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vendredi 29 avril 2011

Entreprendre en France...

J'ai une petite histoire, elle n'est pas nouvelle, mais je ne l'ai encore jamais racontée sur le blog.
Un couple d'amis a un jour décidé d'ouvrir un restaurant dans une grande ville de province.
Ils s'y sont pris comme il faut, tous deux ont travaillé en cuisine chez des restaurateurs, lui a suivi plusieurs formations pour bien maîtriser le côté administratif lié à l'ouverture d'un commerce.
Ensuite, étude de marché, longue réflexion, recherche du fonds de commerce et c'était parti.
Et bien parti!
On parle d'un petit restaurant, avec uniquement le couple pour le faire tourner.
Ouverture midi et soir, 5 jours par semaine. Ca a rapidement marché du tonnerre.
Au bout de plusieurs mois (ou 1 an) ils ont décidé d'engager un plongeur car ça devenait trop dur. 16h par jour à tout faire c'est dur.
Ca a marché comme ça pendant encore une bonne année, mais petit à petit la fatigue a commencé à pourrir un peu la vie du couple, quand on dort peu, c'est dur.
Ils ont alors cherché une solution, en théorie, 2 possibilités s'ouvraient à eux.
- Engager un employé suplementaire
- Diminuer les heures d'ouverture
Au final, après de nombreux calculs, la première solution s'est avérée impossible à tenir financièrement.
D'un salaire confortable ils passeraient à des pertes...
Ils ont donc diminué les heures d'ouverture.
Mais ils se sont vite aperçus que ce n'était pas viable non plus car le chiffre d'affaire prenait un trop gros coup dans la gueule.
Au final, ils ont vendu le mois dernier et vont chercher à monter un autre petit business.
Alors je me pose une question.
Est-ce normal qu'en France, tu réussisses à monter un business viable économiquement mais que tu sois obligé de le fermer car prendre un salarié est financièrement impossible?
Car le problème réside là, et il ne réside pas dans le salaire mais dans les charges patronnales.
Je vous avoue être choqué par cette histoire.

lundi 13 septembre 2010

Lois Gayssot : tout dépend de l'objectif.

Cela va peut-être te surprendre, cher lecteur, mais je vais aujourd'hui rebondir sur un billet de notre camarade NPiste CSP, qui s'est lancé aujourd'hui dans un texte sur le négationnisme, suite à un billet sur Chomsky que tu pourras trouver ici.

L'ami CSP considère que les lois Gayssot sont acceptables car elles obligent les négationnistes et leurs petits copains racistes à se taire, au moins publiquement, et à ne pas trop diffuser ainsi leurs idées. On éviterait de nombreux problèmes et, particulièrement, la survivance publique des idées les plus problématiques de l'extrême-droite.

Je ne peux être d'accord avec lui. En tant que personne ayant étudié l'histoire et l'enseignant tous les jours, j'admets supporter très difficilement que l'Etat se pique de vouloir imposer sa version de l'histoire. En effet, ce qui fait la légitimité d'un travail d'historien est la méthode employée. L'historien confronte ses questions à des sources et émet des raisonnements en s'appuyant sur elles et en se référant aux historiens ayant déjà travaillé sur le sujet. Cela permet d'éviter de faire n'importe quoi.

Or, l'histoire démontre l'existence des camps. Le négationnisme est donc mort de lui-même, et les gugusses qui y croient y croiront de toute façon. Je peux le confirmer : régulièrement, des élèves disent que je mens sur les juifs. On a beau faire tout ce qu'il faut, celui qui ne veut pas l'accepter continuera à ne pas l'accepter.

Le cas se répète exactement dans le cas du génocide des Arméniens que la France a cru bon de reconnaître. Fondamentalement, les historiens ont analysé cet évènement depuis longtemps. Cette reconnaissance n'a nullement convaincu les Turcs qui pensent qu'il ne s'est rien passé. Cette loi n'a servi à rien.

La seule manière de légitimer l'interdiction serait, à mon sens, non pas de dire qu'on veut légitimer une version de l'histoire, mais de dire qu'on estime qu'il est anormal que des personne appelant à la haine de l'autre puissent s'exprimer librement. Souvent, les négationnistes estiment que le génocide est une invention des juifs à leur profit.

Pitié, laissons les historiens faire leur travail et que le parlement se contente de légiférer sur le politique : il y a déjà largement de quoi faire...

lundi 11 mai 2009

Définir une position sur les crimes passés de la France.

