Un commentaire sur un vieux billet de ce blog m'amène à aborder un sujet revenant un peu sur le système des retraites, mais pas seulement.
Lors du dernier mouvement social, plusieurs membres de la gauche ont proposé d'établir une limite par le haut des pensions de retraite. Qu'est-ce que cela signifie ? Simplement, on ne pourrait pas toucher au-dessus d'un certain montant de la part du régime de retraites. Cette idée avait déjà surgi avec les allocations familiales, qu'on pourrait aussi réserver à des personnes ayant un revenu limité.
Je trouve cette idée totalement contradictoire avec la logique de notre système de sécurité sociale.
Aujourd'hui, nous contribuons tous en fonction des priorités définies par les partenaires sociaux et par les autorités. Par exemple, nous contribuons tous au système de retraite, au système d'assurance-chômage ou au système de protection familiale, alors que nous ne serons parfois pas concernés. C'est par exemple mon cas avec le chômage : en tant que fonctionnaire, je ne suis à priori pas soumis à ce risque, mais je soutiens mes compatriotes qui ont besoin de se protéger contre celui-ci.
Si je le fais, c'est que je sais que le système me protège sur d'autres points, comme la santé ou la retraite. D'autre part, je suis assuré de toucher une retraite qui correspond à ce que j'aurai versé. J'ai permis à un certain nombre de vieux de s'en sortir convenablement, et je pourrai donc vivre convenablement plus tard.
Si on limite les pensions de retraite par le haut, comme si on limite les allocations familiales par exemple, toutes les personnes ayant un peu de revenus vont immédiatement contester très fortement le système social, bien plus qu'ils ne le font déjà aujourd'hui. Dans ce cas, pourquoi contribuer autant à la solidarité nationale et ne pas soi-même en bénéficier ?
Ce qui pose problème n'est pas la manière dont le système social est organisé, mais les grilles salariales et les écarts très importants existants entre riches et pauvres dans notre société. On demande au système social, si on adopte cette logique, d'être uniquement un palliatif pour les personnes fragiles et non plus un système de solidarité.
Il faut rappeler que le système de protection sociale est à la fois un système de solidarité et un système d'épargne forcée. Son objectif n'est pas de corriger les inégalités sociales mais simplement de les atténuer.
En faire un système de solidarité uniquement à destination des pauvres, c'est savonner encore plus la planche bancale sur laquelle il repose et l'achever définitivement.
L'action doit se faire sur l'organisation de la distribution des richesses, et non pas sur la redistribution de celles-ci. Soit on lutte réellement contre les inégalités, soit on les atténue. Actuellement, on a choisi la seconde option.