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lundi 26 juillet 2010

Le ridicule des tests bancaires européens.

La nouvelle semble faire peu de bruit en Europe. Il est bon, heureusement, de lire parfois la presse étrangère. J'apprends ainsi par Le Devoir (journal québécois) que les banques européennes résisteraient vraiment très bien à une nouvelle crise financière, alors qu'aux États-Unis, ouh la la, ce serait vraiment le foutoir.

Comme tu as pu le lire récemment, cher lecteur, ma maîtrise de l'économie laisse parfois à désirer, ce qui va me permettre d'en parler.

Il y a quelques mois, on "découvre" que les banques se sont massivement endettées. Elles sont au bord de la faillite. Maintenant, elles vont vraiment très bien. La dette a donc disparu ? Mais non, cher lecteur, elle est chez nous, les contribuables, puisque nos joyeux États ont courageusement soulagé les capitalistes de leurs bêtises pour nous les remettre sur le dos.

Aujourd'hui, les banques tiendraient le choc. Peut-être, mais ce qui est sûr, c'est que les États ne peuvent plus, maintenant, soutenir un quelconque krach. Il faudra donc que les banques tiennent seules. Vu l'évolution de leurs pratiques, je doute. La BCE ne manque en tout cas pas d'inventivité pour vendre l'Europe.

PS : je n'ai trouvé qu'un autre blogueur traitant du sujet, Hashtable. Il utilise un graphique résumant la notation de l'agence chinoise Dagong. Comme je l'avais déjà dit ici, je ne comprends pas bien pourquoi la France, endettée publiquement mais pas au niveau des foyers, peut se retrouver au même niveau que le Japon, endetté publiquement à 220 % du PIB et dont la dette privée est bien plus haute que la nôtre.

vendredi 23 avril 2010

En n'aidant pas la Grèce, on va tailler dans le gras.

Alors que la zone euro se croyait tirée d'affaire, le rebondissement de ce soir met à nouveau la Grèce en position de faire faillite. Cette affaire révèle un vice profond dans l'évolution récente de l'Union Européenne.

En 1963, c'est la vision française de l'Europe qui triomphe. A l'époque, le général de Gaulle renvoie les fédéralistes à leurs études et met en avant l'idée d'une Europe des États, ne partageant que certains domaines de compétences au bénéfice des États. La P.A.C. sera le meilleur exemple de cette politique, à l'avantage de la France. Cette association se voulait réduite, coincée entre des pays hostiles (le Royaume-Uni et ses alliés) et à de grandes puissances qu'on ne pouvait défier seuls.

Cette vision de l'Europe n'a cessé de reculer, mais sans jamais revenir vers une vision fédérale. Elle s'est d'abord agrandie, y compris vers des pays rétifs à l'idée de transfert de compétences comme le Royaume-Uni, rendant le consensus impossible. Elle a ensuite multipliée ses domaines d'intervention sans y associer les populations, seul moyen de faire plier des États défendant leurs intérêts.

La création de l'euro pouvait apparaître comme un succès réel de l'Union. En créant une monnaie unique, les États-membres, même s'ils n'étaient pas tous adhérents à l'idée, pouvaient se targuer d'avoir renoncé à l'un des piliers de leur souveraineté. Pour démontrer leurs volontés, ils instituèrent un machin qui n'avait jamais été mis en place, et qui provoqua sans doute chez nos amis libéraux de véritables poussées orgasmiques : la Banque Centrale Européenne (BCE).

Ah, la BCE... Ce machin est en théorie indépendant et se doit de respecter des principes issus des théories monétaristes, sans aucun pragmatisme. Cela a tenu en période de croissance, mais aujourd'hui, l'incohérence se révèle. En effet, les fondateurs de l'euro ont admis des membres qui ne correspondaient pas au critères des traités, comme la Grèce mais aussi l'Italie. De plus, en se refusant à fixer un véritable gouvernement fédéral monétaire, comme la logique gouvernementale aurait dû l'imposer, ils empêchent maintenant l'Union de réagir face à la crise de l'un de ses membres. Enfin, nos fondateurs ont oublié, ou ont feint d'oublier, que nos pays avaient des économies certes développées, mais très différentes, entre l'industrielle Allemagne, l'Espagne s'appuyant sur l'immobilier et le tourisme ou la France de l'agriculture et des services.

