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mercredi 20 octobre 2010

Un progrès facteur de régression.

Pour la première fois, un authentique progrès va entraîner une régression de notre droit social.

Depuis le début de la première révolution industrielle, l'espérance de vie n'a cessé de croître. Aujourd'hui, on tourne en France, en moyenne aux alentours de 85 ans d'espérance de vie, avec une forte différence entre hommes et femmes. Les mâles français sont en effet moins suivis par le corps médical et ont une hygiène de vie moins bonne que celle de leurs conjointes. Contrairement à ce que l'on avance souvent, les hommes pourraient donc avoir la même espérance de vie que les femmes et des progrès sont donc encore possibles.

En France, cette évolution a été possible à la fois par les progrès de l'alimentation, du système de santé, des conditions de travail, du système d'éducation et par la prise en charge par la collectivité du coût des soins. Il est d'ailleurs intéressant de constater que notre pays a longtemps été à la tête du classement de l'OMS des meilleurs systèmes de santé, jusqu'à 2007 où nous avons commencé doucement à descendre...

Nous voici donc avec une vie bien plus longue que celle de nos ancêtres. Eh bien, c'est à cause de cette hausse de l'espérance de vie que nous allons être sanctionné et devoir travailler plus.

Ce choix va à l'inverse de toutes les évolutions des deux siècles derniers. Pour résumer, nos sociétés n'ont pas  cessé de produire davantage de richesses d'une année sur l'autre. En parallèle, la productivité n'a cessé de croître. L'agriculture en est le symbole le plus fort : il ne faut pas oublier qu'en 1789, sur les 30 millions de Français, 24 étaient agriculteurs et avaient de grandes difficultés à nourrir l'ensemble du groupe. Aujourd'hui, avec à peine 3,3% d'agriculteurs, nous croulons sous le poids de notre nourriture.

Cette évolution s'est accompagnée d'une décrue régulière du temps travaillé par chaque individu. Le salarié entre de plus en plus tard sur le marché du travail, travaille de moins en moins longtemps chaque semaine et chaque année et part en retraite de plus en plus jeune...

...jusqu'à cette année, où nous allons prendre le chemin inverse, car c'est définitif, cher lecteur, il y a trop de vieux dans ce pays.

Voilà donc l'argument développé par les soutiens de cette réforme. Nous vivons de plus en plus vieux, ce qui devrait nous obliger à travailler plus longtemps. On ignore pourtant que la richesse continue de croître régulièrement (même si c'est moins rapidement que durant les Trente Glorieuses) ce qui devrait plutôt nous amener à travailler toujours moins.

On utilise donc un progrès pour justifier une régression. Voilà un bel exemple de rhétorique qui, je le crains, risque de resurgir rapidement dans de nombreux autres sujets.

mardi 13 juillet 2010

Sarkozy "bouscule des intérêts, des situations acquises"

Je te l'admets, cher lecteur, je n'ai pas regardé l'interview de Sarkozy hier soir. Sans doute touché par le syndrome du Faucon, je me suis dis que cela ne valait pas la peine que je perde une heure de mon temps à me convaincre de mon rejet de Sarkozy.

Pourtant, ce matin, j'ai lu cette phrase de Sarkozy, concernant les réformes. Apparemment, quand on réforme, on "bouscule des intérêts, des situations acquises", ce qui amène à la calomnie contre les ministres.

Peut-être a-t-il voulu dire que, "quand on réforme, on remet en cause les avantages acquis de la très grande majorité de la population pour favoriser les situations de quelques personnes" ?

Cela collerait mieux, non ?

Je n'ai pas pu m'empêcher...

mercredi 7 juillet 2010

Quel lien entre Woerth et la réforme des retraites ?

Depuis plusieurs jours, nos gouvernants, pour défendre Eric Woerth (je ne vais pas te faire un résumé de l'affaire, on la connaît déjà en long, en large, voire en travers), diffusent l'idée que l'opposition cherche à ruiner la réforme des retraites en attaquant le ministre.

Il est évident que notre démocratie soi-disant moderne a une lourde tendance à personnaliser la politique. On aurait pu espérer que les progrès de notre civilisation nous permettraient de progresser sur ce point, mais non ! Nous, Français, avons toujours besoin de visualiser des personnes responsables. Ainsi, la dernière réforme des retraites porte le nom de "réforme Fillon", précédée par la "réforme Juppé" et la "réforme Balladur". Finalement, on oublie presque le contenu pour ne se souvenir que du contenant.

