signale ici que, lors de la victoire des Bleus en 1998, environ 600 000 personnes se sont retrouvés entre la Concorde et l’arc de triomphe, alors que, durant la manifestation du 29 janvier, entre 15h30 et 18h00, le cortège a occupé tout l’espace se trouvant entre la Bastille et l’Opéra Garnier (pour mémoire, la police a dénombré 60 000 manifestants et la CGT 300 000, les deux étant, selon moi, en dessous de la vérité). J’ai aussi souvenir que, lors de la dernière manifestation contre le CPE, en 2006, durant laquelle les syndicats avaient annoncé presque 1 million de personnes, les étudiants chantaient « le million, le million », alors que cela faisait trois mois que la grève durait. En un coup, les syndicats ont donc mobilisé bien plus que jamais durant les années précédentes, et des catégories de manifestants qui n’ont pas l’habitude de se déplacer, sur des mots d’ordre totalement flous. Cette exceptionnalité mérite des analyses.

Je vais donc essayer, cher lecteur, de te faire partager mon ressenti de la manif. Tout d’abord, certains témoignages soulignent le côté joyeux du cortège, ce qui est vrai, mais je dois aussi ajouter que les slogans n’étaient pas forcément très positifs, et même très offensifs. Plusieurs slogans dominaient :
  • Le pouvoir d’achat était présent chez beaucoup, particulièrement chez les retraités mais aussi chez les salariés du privé comme du public.
  • L’emploi ressortait moins, sauf dans les cortèges des ouvriers de l’industrie s’inquiétant des plans sociaux et des délocalisations, et chez les fonctionnaires, demandant l’arrêt des suppressions de postes.
  • Les slogans sur les banques étaient nombreux, se demandant pourquoi il y avait eu tous ces prêts et les 20 milliards de recapitalisation sans contreparties.
  • Enfin, et je ne peux que le reconnaître, les slogans anti-Sarkozy étaient partout, que ce soit avec des jeux de mots sur le « casse-toi, pov’ con ! » et sur le « plus personne ne se rend compte qu’il y a une grève en France ». Les « Sarko démission !» ont aussi émergé en fin de manifestation, les chiffres annoncés par la police en province ayant couru et les manifestants dénonçant les tentatives évidentes de manipulation.
Ce qui est net, c’est que cette manifestation exprimait à la fois une volonté d’arrêt des dégradations des conditions de vie, une incompréhension devant les ressorts d’une crise causée par l’irresponsabilité de nos élites (ce que laissent penser les slogans) et un rejet profond de Nicolas Sarkozy, malgré la volonté des syndicats de ne pas politiser tout cela.

Dans un billet récent, Authueil nous affirmait que le gouvernement gérait bien la crise, en tout cas le mieux possible. Franchement, les manifestants n’avaient pas l’air de le penser. Cela est d’autant plus étonnant que la crise n’a pas encore réellement touché la plupart des salariés. Je crois aussi que c’est inquiétant pour les autres acteurs de notre vie publique. Les partis de gauche n’ont pour le moment pas de moyens de capitaliser cette mobilisation, les syndicats n’ont pas encore de demandes claires et ne semblent pas savoir quoi faire de ce succès. Mais les demandes sont là, et vigoureusement exprimées.

Comme mon camarade, j’ai tendance, et ce malgré le fait que je soutiens pleinement cette grève, à dire à tout le monde de ne pas ignorer ce fait politique. La droite doit arrêter de tenter de faire passer cette grève comme une grève des catégories habituelles de grévistes, les syndicats doivent nous appeler à la grève à nouveau si nécessaire mais sur des motifs clairs et précis, le président et ses ministres doivent tourner sept fois leurs langues dans leurs bouches avant de parler et les partis de gauche feraient bien de quitter leurs querelles intestines et de se mettre réellement au travail. On n’a en effet aucune idée de comment un tel mouvement social peut évoluer…