Maintenant, que va-t-on faire ? Il y a quelques semaines, j'évoquais l'idée de laisser l'euro se dévaluer en produisant de la monnaie, en allant contre les dogmes du traité de Maastricht. Cependant, pour des raisons politiques et idéologiques, mais aussi économiques (reconnaissons-le), les membres de l'euro risquent de ne pas suivre cette voie.

Mais que se passera-t-il si la Grèce fait banqueroute ? Les financiers et les capitalistes risquent bien de paniquer, et de faire payer la note aux autres États. Et que dire de la situation de l'ensemble de la population de nos pays ?

Les prochaines semaines s'annoncent tendues. Espérons que les acteurs sauront agir avec une certaine responsabilité et ne pas s'accrocher aux dogmes.

PS : à noter qu'un autre pays européen connaît de grandes difficultés qui pourraient aussi avoir un énorme impact sur l'Union...

mercredi 9 décembre 2009

La Grèce fait faillite. On fait comment ?

Depuis ce matin, les informations sont mauvaises venant de la Grèce. Les agences de notation viennent de dégrader la note de la Grèce concernant les emprunts bancaires de son État. Immédiatement, les taux d'intérêts viennent de s'envoler pour ce pays, et la Grèce se retrouve en difficulté.

Le traité de Maastricht n'a rien prévu pour cette situation. Différentes solutions sont envisagées, certains imaginant même faire sortir le pays de l'euro pendant quelques périodes. Pourtant, le problème ne sera pas résolu, car la dette reste un problème fondamental. Évidemment, le problème varie en fonction des États. En France, en Irlande, Grèce ou au Portugal, c'est l'État qui s'est endetté. Dans les pays anglo-saxons, c'est la dette privée qui explose et qui n'est toujours pas absorbée. Si de nouvelles pertes bancaires se révèlent, on risque bien de gérer une situation gravissime. Certains États pourraient faire faillite et les pays en question seraient en grande difficulté.

Il existerait bien une autre solution pour lisser cette dette. Et pourquoi ne pas dévaluer l'euro ? Produire un peu de monnaie pour qu'il y ait un peu d'inflation et que la valeur des dettes contractées diminue. Certes, cette stratégie pourrait être très dangereuse, pour d'autres raisons, mais je ne comprends pas bien pourquoi l'on s'accroche à ce point au maintien de cette dette à une valeur aussi haute, si ce n'est pour favoriser les possesseurs de cette dette.

Bien sûr, cette solution ferait augmenter les prix, provoquerait une diminution de la valeur nominale des salaires, mais elle provoquerait aussi des hausses de salaire à terme, dégagerait les États d'une partie de leurs dettes et permettrait de maintenir à flot les systèmes publics qui soutiennent l'économie sans devoir faire des coupes massives dans les budgets et dans l'action publique.

Cette vision est iconoclaste en ce moment, mais je ne comprends pas qu'on ne l'évoque pas. Il n'y aurait pas un parti pris idéologique là-dedans ?

lundi 28 septembre 2009

Le risque d’un bombardement de l’Iran par Israël.

L'actualité a été marquée par un resserrement toujours plus fort du filet diplomatique qui a été lancé depuis plusieurs années sur le régime iranien. La semaine dernière, Barack Obama, en suspendant le programme américain de bouclier antimissile, a voulu attendrir la Russie pour créer un front vraiment cohérent et unifié pour obliger les Iraniens à revenir à la table des négociations avec de vraies propositions.

Or, poursuivant sa fuite en avant, Téhéran a riposté en testant des missiles longue portée. Cet acte démontre que les dirigeants iraniens, coincés par des élections truquées, vont tenter de jouer la carte du nationalisme sur la population de leur pays, pour tenter de ressouder un peu les Iraniens derrière eux. On peut donc considérer que la recherche de l'arme nucléaire va rester l'une des priorités de Mahmoud Ahmadinejad. Ainsi, dans la région, en dehors de la Russie, on trouvera près de 4 puissances nucléaires : Israël, l'Iran, le Pakistan et l'Inde. Le Pakistan, du fait des troubles qu'il connaît, devrait déjà être une lourde inquiétude pour l'Occident. L'Iran ne fera qu'en rajouter encore.

