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jeudi 30 décembre 2010

La protection sociale doit rester un système de solidarité pour tous.

Un commentaire sur un vieux billet de ce blog m'amène à aborder un sujet revenant un peu sur le système des retraites, mais pas seulement.

Lors du dernier mouvement social, plusieurs membres de la gauche ont proposé d'établir une limite par le haut des pensions de retraite. Qu'est-ce que cela signifie ? Simplement, on ne pourrait pas toucher au-dessus d'un certain montant de la part du régime de retraites. Cette idée avait déjà surgi avec les allocations familiales, qu'on pourrait aussi réserver à des personnes ayant un revenu limité.

Je trouve cette idée totalement contradictoire avec la logique de notre système de sécurité sociale.

Aujourd'hui, nous contribuons tous en fonction des priorités définies par les partenaires sociaux et par les autorités. Par exemple, nous contribuons tous au système de retraite, au système d'assurance-chômage ou au système de protection familiale, alors que nous ne serons parfois pas concernés. C'est par exemple mon cas avec le chômage : en tant que fonctionnaire, je ne suis à priori pas soumis à ce risque, mais je soutiens mes compatriotes qui ont besoin de se protéger contre celui-ci.

Si je le fais, c'est que je sais que le système me protège sur d'autres points, comme la santé ou la retraite. D'autre part, je suis assuré de toucher une retraite qui correspond à ce que j'aurai versé. J'ai permis à un certain nombre de vieux de s'en sortir convenablement, et je pourrai donc vivre convenablement plus tard.

Si on limite les pensions de retraite par le haut, comme si on limite les allocations familiales par exemple, toutes les personnes ayant un peu de revenus vont immédiatement contester très fortement le système social, bien plus qu'ils ne le font déjà aujourd'hui. Dans ce cas, pourquoi contribuer autant à la solidarité nationale et ne pas soi-même en bénéficier ?

Ce qui pose problème n'est pas la manière dont le système social est organisé, mais les grilles salariales et les écarts très importants existants entre riches et pauvres dans notre société. On demande au système social, si on adopte cette logique, d'être uniquement un palliatif pour les personnes fragiles et non plus un système de solidarité.

Il faut rappeler que le système de protection sociale est à la fois un système de solidarité et un système d'épargne forcée. Son objectif n'est pas de corriger les inégalités sociales mais simplement de les atténuer.

En faire un système de solidarité uniquement à destination des pauvres, c'est savonner encore plus la planche bancale sur laquelle il repose et l'achever définitivement.

L'action doit se faire sur l'organisation de la distribution des richesses, et non pas sur la redistribution de celles-ci. Soit on lutte réellement contre les inégalités, soit on les atténue. Actuellement, on a choisi la seconde option.

dimanche 24 octobre 2010

Tirons une leçon du mouvement contre la réforme des retraites.

Ce qui est finalement le plus inquiétant, dans le mouvement des retraites, est la lumière faite sur une démocratie en état de décomposition avancée. De droite comme de gauche, nous devrions tous nous en inquiéter, au lieu de nous y vautrer.

Au début de l'année, le président de la République annonce une réforme qu'il va tenir apparemment jusqu'au bout en l'adaptant à peine à l'extrême-marge. Dans ce processus, l'ensemble des acteurs de notre système démocratique sont bafoués : les syndicats ne sont pas consultés, les autres partis politiques à peine, le parlement qui tente régulièrement de faire évoluer ce texte doit finalement réduire ses débats au minimum et n'accepter que les amendements tolérés par le gouvernement. L'impression qui ressort de tout cela est une évidence : le gouvernement peut faire ce qu'il veut, comme il le veut, sans qu'une opposition institutionnelle réelle puisse se mettre en place.

On pouvait à ce moment-là espérer que la rue se substitue et prenne le contrôle des choses. Finalement, jusqu'à maintenant, ce n'est pas du tout le cas. Les syndicats ont organisé un mouvement, au départ, très peu contestataire : quelques grandes manifestations, certes impressionnantes, mais qui n'inquiétaient pas plus que cela le pouvoir. Ces dernières semaines, les choses se sont radicalisées mais sans soulever l'ensemble des Français. Certes, des salariés de certains secteurs se sont fortement mobilisés, mais sans jamais parvenir à déclencher une grève majoritaire et sans paralyser le pays. Même s'il faut faire la queue une heure pour avoir de l'essence, on ne peut pas dire que notre vie en soit radicalement transformée.

Dans ce petit bras de fer, les acteurs ont donc cherché, avec une certaine insistance, la position de la population. Ah, comment savoir ce que peut bien vouloir le peuple... On a donc, de tous les côtés, commandé des sondages, dont on sait pourtant qu'ils sont aisément manipulables et réalisés dans des conditions toujours discutables. Ainsi, dans les grands débats organisés dans nos médias, on a pu voir les partisans des deux camps se jeter les mêmes chiffres à la figure en affirmant détenir le soutien de la majorité. Sans aucune preuve concrète.