Régulièrement, sur ce blog mais aussi sur d'autres, nous avons eu des affrontements avec des contradicteurs nous accusant de réduire et de mépriser la France à cause de son passé historique. Cela est arrivé souvent sur des discussions sur le passé colonial, mais aussi sur l'occidentalisme plus récemment. A droite semble donc dominer l'idée que les personnes de gauche considèrent notre passé comme une tare, comme un poids, et que s'exprime en permanence un besoin de repentance face aux crimes passés de notre pays. On a même vu ressurgir, sur certains blogs, le terme d'« anti-France », que je croyais pourtant relégué dans les oubliettes de l'histoire. Il est d'ailleurs intéressant de constater que la bien-pensance est là de l'autre côté : « mais non, la colonisation n'était pas négative, et la France n'a pas à rougir de son passé. »

En fait, je crois que nos contradicteurs font une erreur fondamentale d'interprétation de nos modes de pensée. Personnellement, je ne me sens absolument pas coupable des crimes ou des idées débiles développées dans le passé. Certes, mes ancêtres ont parfois fait des bêtises. C'est le cas de la colonisation ou de la collaboration. Cependant, je n'étais pas là, et je n'ai donc pas à assumer quoi que ce soit sur ce sujet. De plus, je n'ai pas vécu cette période, mais je sais qu'une grande majorité des Français soutenaient l'idée d'empire colonial dans les années 1930, et que Pétain a été vu comme un sauveur, au moins durant la première année, par une ultra-majorité des Français. Je ne vois pas pourquoi j'aurais été différent à ce moment-là.

Par contre, nous avons à gérer ce passé historique, qui, parfois, a encore un impact sur la vie de notre pays aujourd'hui. C'est le cas de la colonisation. Je reste persuadé que le rapport des Français avec les immigrés de l'ancien Empire sont en lien avec ce passé colonial. Il subsiste dans notre inconscient collectif cette idée d'enfance de l'indigène, d'infériorité, que les Français doivent aider et éduquer. De même, le personnage du jeune de banlieue un peu sauvage me semble correspondre assez strictement à la définition que donnait Jules Ferry de l'œuvre civilisatrice de la France en 1885. Finalement, Jean-Pierre Chevènement, en employant ce magnifique terme de « sauvageon » en 1998, en parlant des jeunes des cités, nous rappelait la persistance de la pensée colonialiste dans notre beau pays, y compris à gauche : comment ne peut-on pas voir le lien avec le terme de « sauvage » qu'utilisait Montaigne.

Pour gérer ce problème, je crois qu'il faut totalement assumer notre passé. Si la France a commis des crimes, s'est comportée comme une grande puissance dominante qui a écrasé de nombreux peuples durant cette période, il faut tout simplement l'admettre ! C'est un fait historique, qu'il faut expliquer à nos enfants (pourquoi cela s'est-il produit ? Quel était le contexte idéologique ? Quelles résistances ?). De même, il faut montrer quelles idées et quelles valeurs se sont exprimées dans la collaboration, et lesquelles dans la réaction du général de Gaulle et des résistants. Il ne faut pas gommer ces actes : quand on aime quelqu'un ou quelque chose, on le prend en entier, dans sa totalité, avec ses qualités et ses défauts. La France, c'est la Révolution française et la colonisation. C'est la résistance et la collaboration. C'est la droite et c'est la gauche.

Par contre, ce qui provoque souvent ma réaction outrée, c'est la persistance des idées qui ont fondé ces crimes dans notre société. Finalement, il ne s'agit pas de faire de la repentance gratuite. Envers les anciens colonisés par exemple, il est important de rappeler, et ce même quand notre gouvernement va dans l'autre sens, que tous les Français ne partagent pas cette volonté de nier le passé historique de la France. Nous n'en avons pas honte, mais nous ne sommes pas prêts à laisser les choses se reproduire et perdurer.

Ce qu'il faut prendre en compte, c'est le passage du temps. Autant on peut saisir que les Français de 1880 aient pu être dominés par des raisonnements de puissance et racialistes concernant la colonisation. Autant il est totalement anormal que subsiste aujourd'hui dans notre société, alors que les idées ont avancé depuis, les mêmes valeurs et les mêmes idées. En assument nos actes passés, nous pouvons nous départir de ces idées, et passer à autre chose…

dimanche 1 février 2009

La vision de D. Tartakowsky sur la grève de jeudi dernier.

Pour poursuivre la discussion entamée ici et avec Manuel et quelques-uns de nos lecteurs fidèles, je te propose, cher lecteur, de lire ici l'interview de Danielle Tartakowsky, historienne et spécialiste de l'histoire des manifestations en France.

Danielle Tartakowsky est professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris 8 et chercheur associée au Centre d'Histoire Sociale de Paris-I.