Peut-on pourtant imaginer une action des nations occidentales au-delà des sanctions économiques ? Je n'en crois rien. Seuls les Américains ont la capacité militaire de mener une intervention brutale en Iran, comme un bombardement des centrales nucléaires iraniennes. Les nations européennes ne s'y risqueront pas, et je vois mal la Russie s'amuser à cela. Or, Barack Obama est déjà très critiqué sur son action en Irak et en Afghanistan. Prendrait-il maintenant prendre le risque d'un tel bombardement ?

Cependant, il reste une carte pour les pays occidentaux. Les Israéliens ont déjà indiqué qu'ils ne pourraient tolérer un Iran nucléaire. L'enjeu est important pour l'Etat hébreu : on se souvient des déclarations d'Ahmadinejad sur les juifs et on sait que l'Iran fournit largement en armes et en fonds financiers les mouvements radicaux palestiniens. De plus, Israël a déjà effectué un bombardement de centrale nucléaire : c'était à Osirak, en Irak, en juin 1981. On peut donc évoquer un scénario assez simple : ne voulant pas se salir les mains, les Occidentaux laissent Israël bombarder l'Iran et détruire les réacteurs nucléaires douteux. Ensuite, tout le monde condamne, scandalisé, mais se réjouit dans l'ombre que les Israéliens aient fait le sale travail.

Or, cette option serait particulièrement dangereuse. D'abord, rien ne dit que les voisins d'Israël toléreront cette intervention, même s'il est certain que l'Arabie Saoudite par exemple est aussi inquiète de l'accession de l'Iran au rang de puissance nucléaire. Ensuite, cette action militaire ne ferait que renforcer les actuels dirigeants israéliens qui pourront se targuer d'avoir sauvé le Monde de la menace islamiste, comme ils le font tous les jours en Palestine. Là, on sera réellement coincé et reparti pour vingt de plus de désordres et d'oppression en Palestine.

Il serait largement plus positif qu'on parvienne à trouver, avec l'Iran, un accord. Personnellement, je ne vois toujours pas pourquoi on empêcherait les Iraniens de se doter de l'énergie nucléaire, si l'Iran accepte le TNP et que nous sommes sûrs qu'il n'en sort pas autre chose que de l'électricité. Par contre, le recours à la force doit rester sous le contrôle des Nations-Unies, et nous devons éviter, autant que possible, que les acteurs de la région se fassent justice eux-mêmes. Ce n'est vraiment pas le moment de donner aux dirigeants israéliens une légitimité internationale, quelle qu'elle soit.

En illustration de ce billet, une photographie d'Osirak, prise en juin 1981 après le bombardement, trouvée ici.

mercredi 5 août 2009

La Russie écrase la Géorgie II, le retour.

Ce qu'il y a bien, lorsque c'est l'été, c'est qu'il y a toute une série de rituels : on a le tube de l'été, la randonnée de l'été, la découverte des spécialités régionales, la consommation du vin rosé de l'été, la cuite de l'été qui vient après, le reality-show de l'été… Et puis, depuis quelques années, on a la guerre de l'été. Elle arrive en général à partir du milieu du mois de juillet, voire début août.

En 2006, nous avions eu le conflit entre Israël et le Liban. En 2008, la Russie et la Géorgie nous avait fait une vraie guerre comme je l'apprends à mes élèves lorsque je parle des années 1930 : incidents de frontière, provocation, blindés et aviation. Au moins, cela nous avait fourni des sujets de réflexion sur la politique internationale, qui n'ont bien sûr pas été suivi d'effets (si les blogs étaient influents, cela se saurait…)

En 2009, il semblerait que nous allons avoir droit à un remake : depuis quelques jours, les tensions vont croissantes entre la Géorgie et la Russie. Là, on en est à la phase des provocations de la Russie face à la Géorgie. Le gouvernement russe utilise le sentiment anti-américain de sa population pour préparer une nouvelle guerre. Comme souvent, le remake risque d'être encore plus mauvais que l'original. Si la Russie se relance dans ce conflit, l'objectif est sans doute d'en finir avec ce gouvernement géorgien qui s'obstine à tenter de s'ancrer en Occident. A nouveau, les Américains ont sans doute joué aux pyromanes, et il est dommage que Barack Obama n'ait pas fait évoluer la politique de son pays.