Dans ce jeu stupide, les médias ne sont pas en reste. Pour illustrer l'avis du bon peuple, on rajoute une louche de sondages et surtout, les habituels micro-trottoirs où un bon Français donne son avis. Souvent, ces petits reportages sont au mieux risibles. Voici que, sur TF1, on interroge un passant de Neuilly-sur-Seine qui, bien évidemment, déclare sa haine de ces infâmes grévistes privilégiés qui l'empêchent de mettre de l'essence dans sa Porsche... Pendant ce temps, sur Arte, voici un enseignant qui dit comprendre les grévistes. Sur France 2, un médecin libéral se plaint de ne pas pouvoir remplir sa voiture d'essence pour aller faire sa tournée, alors que sur une autre chaîne du service public, un médecin hospitalier rejette la réforme. Le pire a pour moi été d'entendre l'habituel langue de bois ressassant toujours les mêmes marronniers que nous devrions considérer comme justes : les Français sont nuls en économie, les Français sont des enfants qui refusent une réforme inévitable, les Français en ont marre de ces prises en otage, les Français ont besoin de l'essence pour vivre, les Français veulent la fin du statut de la fonction publique, les Français sont fatigués de cette élite bourgeoise qui prend des décisions qui ne la touchent pas directement...

Au final, quelle est l'opinion majoritaire ? Les sondages n'ont pas arrêté de dire deux choses totalement contradictoires : les Français soutiennent le mouvement de grève mais ils pensent la réforme inévitable. On pourrait trouver nos concitoyens totalement incohérents mais il faut bien prendre en compte les facteurs pouvant expliquer ces réponses. Pour moi, la réforme était effectivement inévitable, non pas parce qu'elle aurait permis de sauver le système de retraites, mais parce qu'elle était portée par un gouvernement que personne ne peut bloquer. D'un autre côté, les Français disent soutenir le mouvement mais ils se gardent bien de s'y engager eux-mêmes. Là encore, on assène souvent que la majorité des Français ne peut faire grève et agir parce que la vie est dure et que la crise économique frappe. Cependant, il y a eu de nombreuses manifestations, y compris en week-end, et tout le monde pouvait s'y associer. De même, l'histoire a souvent montré que, même lors de crises économiques terribles, nos concitoyens pouvaient parfaitement se soulever et prendre de réels risques (souvenez-vous de 1848, de 1871, de 1936 et même de 1995). Aujourd'hui, rien de tel.

Les défenseurs du président de la République se ruent sur cette inactivité pour prouver que les Français, à cause de ces sondages contestables (qu'ils n'hésitent pourtant pas à utiliser lorsqu'ils sont de leur côté), soutiennent la loi. Pourtant, rien n'est moins sûr. Qui a aujourd'hui une preuve réelle de l'opinion de la population ? Je vais te répondre, cher lecteur, pour que tout soit clair : personne, rigoureusement personne ! Nous ne pouvons connaître que l'avis de nos proches (famille, travail, amis...) avec qui on a souvent de nombreux points communs idéologiques. Je peux te faire d'ailleurs un sondage : 70% de mes connaissances sont contre cette réforme. Puis-je conclure qu'il faut la rejeter ?

Il n'existe réellement que deux moyens de connaître l'avis des Français :

  • convoquer un référendum,
  • dissoudre l'Assemblée nationale et faire une élection.
Personnellement, je penche largement pour la première. Un référendum oblige le citoyen à s'intéresser réellement à la question posée et à quitter les simples invectives qui résument le débat politique actuel. Il doit se forcer à aller vérifier les chiffres, à peser les idées en présence, et finalement faire un choix. Là encore, les partisans de la démocratie pour une minorité vont crier au populisme, au risque de manipulation, à la bêtise naturelle du citoyen... Je pourrais moi-même le faire d'ailleurs, faisant partie de ce groupe de gens qui peut faire grève sans prendre trop de risques, par crainte que mes concitoyens choisissent de soutenir cette réforme réactionnaire.

Je peux cependant te rassurer, cher lecteur, ce référendum n'aura pas lieu. A force de pratique politique, j'ai pu identifier un point commun général à l'ensemble des camps et des acteurs de notre démocratie : tout le monde est d'accord pour que la nation s'exprime globalement le moins souvent possible. Une fois tous les cinq ans, hein, les gars, ça suffit. Surtout, ne surgissez pas dans le débat. On ne vous aime tellement pas qu'il est hors de question qu'on vous consulte même sur des sujets où on est sûr que vous serez d'accord. Pourquoi ? Parce qu'on ne vous connaît pas, on ne vous voit jamais (une fois tous les cinq-six ans pour se faire réélire) et on se fiche totalement de vous.

Personnellement, je suis prêt à prendre le risque de me prendre une tôle et de voir cette loi nullissime passer. Je crois en effet que, si les arguments des opposants à la réforme sont si forts, il n'y a pas à craindre d'affronter nos adversaires dans un réel débat public. De plus, il est important d'obliger nos concitoyens à prendre une vraie décision, claire et nette, car dans ce débat stérile, ils ont clairement exprimé une chose : le refus de prendre leurs responsabilités. On n'embêtera pas le gouvernement qui fait ce qu'il veut, mais on soutient les grévistes sans rien faire soi-même.