Or, si une réforme est cohérente et justifiée, il ne devrait pas y avoir de lien entre la réforme en question et le ministre qui la porte. On oublie, semble-t-il, que, si le corps vivant du ministre peut disparaître (comme celui du président ou du roi), le corps symbolique demeure. N'oublions pas que, lorsque le roi était inhumé à Saint-Denis, l'on jetait le sceptre (symbole du pouvoir royal) au sol en criant "Le roi est mort !" puis qu'on le ramassait immédiatement en disant "Vive le roi !" et en tendant le symbole au successeur. De fait, l'État ne meurt jamais, et les lois qui passent au Parlement non plus.

Donc, si cette réforme était si juste, la simple chute d'un ministre ne changerait pas grand-chose. Je doute d'ailleurs que la gauche et le PS visent à cette stratégie, car finalement, dans notre démocratie si moderne, c'est Nicolas Sarkozy qu'il faudrait faire chuter pour abattre une réforme. Il est clair que l'opposition s'attaque à l'hyperpersonnalisation du pouvoir en affaiblissant l'un des ministres populaires du gouvernement. On peut trouver cette stratégie pathétique (je n'en suis pas loin d'ailleurs, car si on doit demander des comptes, on pourrait au moins respecter la présomption d'innocence) mais elle répond finalement aux pratiques tout aussi pathétiques de l'équipe dirigeante.

Aujourd'hui, des soupçons pèsent sur un ministre. Il se doit d'y répondre. On peut estimer qu'il doive démissionner pour pouvoir le faire. Par contre, il est tout à fait sûr que sa chute ne changerait rien au processus de réforme des retraites, que le président mènera à son terme, pour prouver à son électorat qu'il en est capable.

Alors, quel intérêt ? Sans doute une pauvre stratégie politique qui est en train de montrer son inefficacité. Woerth va finir par tomber et la réforme des retraites continuer.

PS : tiens, Woerth était à côté de chez moi hier. Si j'avais su, j'y aurai été... Dommage.

jeudi 25 février 2010

Pourquoi à droite ?

La manière dont les robots Google parviennent à mettre en adéquation les thèmes des billets et la publicité est fascinante. Il est toujours étonnant de voir, chez les blogueurs de gauche, des publicités pour des assurances ou des placements bancaires lorsqu'un blogueur aborde la question de la crise financière.

Or, depuis quelques jours, le système dysfonctionne. Sur mon autre blog, apparaît la bannière publicitaire suivante :


Intrigué, j'ai fait des recherches sur internet et j'ai trouvé ce billet de Sexactu expliquant que deux sites, Droite rencontre et Gauche rencontre, avaient été mis en ligne récemment, pour permettre aux célibataires de se retrouver par affinités politiques.

Cette logique rejoint pleinement la chaîne, qui avait été initiée sur les Privilégiés (résultats ), sur les affinités politiques à l'intérieur des couples. Cependant, si j'avais moi-même expliqué qu'il devait être complexe de construire un foyer avec des idéologies différentes, se fermer la porte aux rencontres de l'autre bord n'est-il pas plutôt un signe de fermeture ? L'amour ou le sexe avec l'autre bord n'est pas sale...

Il est cohérent de mettre en place des sites généralistes. On peut trouver cohérent de créer des sites homosexuels ou pour les personnes ayant des pratiques moins fréquentes dans la société, même si je ne vois pas pourquoi ces personnes ne pourraient pas se trouver sur des sites généraux. Mais s'appuyer sur de la politique, franchement, non, je ne vois pas bien.

Il y a aussi un site pour les fans du bio. Par contre, je me demande bien où les libéraux iraient s'inscrire : droite ou gauche, il faut choisir. Pour les réactionnaires, il faut aller . Pour les fans de bistro, c'est ici. J'attends aussi la mise en place d'un site islamiste...

Pourquoi ai-je dit plus haut que le robot de Google dysfonctionnait ? Tout simplement parce que c'est Droite rencontre qui ressort chez moi, alors que mon blog est censé être de gauche. A force de fricoter avec la droite, cela finit par se voir.

dimanche 21 février 2010

Le Conseil constitutionnel bientôt entièrement à droite.

Mes petits camarades blogueurs sont centrés en ce moment sur les régionales, avec une campagne qui serait malodorante, sur les retraites ou sur d'autres questions. De mon côté, je m'intéresse beaucoup aux futures nominations pour le Conseil Constitutionnel.

Tu vas me dire, cher lecteur, que tout le monde s'en fout. Sans doute, mais on a quand même le droit de s'inquiéter.

Je te rappelle que le Conseil constitutionnel a pour mission de vérifier la constitutionnalité des lois, lorsque un groupe de parlementaires ou l'un des présidents des chambres, voire le président lui-même, le lui demande. Il a aussi un rôle important dans la validation des résultats électoraux, et peut donner son avis au président s'il utilise l'article 16 de la constitution, ce qui, heureusement, n'est arrivé qu'une seule fois depuis 1958.