On peut se demander comment l'Union Européenne réagira cette fois. Souviens-toi, cher lecteur, que la dernière fois, notre super-méga président était allé arrêter la guerre avec ses petits bras musclés. Cette fois-ci, on voit mal comment les Occidentaux pourront stopper Moscou si l'offensive est relancée, sauf à se préparer à une véritable confrontation, à laquelle je suis très loin de croire…

lundi 1 juin 2009

La gauche, divisée, en route pour une nouvelle défaite électorale.

Nous sommes maintenant, cher lecteur, à quelques jours des élections européennes. Je ne vais pas te refaire ici la litanie de l'analyse des pseudo-sondages qui nous annoncent à la fois la victoire de l'UMP mais la défaite de l'ensemble de la droite face à l'ensemble de la gauche.

Je suis nettement plus étonné devant la violence des débats qui ont précédé, à gauche, cette élection. Certes, la campagne a mis du temps à démarrer. Elle a été dominée, de ce côté de l'échiquier, par la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, et il n'est pas rare de trouver des blogueurs de gauche séduits par la personnalité de tribun du sénateur ex-socialiste.

Pour t'illustrer cet état, je t'invite à consulter ce billet de Nicolas. Il s'y désole du risque que Benoît Hamon puisse risquer de ne pas être élu. Très vite, la tension est montée dans les commentaires.

Ce qu'illustre ce billet est l'état de désordre qui se maintient à gauche, et les grosses difficultés du PS. A l'évidence, alors que certaines listes ont pris acte de l'évolution du monde et, en particulier, de sa situation économique (comme Europe Ecologie ou le Front de Gauche), le PS est resté assez atone, malgré l'avantage de disposer d'un programme européen. Il aurait pu se lancer dans une opération forte. A mon sens, la meilleure aurait été d'annoncer la rupture du pacte de gouvernance avec le PPE. En effet, le contexte est bon : la droite est plutôt en difficulté de par la crise financière ; il n'y a aucun intérêt pour les sociaux-démocrates à maintenir une quelconque alliance avec eux, alors qu'il serait possible de constituer une majorité avec les centristes et certains mouvements de gauche plus radicaux. Enfin, il y a là une belle occasion de virer Barroso de la Commission.

Malheureusement, rien de tout cela n'est venu. Le PS est resté sur la ligne qu'il tient sur l'Europe depuis 2002. En appeler au vote utile, à cette occasion, est une grosse erreur, vu que le PS a gagné les élections de 2004 et que rien n'a changé dans le PSE en fonction de cela. Le fait même que Barroso ait pu rester commissaire est une illustration des difficultés de la gauche européenne à ressortir la tête du trou.

Sur ce point, je ne crois pas que le PS soit encore englué dans des questions d'égos. Cela est démontré par le meeting de Rezé, durant lequel Ségolène et Martine ont tenu les mêmes discours. Or, dans le contexte, il y avait de quoi se montrer innovant et novateur, et proposer de vraies ruptures avec le passé de la gauche européenne.

On pourrait considérer qu'il faut laisser le temps à la gauche de mener sa reconstruction idéologique. Certes, mais les Européens souffrent en ce moment, et la victoire annoncée du PPE nous relancerait pour cinq nouvelles années de stagnation libéralo-conservatrice à l'échelle européenne.

C'est dommage : encore une belle occasion ratée...

jeudi 7 mai 2009

Pour que les Européens votent le 7 juin, militons !

Tiens, c'est marrant. Je parcourais mon importante liste de blogs référencés dans mon Netvibes lorsque j'ai vu apparaître ce billet, publié par Seb, de CaRéagit. Bon, je sais ce que tu vas me dire : « oh non, il va encore tailler un costard à un libéral ayant du poil dans les oreilles. » Allons, je te rassure, il ne s'agit pas de relancer une nouvelle blogowar, mais seulement de te livrer quelques réflexions.

Si j'ai bien compris, une discussion s'est engagée sur Twitter concernant les élections européennes à venir. Rubin s'y désolait des sondages annonçant une abstention-record lors des élections européennes à venir. Seb semble se rallier à ce funeste jugement. Personnellement, je suis exactement dans le même état d'esprit. L'Europe est un thème certes ardu mais passionnant lorsque l'on prend la peine de s'y intéresser. Nos concitoyens s'étaient d'ailleurs emparés du sujet lors du référendum sur le traité constitutionnel européen. Or, et ce malgré mon vœu du début de l'année (décidément, les blogueurs influents ne sont plus ce qu'ils étaient), les Français, et ils ne sont pas les seuls, se désintéressent du sujet.