A quoi cela sert-il d'être citoyen et de vivre dans une démocratie si c'est pour laisser d'autres que vous-même faire le boulot ?

mercredi 20 octobre 2010

Un progrès facteur de régression.

Pour la première fois, un authentique progrès va entraîner une régression de notre droit social.

Depuis le début de la première révolution industrielle, l'espérance de vie n'a cessé de croître. Aujourd'hui, on tourne en France, en moyenne aux alentours de 85 ans d'espérance de vie, avec une forte différence entre hommes et femmes. Les mâles français sont en effet moins suivis par le corps médical et ont une hygiène de vie moins bonne que celle de leurs conjointes. Contrairement à ce que l'on avance souvent, les hommes pourraient donc avoir la même espérance de vie que les femmes et des progrès sont donc encore possibles.

En France, cette évolution a été possible à la fois par les progrès de l'alimentation, du système de santé, des conditions de travail, du système d'éducation et par la prise en charge par la collectivité du coût des soins. Il est d'ailleurs intéressant de constater que notre pays a longtemps été à la tête du classement de l'OMS des meilleurs systèmes de santé, jusqu'à 2007 où nous avons commencé doucement à descendre...

Nous voici donc avec une vie bien plus longue que celle de nos ancêtres. Eh bien, c'est à cause de cette hausse de l'espérance de vie que nous allons être sanctionné et devoir travailler plus.

Ce choix va à l'inverse de toutes les évolutions des deux siècles derniers. Pour résumer, nos sociétés n'ont pas  cessé de produire davantage de richesses d'une année sur l'autre. En parallèle, la productivité n'a cessé de croître. L'agriculture en est le symbole le plus fort : il ne faut pas oublier qu'en 1789, sur les 30 millions de Français, 24 étaient agriculteurs et avaient de grandes difficultés à nourrir l'ensemble du groupe. Aujourd'hui, avec à peine 3,3% d'agriculteurs, nous croulons sous le poids de notre nourriture.

Cette évolution s'est accompagnée d'une décrue régulière du temps travaillé par chaque individu. Le salarié entre de plus en plus tard sur le marché du travail, travaille de moins en moins longtemps chaque semaine et chaque année et part en retraite de plus en plus jeune...

...jusqu'à cette année, où nous allons prendre le chemin inverse, car c'est définitif, cher lecteur, il y a trop de vieux dans ce pays.

Voilà donc l'argument développé par les soutiens de cette réforme. Nous vivons de plus en plus vieux, ce qui devrait nous obliger à travailler plus longtemps. On ignore pourtant que la richesse continue de croître régulièrement (même si c'est moins rapidement que durant les Trente Glorieuses) ce qui devrait plutôt nous amener à travailler toujours moins.

On utilise donc un progrès pour justifier une régression. Voilà un bel exemple de rhétorique qui, je le crains, risque de resurgir rapidement dans de nombreux autres sujets.

mercredi 7 juillet 2010

Quel lien entre Woerth et la réforme des retraites ?

Depuis plusieurs jours, nos gouvernants, pour défendre Eric Woerth (je ne vais pas te faire un résumé de l'affaire, on la connaît déjà en long, en large, voire en travers), diffusent l'idée que l'opposition cherche à ruiner la réforme des retraites en attaquant le ministre.

Il est évident que notre démocratie soi-disant moderne a une lourde tendance à personnaliser la politique. On aurait pu espérer que les progrès de notre civilisation nous permettraient de progresser sur ce point, mais non ! Nous, Français, avons toujours besoin de visualiser des personnes responsables. Ainsi, la dernière réforme des retraites porte le nom de "réforme Fillon", précédée par la "réforme Juppé" et la "réforme Balladur". Finalement, on oublie presque le contenu pour ne se souvenir que du contenant.

Or, si une réforme est cohérente et justifiée, il ne devrait pas y avoir de lien entre la réforme en question et le ministre qui la porte. On oublie, semble-t-il, que, si le corps vivant du ministre peut disparaître (comme celui du président ou du roi), le corps symbolique demeure. N'oublions pas que, lorsque le roi était inhumé à Saint-Denis, l'on jetait le sceptre (symbole du pouvoir royal) au sol en criant "Le roi est mort !" puis qu'on le ramassait immédiatement en disant "Vive le roi !" et en tendant le symbole au successeur. De fait, l'État ne meurt jamais, et les lois qui passent au Parlement non plus.

Donc, si cette réforme était si juste, la simple chute d'un ministre ne changerait pas grand-chose. Je doute d'ailleurs que la gauche et le PS visent à cette stratégie, car finalement, dans notre démocratie si moderne, c'est Nicolas Sarkozy qu'il faudrait faire chuter pour abattre une réforme. Il est clair que l'opposition s'attaque à l'hyperpersonnalisation du pouvoir en affaiblissant l'un des ministres populaires du gouvernement. On peut trouver cette stratégie pathétique (je n'en suis pas loin d'ailleurs, car si on doit demander des comptes, on pourrait au moins respecter la présomption d'innocence) mais elle répond finalement aux pratiques tout aussi pathétiques de l'équipe dirigeante.