Ce conseil, à partir de mardi, sera uniquement composé de personnes de droite, disent les journaux ce matin. Pierre Joxe quittera en effet le Conseil, à la fin de son mandat de neuf ans. Ils seront donc onze hommes de droite en configuration maximale : les neuf nommés et les deux anciens présidents encore en vie qui y viennent de temps en temps. Au départ, je me suis inquiété de cela, car cette orientation pourrait bien entraîner une interprétation conservatrice de la constitution.

Mais finalement, qu'est-ce qui va réellement changer ? Il n'y avait qu'un socialiste, qui n'était pas parmi les plus gauchistes de son camp. Après, il n'y en aura plus. Passer de un à zéro, finalement, va-t-il faire évoluer le Conseil ? Cela n'aurait rien changé si, comme le souhaitait apparemment Brice Hortefeux, on nommait Michel Charasse, qui n'a plus grand rapport avec la gauche depuis longtemps...

La réponse est non. On peut juste regretter que notre démocratie soit incapable de composer une instance de ce type avec des représentants de tous les bords politiques présents au Parlement. Cela illustre juste notre immaturité démocratique. Espérons que nous serons capable, dans le futur, de faire mieux que cela.

jeudi 24 décembre 2009

No Sarkozy Day : on virerait le bonhomme, mais les idées...

Depuis le succès du "No Berlusconi Day", une initiative a été lancée en France d'organiser un "No Sarkozy Day". Un site a été monté, de même qu'un groupe Facebook, qui a déjà plus de 300 000 membres, et Twitter. Au départ, j'ai adhéré au groupe Facebook, en me disant que toute initiative visant à ennuyer le président de la République ne pouvait être que positive. Je reste tout à fait persuadé que la politique de Sarkozy est un vrai danger pour notre pays, et je ne vais surtout pas me priver du projet d'une belle manifestation.

Mais je doute du succès réel de ce mouvement. On peut tout à fait admettre tous les mauvais côtés de la personnalité de notre président, mais il y a trois réserves fortes qu'il faut énoncer avant de se lancer.

Tout d'abord, il est évident que Sarkozy ne démissionnera pas, sauf s'il pense que la pression est très forte, ce qu'une simple manifestation ne suffira pas à dire. En Italie, Berlusconi n'a pas cillé. Nous irons donc manifester et puis nous rentrerons chez nous, et le président sera toujours là.

Ensuite, la focalisation sur la personne du président risque d'oblitérer la nécessité d'un véritable travail idéologique à gauche pour contrer les idées du président et non pas le président lui-même.

Car la troisième réserve est bien là : si le président part, qui aura-t-on à la place, et avec quel programme ? Il y a tout de même un fort risque de se retrouver avec un autre président de droite mettant en valeur les mêmes idées et appliquant les mêmes politiques.

Alors, manifester contre Sarkozy, pourquoi pas, mais en sachant bien que nous avons aussi, à gauche, à préparer une véritable alternative idéologique et politique crédible. Sans cela, on pourra toujours manifester et même virer le président, mais on restera dans la même situation.

Manifestons et travaillons ! Le véritable "No Sarkozy Day" se déroulera en 2012, et il ne faut pas l'oublier.

mercredi 21 octobre 2009

De l’efficacité de parler de Jean Sarkozy pour attaquer le chef de l’Etat.

Depuis que l'annonce de l'arrivée de Jean Sarkozy à la tête de l'EPAD a été connue du grand public, nous nous en sommes donnés à cœur joie, nous, opposants antisarkozystes primaires. Or, nous ne sommes pas les seuls. Cette affaire a aussi choqué à droite. Les articles, les commentaires, les billets ont été nombreux, obligeant le chef de l'État à sortir de son silence normalement respectueux à l'égard des médias ce matin. Frédéric Lefebvre avait encore, hier, servi de pitbull au parti majoritaire.

Comme à chaque fois depuis que Sarkozy est au pouvoir, le président ne se démonte pas, et ses fans contre-attaquent. Il faut dire qu'ils surfent sur une situation déjà bien ancrée. En France, la reproduction sociale est instituée dans le fonctionnement même de l'Etat, des services publics et des entreprises. Le fait que le chef de l'État déclare, lors de son discours sur la réforme du lycée, qu'en France, on réussit maintenant par son mérite, ne dupe personne. Progressivement, les noms de personnalités d'autres bords politiques ayant bénéficié de faveurs commencent à sortir. Aujourd'hui, c'est la fille de José Bové qui en est victime.

Sarkozy est le cas typique d'une reproduction sociale très efficace dans notre pays. Certes, des personnalités parviennent parfois à s'intégrer dans le système, comme David Douillet récemment, mais dans la très grande majorité des cas, le fait d'être « fils à papa » est une nécessité dans ce pays pour espérer être intégré à l'élite.