Seb, pour affronter ce problème, propose le vote obligatoire. Ce système existe dans quelques pays, et en particulier chez nos voisins belges. Certes, cette idée peut sembler séduisante, mais elle ne garantit en rien que les citoyens soient intéressés. De plus, ils risquent de voter n'importe quoi.

Je trouve tout de même étonnant qu'un libéral propose d'imposer à tout le monde de se rendre aux urnes. A mon sens, la démocratie repose sur un choix libre de l'ensemble des citoyens. L'abstention représente un choix : tous les citoyens peuvent décider de ne pas s'exprimer. Cela marque aussi un choix politique, que nous nous devons de respecter. La démocratie ne doit pas devenir une routine et le citoyen ne doit pas être materné : laissons nos concitoyens être responsables.

Seb dénonce pourtant le danger de voir une institution totalement délégitimée par une participation faible. Or, même si seulement 35% des Européens se déplacent pour voter, un Parlement européen élu de cette manière sera toujours plus légitime qu'une assemblée nommée par un petit groupe de personnes, comme les chefs d'État ou les gouvernements. Même si seulement 10% des électeurs se déplacent, on a toujours une très importante part de la population qui est là et qui s'exprime. Et tant pis pour les autres ! Quand on a la possibilité de faire un choix, on n'a rien à dire ensuite sur le résultat.

Bien sûr, on doit se désoler de ne pas voir tous les électeurs se bouger. Les responsabilités sont nombreuses pour l'expliquer. Cependant, je ne vais passer des heures à dénoncer les hommes politiques ou mes concitoyens. J'estime y avoir aussi ma part, vu que je n'ai fait que peu de billets sur le sujet depuis janvier.

Allez, il nous reste un mois pour motiver nos lecteurs. Cela fera peu de monde, mais ce sera déjà ça…

mardi 31 mars 2009

L’étonnant retour d’Alain Juppé sur notre scène politique.

Les hommes politiques sont marrants. Ce matin, j'ai entendu Alain Juppé sur France Inter. L'ancien premier ministre a eu une carrière politique qui n'a pas été simple. Il a supporté l'une des grèves les plus importantes des 30 dernières années en 1995 et a été le premier ministre de la Ve République le plus impopulaire, il a dû payer pour les errements de la mairie RPR de Paris par une peine d'inéligibilité et s'exiler ensuite un an au Canada, il a enfin tenté un retour au premier plan en étant l'un des principaux ministres de François Fillon dans son premier gouvernement, avant de démissionner, à cause de son échec aux législatives.

Depuis, l'ancien Premier ministre semblait se consacrer uniquement à sa bonne ville de Bordeaux. Mais là, depuis quelques jours, Juppé fait un retour en force sur la scène médiatique : Jacques Delors l'évoque la semaine dernière comme un potentiel président de la Commission Européenne, les médias parlent aussi d'un retour au gouvernement pour redorer un peu un gouvernement Fillon dont les ministres sont pour la plupart à l'agonie politique.

Ce matin, Alain Juppé faisait la promotion de son nouveau livre : « Je ne mangerai plus de cerises en hiver. » Dans ce bouquin, Juppé prône un nouveau modèle économique moins consumériste, moins incohérent environnementalement parlant, et moins soumis aux infâmes règles du marché. D'ailleurs, ce matin, il a appelé à proposer une loi sur les rémunérations des patrons, à ma grande surprise, alors qu'on a déjà publié un décret, apparemment mal fichu, sur la question.

Franchement, cher lecteur, ce type de discours me fait bien rigoler. On oublie de dire que Juppé a été le promoteur de ce système. En tant que Premier ministre, il a défendu une politique de réduction de la place de l'Etat et de dégradation des systèmes sociaux. Auparavant, il avait été ministre du budget lorsque Jacques Chirac était Premier ministre, entre 1986 et 1988, dans une des phases les plus libérales de notre histoire politique.