Aujourd'hui, des soupçons pèsent sur un ministre. Il se doit d'y répondre. On peut estimer qu'il doive démissionner pour pouvoir le faire. Par contre, il est tout à fait sûr que sa chute ne changerait rien au processus de réforme des retraites, que le président mènera à son terme, pour prouver à son électorat qu'il en est capable.

Alors, quel intérêt ? Sans doute une pauvre stratégie politique qui est en train de montrer son inefficacité. Woerth va finir par tomber et la réforme des retraites continuer.

PS : tiens, Woerth était à côté de chez moi hier. Si j'avais su, j'y aurai été... Dommage.

mercredi 30 juin 2010

Les fonctionnaires, ces fainéants, partent en retraite à 55 ans.

Dimanche, j'avais le droit à un moment important dans ma vie de famille : un déjeuner avec parents et cousins dans un restaurant parisien, plus particulièrement dans la rue des Rosiers. Nous allons y déguster du pastrami, ce qui nous rappelle Montréal et son smoked meat, que je te conseille vivement de goûter si tu passes par là. Attention, pour cela, il faut que tu ailles sur le boulevard Saint-Laurent chez Schwartz's. On dirait une gargotte vendant des produits avariés, mais c'est vraiment excellent.

Enfin, ce n'est pas le sujet. Dans ce restaurant, nous avons stationné un long moment. Tu connais les repas de famille, cher lecteur. On s'y installe, on mange, et on papote, et puis on mange et on mange encore. Le pastrami n'étant pas une nourriture légère, j'ai progressivement commencé à somnoler et à délaisser les discussions familiales, mais j'ai été réveillé par le couple voisin.

Ils s'étaient installés là bien après nous. Ils ont commencé par une longue discussion sur leurs emprunts immobiliers, m'indiquant ainsi un niveau de revenus bien supérieur aux miens. La jeune femme, en particulier, se plaignait de ses difficultés à trouver un logement à Paris alors qu'elle disposait de 500 000 € de capacité d'investissement...

Après quelques nouvelles minutes de somnolence, je suis brutalement réveillé par un débat sur les retraites. Ah, dès qu'on tend l'oreille, on entend vraiment n'importe quoi. Nous étions quelques jours après cette grève très suivie du 24 juin, et les deux tourtereaux commencèrent à dire qu'ils étaient, eux, vraiment privilégiés et que leurs situations leur permettaient de ne pas s'en faire pour l'avenir. Je recommençais alors à divaguer en me disant qu'on ne pouvait pas vraiment être sûr de l'avenir et qu'il fallait être bien confiant pour se voir déjà à 67 ans quand on en a à l'évidence pas plus de 25.

Mais le jeune homme m'a ramené dedans, car il était passé maintenant à l'attaque contre les fonctionnaires. Je te restitue sa phrase : "oui, mais les fonctionnaires, ils abusent quand même, parce qu'ils partent à 55 ans à taux plein et ils trouvent encore le moyen de se plaindre en plus."

Ah, enfin, les vieux privilèges des fonctionnaires ressortaient. C'est marrant, parce que je m'étais amusé (si on peut dire), à estimer ma situation sur ce plan avec le projet gouvernemental. En clair, si je veux partir à taux plein et dans les meilleures conditions, je devrais attendre 67 ou 68 ans, en fonction des scénarios, sauf si le gouvernement maintient l'obligation de départ des fonctionnaires à 65 ans à taux plein, ce qu'il fera sans doute puisqu'il nous aura remplacé d'ici là par des profs en CDI, et il voudra se débarrasser de nous au plus vite. Donc, dans le meilleur des cas, je partirai à 65 ans.

Il y a bien eu, dans le passé, des personnes travaillant pour des EPIC et partant dès 55 ans, mais il faut bien comprendre qu'il s'agissait de plans mis en place par l'État pour se débarrasser de salariés rapidement. Il y a tout de même des fonctionnaires qui partent tôt, mais ce sont des catégories C, payés très mal, qui effectuent des tâches de niveau de qualification 5 ou 4 et qui ont donc commencé à travailler tôt. Tiens, dans mon lycée, une femme de ménage vient de partir à 58 ans, mais après avoir travaillé 39 ans et avec des annuités de moins pour cause d'enfants.

J'ai eu une furieuse envie d'intervenir et de parler avec ce couple et de leur expliquer qu'ils disaient une connerie. Cependant, j'ai hésité puis j'ai abandonné, estimant que je n'aimerai pas qu'on m'interrompe lorsque je suis à table avec ma femme pour m'expliquer que je dis une connerie. Je ne sais pas, cher lecteur, si tu l'aurais fait. Est-ce convenable ?

En attendant, les idées fausses continuent de circuler dans la population sur les retraites. Merci aux médias.

dimanche 9 mai 2010

"De toute façon, nous, les Français, avons trop profité."

Alors que nous nous baladions dans les rues de notre future nouvelle ville de résidence, la Privilégiée et moi-même, nous sommes tombés sur une brocante qui occupait toute l'avenue principale. Nous nous mîmes donc à déambuler en espérant trouver un objet qui serait du plus bel effet dans notre nouvel appartement.