Ses principaux ouvrages, pour information :
D. Tartakowsky, Le Front populaire : la vie est à nous, Gallimard, Paris, 1996.
D. Tartakowsky, Les manifestations de rue en France : 1918-1968, Publications de la Sorbonne, Paris, 1997.
D. Tartakowsky, Le pouvoir est dans la rue. Crises politiques et manifestations en France, Paris, Aubier, 1998.
D. Tartakowsky, La Part du rêve - Histoire du 1er mai en France, Hachette, Paris, 2005.
M. Margairaz, D. Tartakowsky, L'avenir nous appartient ! Une histoire du Front populaire, Larousse, Paris, 2006.
M. Margairaz, D. Tartakowsky, Le Syndicalisme dans la France occupée, PUR, Rennes, 2008.
O. Filleule, D. Tartakowsky, La Manifestation, Presses de Sciences Po, Paris, 2008.

jeudi 6 novembre 2008

La judaïcité exclusive nuit-elle à Israël?

Ce matin, un rendez-vous lointain a été annulé ce qui me laissait du temps et j'en ai profité pour écouter un podcast de ma deuxième émission de radio préférée après Coach Courbis sur RMC, Là Bas si j'y suis, une interview de Schlomo Sand, professeur d'histoire à l'université de Tel Aviv, auteur d'un livre très controversé et soulevant de nombreux débats en Israël. Je vous mets le lien de l'émission pour ceux qui sont intéressés:
Shlomo Sand : Comment le peuple juif fut inventé.

Bon, j'en ai terminé avec ma liste de liens qui seront utiles ou simplement décoratifs, même si je suis certain que les nombreux lecteurs passionnés de foot cliqueront sur le lien RMC, où je conseille également le très drôle Moscato Show...
Allez, trêve de rigolade, passons aux choses sérieuses.

Schlomo Sand nous explique comment l'histoire de la diaspora du peuple juif après avoir été chassé par les romains, est une invention.
Je ne me permettrais ni de remettre en cause sa théorie, car contrairement à certains (suivez mon regard vers la liberté d'expression à droite...), je ne crois jamais aveuglément à qui que ce soit.
Le juifs n'auraient donc pas erré pendant des siècles, ils seraient restés en Palestine, se seraient convertis à l'Islam, tout comme pour diverses raisons, des peuples européens, maghrébins et perses se seraient convertis au Judaïsme. Si vous voulez des précisions cliquez sur le lien.
Le résultat de cette théorie est que le peuple juif n'existerait donc pas sous forme de race, la race juive n'existerait donc pas. Cette notion de race étant à la base du sionisme et également des nombreuses persécutions auxquelles a dû faire face le peuple juif, la remise en cause serait brutale.
Concernant cette remise en cause historique, j'espère que mon professeur d'histoire d'ami, Mathieu, me donnera son avis.
On en arrive au point qui m'intéresse, c'est l'incidence de cette théorie sur l'État d'Israël.
L'État d'Israël, est un État juif, la terre d'Israël est une terre d'accueil pour tous les juifs du monde. Maintenant si on veut, à long terme envisager un cohabitation pacifique et fraternelle avec nos voisins arabes, musulmans, cette notion de "terre pour le juifs" sera toujours un handicap.
Comment un israélien non juif peut-il se sentir appartenir à une nation dont la constitution indique qu'il n'en fait pas vraiment partie?
La remise en cause historique de Schlomo Sand devrait donc permettre d'aller vers une meilleure cohabitation des différents peuples de l'État d'Israël et In fine des peuples du Proche Orient en enlevant cette barrière biblique infranchissable. Encore faudra t-il que le Hamas accepte l'idée que le peuple palestinien eût un jour été juif...
Maintenant le danger d'une déjudaïsation d'Israël c'est que la base même de ce pays, ce qui le garde en vie, c'est cette idée d'appartenance à une même race, qui lutte depuis deux mille ans pour survivre et qui s'accroche envers et contre tout à sa nouvelle terre d'accueil. Si l'on supprime ce lien entre les israéliens, ce lien entre Ashkénazes et Séfarades n'ayant pas du tout la mentalité et des cultures différentes, Israël perdra t-il sa force?
J'écoutais Schlomo Sand et il m'a paru logique, toutefois, la logique n'est pas toujours réalisable, la logique peut-être utopique, où alors il faut regarder sur du très long terme.
En tout cas le fait que son livre soit un succès et soulève tant de discussions passionnées montre bien que le peuple israélien est un peuple ouvert, qu'il peut débattre sur des sujets aussi graves que son origine même et donc que cette utopie du grand Israël biblique commence vraiment à perdre de son influence auprès la nouvelle génération. Car sans race juive, sans expulsion d'Israël, sans diaspora, pas de Grand Israël, pas de colonies, pas de territoires occupés. En tout cas tous ces problèmes pourraient être réglés.
Alors, sans aller jusqu'à déjudaïser Israël, je dirais que mettre entre parenthèse cette lourde histoire et la détacher des décisions politiques serait un grand pas vers la paix. Le simple fait que l'opinion publique israélienne soit intéressée par ce livre montre que c'est possible.