Doit-on déjà à la crise d'avoir amené Alain Juppé à changer radicalement de position idéologique ? Franchement, je n'en crois rien. Sans doute s'agit-il d'une conversion bien opportune, visant à se mettre en phase avec la population pour préparer un retour.

Nos hommes politiques sont vraiment increvables…

mercredi 21 janvier 2009

Et si on faisait fonctionner la planche à billet ?

Ce matin, en me levant, j’ai branché, comme à mon habitude, France Inter. A 6h50, l’économiste néo-keynésien Bernard Maris fait une chronique, qui était consacrée aujourd’hui au problème de la dette publique.

Le chroniqueur a rappelé une évidence : la dette publique française est certes élevée (mais moins qu’ailleurs, voir l’Italie ou les États-Unis par exemple) mais la France a l’avantage d’avoir des ménages peu endettés par rapport au reste des pays développés, ce qui devrait nous permettre de redémarrer plus vite, une fois le tsunami de la crise économique passé.

Cependant, il a admis que tous les pays allaient devoir faire face à un réel problème d’endettement à terme, du fait des importants plans de relance mis sur les tables des gouvernements (encore au Royaume-Uni ou en France ces derniers jours). Pour tenter de sortir de ce guêpier, Maris n’a pas hésité. Une solution : la planche à billets !

Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu parler de cette pratique dans les médias. Quel est le principe, cher lecteur ? Lorsqu’un État est endetté et a besoin de liquidités, il peut créer de la monnaie sans contrepartie. Cela fait augmenter la masse monétaire en circulation et entraîne une diminution mécanique des dettes contractées dans la monnaie du pays en question. Maris évoquait l’idée pour le Royaume-Uni, dans le but de réduire les dettes des ménages, et pour la France pour gommer le poids de la dette de l’État. En effet, les dettes ne sont pas renégociées et ne s’adaptent pas au cours de la monnaie.

Cette politique n’est pas sans risque. Généralement, une baisse de la valeur de la monnaie entraîne une hausse des prix car les entreprises doivent faire face à une hausse de leurs coûts de fonctionnement et à une baisse de leurs profits (même si le poids des investissements diminue). De plus, les salariés réclament rapidement des hausses de salaire pour compenser la baisse de leurs revenus en valeur réelle et pour pouvoir faire face à la hausse des prix. Il peut facilement s’engager un cercle inflationniste dangereux. Pense, cher lecteur, à l’exemple de l’Allemagne de Weimar que tu as dû étudier en classe lorsque tu étais jeune…

Depuis les années 1970, les idées monétaristes se sont progressivement imposées et ont empêché l’usage de la planche à billet. La zone euro se l’est interdite par le traité de Maastricht, puis par le Pacte de stabilité. Cependant, si des économistes y pensent, il est tout à fait possible que des politiciens y pensent aussi. La tentation serait grande de présenter cela comme une punition moralement justifiable contre des capitalistes qui se sont injustement enrichis durant les trente dernières années.

Durant les Trente Glorieuses, ce processus avait bien fonctionné, mais nous étions en plein-emploi et la mondialisation était bien moins avancée qu’aujourd’hui. Si nous nous mettons à faire cela maintenant, il est à craindre que la pression du chômage empêche les hausses de salaire et diminue le pouvoir d’achat des pauvres et des classes moyennes. Comme ce sont eux qui consomment, ils entraîneront les pays du Sud qui nous vendent leurs produits avec eux. Là, on risque bien la conflagration générale.

Pour moi, la solution n’est pas là. On peut, à la rigueur, le faire à la marge, mais l’idéal serait plutôt que l’on redistribue mieux les richesses à valeur égale, sans avoir à prendre le risque de la spirale inflationniste tout en essayant de sortir de cette situation stupide où les salaires sont bloqués et où le crédit reste la seule voie pour accéder au mode de vie contemporain.

Attention, cher lecteur, à ne pas laisser nos hommes politiques profiter de la situation pour faire n’importe quoi et se jeter dans la démagogie, signe du manque de courage nécessaire à de saines politiques.


P.S. : pendant que j'écris ces lignes, je découvre ici que Manuel a tenté d'adhérer au réseau LHC en douce. Heureusement, le comité central de nos concurrents libéraux a refusé cette belle candidature. Cela m'aurait obligé à faire blog à part !