Alors que nous stationnions près d'un stand, j'avisais deux hommes qui étaient en train de deviser à la terrasse d'un café sur le problème des retraites. C'était surprenant, cher lecteur, d'entendre ainsi des individus parler d'un thème pareil un dimanche après-midi pendant une brocante. Les deux suspects étaient semble-t-il eux-mêmes suffisamment âgés pour profiter eux-mêmes de ce repos bien mérité. Intrigué, je tendais donc l'oreille en espérant saisir une conversation de haute-volée, et là, j'entendis cette phrase :
"De toute façon, nous, les Français, avons trop profité."
Essayant de saisir le contexte, je compris que les deux septuagénaires (ce n'est qu'une supposition) comparaient nos retraites à celles des Grecs et suggéraient que nous serions bientôt au même régime.

Au-delà de l'aspect politique des choses, c'est le terme "profité" qui m'intéresse le plus. Je suis toujours curieux des personnes qui mettent de la morale en politique. En effet, le fait de dire que les citoyens profitent insinue que ce que nous faisons est illégitime, car il n'est pas bon qu'un homme parte trop tôt en retraite, car c'est au travail que nous sommes heureux. De fait, le régime de retraites dont nous bénéficions serait donc carrément immoral.

Or, la politique n'a que faire de la morale. Le débat sur les retraites se pose sur deux axes :
1) Qu'est-ce veulent nos concitoyens ?
2) Est-ce réalisable et comment ?

Le fait de dire que les Français ont trop profité va à l'encontre même de la logique démocratique. Si nous avons des retraites comme elles sont aujourd'hui, c'est que nos ancêtres, à un moment, ont soutenu la mise en place de ce système. Peut-être nos concitoyens ne le soutiennent plus aujourd'hui ? Peut-être estiment-ils qu'il faut travailler davantage ou moins ? Peut-être préféreraient-ils en finir avec la répartition et aller vers un autre système ? Toutes ces questions sont rationnelles et peuvent parfaitement être posées.

Encore faudrait-il que nos dirigeants souhaitent vraiment que nous puissions nous exprimer sur le sujet, mais, de ma petite mémoire politique, je n'ai pas souvenir qu'une seule campagne électorale se soit centrée sur ce thème. En 2007, ce sont la sécurité, le travail et le pouvoir d'achat qui étaient au-devant de la scène. Les retraites ne furent pas évoquées.

En démocratie, la morale n'a pas sa place. Personne n'a à me dire si je profite trop ou pas assez, car chaque citoyen a sa propre morale et estime lui-même ce que doit être sa vie. Par contre, je suis parfaitement prêt à me confronter démocratiquement aux autres et à faire triompher mon point de vue. Si je perds, je travaillerai comme la majorité l'aura décidé, et je respecterai le système, tout en continuant à prôner mes idées et mes valeurs.

J'espère en tout cas que mes deux vieux étaient prêts à s'appliquer cette vision à eux-mêmes, à leurs enfants et à leurs descendants. Si les Français ont trop profité, cela signifie donc que eux aussi, et j'espère qu'ils vont avoir l'honnêteté de reprendre rapidement le travail.

jeudi 29 avril 2010

Concertation ta mère !

Ce matin, cher lecteur, Éric Woerth, notre joyeux ministre des affaires sociales, était l'invité de France Inter. J'ai pris la peine, comme je suis sûr de nombreux auditeurs, d'écouter avec attention les mots choisis par le ministre pour parler des concertations en cours sur la réforme des retraites.

Ah, les concertations... Plus ça va et plus ce terme est pénible à entendre. Le ministre en a fait ce matin une définition absolument parfaite et il faut que je puisse vous la livrer. Alors que Nicolas Demorand s'interrogeait sur sa rencontre avec Martine Aubry...

Bon, là, cher lecteur, il me faut faire une pause. Comme cela avait été annoncé, Aubry n'a pas communiqué au ministre sa vision de la réforme des retraites, estimant que le gouvernement risquait de piller le programme du PS. Il est très difficile de comprendre cette stratégie, même après une très longue réflexion. Pourquoi ne pas dire ce que l'on veut faire, même si le gouvernement prend des éléments après ? Il sera d'autant plus facile ensuite de dire que l'UMP n'a pas d'idées et qu'elle est obligée de faire une politique de gauche. Avec ce choix, la droite aura beau jeu de dire que le PS ne dit rien parce qu'il n'a pas d'idées...

Et donc, en recevant Martine Aubry, Woerth a proclamé qu'il avait "écouté" la leader socialiste, car nous étions en "phase d'écoute". Voilà une définition de la concertation parfaite venant d'un politique. On écoute, cher lecteur, on écoute, mais fondamentalement, on s'en fiche et on fera ce que l'on veut. Vu le pilonnage médiatique actuel autour de la situation du régime de retraites, le gouvernement a la voie libre pour réformer tranquille. Les actions sociales n'en prennent que plus de sens.

Pendant ce temps, cela ne semble inquiéter personne mais la Grèce est sur le point de faire faillite et de déclencher la véritable crise que nos politiques avaient réussi à éviter partiellement à la fin 2008. Derrière, le Portugal, l'Espagne, l'Irlande et l'Italie pourraient suivre...

mercredi 13 janvier 2010

La réforme des retraites nous promet de belles empoignades.

Même si on commence à peine à percevoir le débat, les prochains mois vont être fortement occupés par la question des retraites. "Encore ???", vas-tu dire, cher lecteur ? Mais oui. Le président a décidé de prendre de l'avance sur le calendrier établi par la loi Fillon, en demandant au COR de rédiger un nouveau rapport sur les moyens de remettre à l'équilibre les comptes de la CNAV, qui sera remis au Parlement à la fin du mois de janvier. Ce débat aura lieu en pleine période d'élection régionale, et sera sans doute marqué par la volonté de Sarkozy d'en finir le plus vite possible, pour préparer les présidentielles de 2012 dans les meilleures conditions possibles pour lui.

Lors d'un récent sondage, les Français semblaient s'exprimer clairement concernant leur volonté sur leur futur retraite, en indiquant à 64% vouloir quitter le travail le plus tôt possible, soit en cotisant davantage, soit en baissant le niveau de pension. Voilà qui devrait convaincre ceux qui s'imaginent que les relations au travail sont merveilleuses en France qu'on en est très loin. Ce phénomène est sans doute accru par le chômage de longue durée, très important chez les plus de 57 ans.

Or, le Figaro a tenté de manipuler ce sondage en affirmant que les Français étaient prêts à un recul de l'âge du départ à la retraite (alors que seuls 34% des sondés s'expriment dans ce sens). Mardi, Xavier Darcos a commencé à dire que le gouvernement s'orientait plutôt vers un recul de l'âge légal de départ à la retraite. En clair, notre gouvernement, comme il le fait régulièrement et dans tous les domaines, se prépare à une réforme qui va remettre en cause des droits sans sauver le système pour autant. La seule annonce positive consisterait à inclure la pénibilité dans le calcul de la durée de cotisation, mais sans élément précis pour l'instant.

Il existe pourtant de nombreuses propositions sur la table concernant nos retraites. On pourrait d'abord se demander pourquoi on ne s'attaque toujours pas à la multiplicité des régimes existants pour les fondre en un seul, rendant à la fois le suivi des dossiers plus simple, rationalisant les coûts et surtout, mettant toutes les professions dans le même système solidaire.

D'autre part, d'autres systèmes sont proposés, comme le système de compte notionnel, avancé régulièrement à droite mais aussi par l'économiste Thomas Piketty à gauche, et appliqué actuellement en Scandinavie.

Enfin, si les Français sont prêts à une hausse de cotisation, pourquoi est-ce inacceptable à envisager ? Comme dans d'autres débats, il est évident que le mépris du citoyen domine encore. Il est dommage, si l'idée n'est pas pertinente, qu'on ne prenne la peine ni de dire pourquoi, ni même de le dire tout court.

Au moins peut-on espérer que les grandes difficultés des fonds privés de retraite dans certains pays occidentaux ne ramèneront pas les systèmes individualistes (et gérés par les assurances) sur la table des négociations...

mercredi 25 mars 2009

Un système de retraite hybride à la suisse?

Je vais continuer sur ma lancée suisse, après l'imposition à la source, je vais m'aventurer sur le terrain plus délicat du système des retraites.

Si l'on demande à un travailleur français lambda, non fonctionnaire de moins de 40 ans s'il compte sur sa retraite pour assurer ses vieux jours, dans la majeure partie des cas, la réponse sera négative.
Le système est complètement opaque et incompréhensible, et les médias, les gouvernements ne cessent de remettre en question ce système apparemment en faillite sur le moyen/long terme.
Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas me lancer dans la promotion d'une retraite libérale à l'américaine, mais plutôt partager à nouveau mon expérience suisse.
Je sais que la Suisse est riche, que la comparaison est difficile, mais il faut toujours regarder ce qui marche chez les voisins, et en l'occurrence, leur système a l'air de marcher.
Ils ont un panaché du système à la Française et du système à la libérale.
Leur retraite est décomposée en trois axe, appelés trois piliers.
Le premier pilier est celui existant en France, la retraite par répartition, les salaires actuels paient les retraites actuelles, en gros.
C'est égalitaire, calculé en fonction des derniers salaires et du nombre d'années de cotisation.
Le deuxième pilier est une retraite par capitalisation, chacun capitalise sur une caisse de pension en fonction de son salaire. Il y a un barème précisant le pourcentage de son salaire à capitaliser selon les tranches d'age. L'employeur doit capitaliser au moins autant que l'employé, mais les grosses boites (généreuses) cotisent parfois deux fois plus que leurs employés.
Le 2°Pilier doit légalement rapporter 2,5% d'intérêts, les caisses de pensions placent donc les fonds récoltés sur des valeurs très sécurisées telles que des OPCVM monétaires ou des obligations d'État. Pas de "gambling".
Le troisième pilier est assez récent, instauré en 1987, il vient compléter les deux autres . C'est un placement facultatif sous forme d'assurance vie sur du très long terme permettant un retour d'impôt annuel variant entre 15% et 30% du montant placé sur celui ci selon le taux d'imposition initial.
Il existe bien sûr un plafond de cotisation annuelle de 6565Chf pour les particulier et de 23000Chf pour les indépendants.
Les deuxièmes et troisièmes piliers sont disponibles à tout moment pour investissement dans sa résidence principale et restent sinon bloqués jusqu'à l'age de la retraite (ou le départ de Suisse pour le 2°Pilier).
Ce que je trouve formidable, c'est la transparence absolue du système, vous recevez tous les ans un récapitulatif complet de votre caisse de pension avec le montant épargné, une projection du capital et de la possible rente viagère à 65 ans.
J'espère ne pas vous avoir trop bombardé et ennuyé de détails techniques, mais c'est une révolution pour moi d'avoir pour la première fois de ma vie la perspective d'une retraite viable et je me demande si ce système hybride ne pourrait fonctionner chez nous.
J'attends avec impatience les réactions enflammées des participants de la discussion sur l'imposition à la source...

vendredi 6 mars 2009

Un coup de vieux à la RATP...

La RATP a décidé de recruter ses retraités...
Première réaction, pourquoi pas, ça va permettre à certains retraités en difficultés financières de se refaire une santé, et puis les "séniors" font partie de notre société et il est positif qu'ils y tiennent un rôle actif.
Maintenant, t'es jeune, t'es au chômage, tu recherches du boulot et tu n'en trouves pas, pire encore, t'as postulé à la RATP et ils t'ont répondu que non, et tu lis ce genre d'infos sur le web... Il y a de quoi avoir les boules.
Alors apparemment, ils veulent que l'expérience de ces recrutés retraités soit valorisée et qu'ils la transmettent au plus jeunes...
Pipo!
Main d'œuvre qualifiée, expérimentée, pas de formation nécessaire, et tout ça sur du court terme, c'est du tout bon.
Parce que le coup du vieux qui va valoriser sa retraite misérable, faut la chanter à d'autres, la RATP ne va pas rappeler ses techniciens de surface, mais plutôt ceux qui sont partis avec un bon petit salaire.
Pour les générations dont la retraite reste entre pointillés, je trouve cela anormal.
Pas de liens, juste un billet.

lundi 8 décembre 2008

Ah, c'est la crise, aidons vite les pauvres retraités actionnaires à s'en sortir !

Le Sénateur Philippe Marini a trouvé un nouveau moyen de creuser un peu plus le déficit public. Il propose un amendement à la loi de finances, actuellement étudiée au Sénat, qui permettrait aux personnes qui ont perdu de l'argent en revendant leurs valeurs mobilières ces derniers mois, de déduire ces pertes de leurs revenus de 2009. Ils pourront ainsi déduire jusqu'à 10 700 € sur une somme de vente de moins de 25 000 €.

Lorsque je l'ai entendu ce matin sur France Inter, Marini a presque failli me faire pleurer. Voilà qu'il nous présente le cas suivant : "Imaginez ce retraité qui a dû vendre ses actions en catastrophe pour permettre de faire entrer sa femme en maison de retraite. Voilà un homme en grande difficulté que nous devons aider".

Tiens, c'est marrant. Moi, j'avais plutôt l'impression qu'en ce moment, les vieux en difficulté étaient plutôt ceux qui touchent le minimum-vieillesse et qui n'arrivent plus à assumer leurs frais de base. En effet, si ces personnes sont déjà capables de déduire 10 700 € de leur revenus, c'est qu'ils sont au-dessus du minimum-vieillesse.

Pour moi, la mesure est nocive sur au moins deux points :
  • Il existe une multitude de moyens pour placer son argent : achat de biens immobiliers, assurances-vies, livret bancaires protégés par la collectivité, investissement dans les entreprises innovantes... Le capitalisme a inventé de nombreuses solutions pour permettre à ceux ayant du capital de le faire fructifier. Ces retraités, puisque c'est à eux que pense Marini, ont fait le choix de placer leurs capitaux sur les investissements les plus à risques, sans doute parce qu'ils espéraient faire le maximum de bénéfices possibles. Aujourd'hui, dans le jeu boursier, ces gens ont perdu, mais seulement pour le moment : n'oublie pas, cher lecteur, que le marché repartira à la hausse. On soutient donc les gens qui ont paniqué, car je ne crois pas que si tu es capable de vendre 25 000 € d'actions, tu aies du mal à aider ta femme qui va en maison de retraite. Encore une mesure profondément déresponsabilisante, d'autant plus que les gains sont déjà en grande partie exonérés : quand tu gagnes, tu gardes, et quand tu perds, tu gagnes aussi !
  • Le second problème est que l'État a déjà des problèmes financiers. Continuant à refuser de jouer sur les recettes, la majorité continue à créer des dépenses par des exonérations, pour aider des riches ici. Je sais que je vais encore passer pour un gauchiste, mais je ne veux même pas leur prendre de l'argent. Je pense juste qu'ils doivent assumer leurs responsabilités et accepter de perdre l'argent qu'ils ont jouée. Il y a d'autres catégories de personnes qui ont vraiment besoin de l'État pour affronter la crise. Les ouvriers de l'automobile, victimes des mauvais choix de leurs entreprises et qui perdent du salaire en chômage technique, alors qu'ils veulent travailler, auraient pu, eux, recevoir quelque chose, comme une compensation salariale totale, juste avant les fêtes. Cela coûterait-il si cher, et plus que l'aide de Marini ? Peut-être même pas... Et que dire de l'important groupe de retraités au minimum-vieillesse ?
A un moment où le gouvernement tente de renouveler la tête du parti majoritaire, ces mesures portent tort à la majorité, et confirme que cette majorité est bien une majorité défendant un groupe particulier de notre société.

mardi 4 novembre 2008

Le travail jusqu'à 70 ans, c'est la santé !

Ah, franchement, aujourd'hui, je suis heureux. L'UMP a enfin réalisé mon rêve. En effet, j'aime mon métier. Je me déprimais d'être obligé d'arrêter de travailler à 65 ans, vu que j'étais sûr que malgré mon jeune âge, je serai forcément en pleine forme à ce moment-là. Ah, que je maudissais l'État régulateur qui m'empêchait d'user de ma liberté de travailler autant que je le souhaite. Heureusement, ça y est : nous allons pouvoir partir en retraite à 70 ans.

Je me demande presque pourquoi, alors que nous sommes dirigés par des politiciens qui se disent libéraux, on se limite à ce chiffre de 70 ans. Si on suit la logique libérale, il serait normal de laisser les salariés décider librement de leur date de départ à la retraite, en fonction des conditions offertes par le régime de retraite choisi, qu'il soit public ou privé. Je te rassure, cher lecteur, on est très loin de là. La mesure, qui revient sur un droit chèrement gagné par le mouvement ouvrier durant le XXe siècle, est présentée comme une mesure technique qui devrait permettre aux salariés de continuer à travailler plus longtemps, vu l'évolution de l'espérance de vie, et de compléter leurs pensions. Un billet du jour signé Authueil résume bien la manière dont les députés voient la chose.

Cette idée, comme le faisait déjà la loi Fillon en 2003, introduit une individualisation forte dans le rapport au régime de retraite que nous avons. Normalement, le système est très simple. Nous cotisons tous en proportion de nos revenus un certain nombre d'années, ces cotisations servant à payer les pensions des vieux en retraite qui nous ont élevés, éduqués et nourris. Lorsque nous arrivons à la retraite, nous touchons à notre tour une pension qui correspond à ce que nous avons nous-même transmis dans le passé. Ce système est profondément solidaire, mais il souffre en ce moment de l'arrivée des baby-boomers à la retraite et de la baisse démographique des années 1970 à 1990.

La loi Fillon a introduit l'individualisation des parcours par rapport au système de retraite. Chacun peut rester plus longtemps et donc toucher une pension plus forte à terme. Cette logique introduit l'idée que la valeur de l'engagement personnel fait varier la pension, et participe à diffuser l'idée fausse que la retraite versée est une rente issue des cotisations précédentes, et non pas une pension. Cela prépare progressivement le passage d'un système de solidarité à un système individualisé de retraites.

Les libéraux s'imaginent que cette loi prépare la capitalisation. Ce système a pourtant montré à de nombreuses reprises les risques qu'il fait courir aux épargnants, y compris en ce moment avec la crise en cours. La seule solution serait que les États garantissent les fonds de pension, ce qui créerait exactement les mêmes phénomènes qu'avec les banques aujourd'hui : régulièrement, les États renfloueraient les fonds sur le dos des contribuables, histoire de concentrer un peu plus le capital. Et pourtant, à l'évidence, ce système est bien celui vers lequel on continue à nous pousser doucement.

En effet, la France a une particularité : elle ne fait pas travailler ses vieux. A l'exception de la fonction publique, les vieux sont généralement mis à la porte à partir de 54 ans. Dans ce contexte, l'allongement de la durée du travail n'a pas vraiment de sens, car il faudrait plutôt, pour sauver les retraites, se battre pour réduire le chômage, et ce malgré la forte productivité actuelle des salariés français. Cette situation illustre une nouvelle fois l'idée que le marché partage le travail tout seul. L'État doit donc préparer des retraites pour les baby-boomers avec un chômage de masse qui n'est pas prêt de baisser et un dogme de l'interdiction du déficit. Donc, il allonge la durée du travail pour éviter que les vieux n'accèdent à la retraite trop tôt et pour réduire au minimum les pensions, en suscitant un temps de chômage toujours plus long (n'oublions pas que les retraites du privé sont calculées sur les 25 meilleurs années).

Tu vas me dire que je fais encore de la démagogie, cher lecteur, mais je vais te prouver le contraire. Lorsque l'État emploie, il change d'avis. Pour les fonctionnaires, l'âge de la retraite maximal, et c'est d'office, reste à 65 ans. Cela permet à l'État de continuer à supprimer des postes de fonctionnaire, donc des emplois à terme, donc de faire augmenter le chômage et donc, de participer à la crise du système de retraite.

En clair, cher lecteur, malgré le discours "ouverture de droits" de la majorité, ne nous y trompons pas. Il s'agit encore d'une opération comptable de l'État pour sauver les meubles. Il y a vraiment des jours où on se demande quand nos dirigeants auront un peu de courage et penserons aux salariés et aux travailleurs avant de penser aux comptes publics.