Le fait que le chef de l'État mette en œuvre ces principes aussi ouvertement choque, et c'est normal. Cependant, ce n'est pas en insistant uniquement sur les traits de personnalité du caractère du président que l'on pourra le battre. Des chefs d'Etat butés, colériques, fiers, notre planète en a connu de nombreux qui ont été capables de se maintenir au pouvoir. Des chefs d'État favorisant leurs familles, la France n'a connu que cela.

Pour battre Sarkozy, il faudra certes mettre en valeur sa personnalité, mais uniquement les aspects qui remettent réellement en cause sa mission de chef de l'État. Pour le reste, il faudra plutôt se diriger vers les résultats de sa politique : dégradation des services publics, creusement des inégalités sociales, prise de contrôle progressive des médias, politique internationale hasardeuse…

Car franchement, cher lecteur, soyons franc : si la politique de Sarkozy avait du succès et que le président culminait dans les sondages, cette élection de Jean Sarkozy serait passée comme une lettre à la Poste. Cette polémique ne fait qu'illustrer l'impopularité du président.

Elle est un signe, mais elle n'est pas un moyen. Pour battre Sarkozy et l'UMP en 2012, il faudra se positionner sur le terrain politique, et pas ailleurs.

Au travail, camarades !

mardi 13 octobre 2009

De la place d’un jeune homme dans la structure de la Défense, et de sa place à droite…

Depuis deux jours, la presse ne lâche plus le morceau. Par un concours de circonstance totalement fortuit, le fils de notre bien-aimé président de la République va arriver à la tête de la structure coordonnant l'action des pouvoirs publics sur le site de la Défense, l'EPAD. Voilà que le fils du président va diriger un organisme au budget d'un milliard d'euros. Encore une fois, et comme cela s'était passé pour la prise du groupe UMP du conseil général, c'est Hervé Marseille qui lui cède son poste.

Cette affaire est une preuve évidente que Nicolas Sarkozy s'évertue à placer, partout où il peut, ses propres hommes. Il a fait de même au gouvernement.

Ce qui m'étonne est le silence ou le soutien apporté par les membres de l'UMP à ces manœuvres. Dimanche, j'ai eu l'occasion d'entendre Patrick Balkany affirmer avec force que le jeune Sarkozy était « plus brillant que son père au même âge », justifiant ainsi la fulgurante carrière du jeune homme à travers le monde politique. Ailleurs, dans la majorité, on ne dit rien ou on soutient.

Le président de la République avait été élu sur des slogans rassembleurs et fédérateurs comme le « travailler plus pour gagner plus ». A l'évidence, son action vise plutôt à favoriser systématiquement une élite, de préférence à son service. Dans ce cas précis, on est dans le népotisme.

Je trouve terriblement affligeant que les hommes politiques de droite ne réagissent pas et ne dénoncent pas de tels actes. Le soutien à l'action d'un homme ne signifie pas qu'il faille accepter tout et n'importe quoi. A terme, les électeurs ne sont pas idiots, et rappelleront au président et à ses proches que son action a surtout bénéficié à une petite minorité.

Il est dommage que seuls les proches de Dominique de Villepin et de Nicolas Dupont-Aignan aient le cran de s'exprimer contre le népoprésident. Pour une fois que j'attendais quelque chose de la droite républicaine, elle ne parvient même pas à me le donner.

PS : en tout cas, cette affaire a un avantage énorme pour moi, en tant qu'enseignant. Je peux enfin dire qu'un jeune de banlieue qui n'a pas fait d'études peut réussir rapidement. C'est beau, la politique…

dimanche 4 octobre 2009

Les votations citoyennes pour la Poste sont un succès, mais la question n’était pas la bonne.

Indéniablement, les votations sur la Poste sont un succès. Au début du mois de septembre, le collectif était très pessimiste sur le succès d'une opération peu médiatisée et peu relayée par les acteurs locaux. D'ailleurs, les grands médias n'ont commence à en parler que depuis deux ou trois jours, lorsqu'il est apparu que la réussite était une possibilité.

Ce vote est un succès, avec près de deux millions de votants décomptés ce soir. Cependant, il pose un véritable problème : seuls les anti-privatisations ont participé. En effet, la question insinuait que la Poste allait forcément être privatisée, ce que le gouvernement s'évertue à rejeter depuis le mois de juillet, sans que personne n'y croit : depuis 1983, aucune privatisation n'a été mise en échec. Les personnes préférant la privatisation se sont donc abstenues.

Pour moi, le vrai défaut de la consultation est dans sa question même. Il aurait fallu demander, non pas si on était contre la privatisation, mais si on souhaitait un référendum sur la question. Là, la participation aurait pu être beaucoup plus massive et les pours comme les contres auraient eu la possibilité de s'exprimer.

Je suis pour un référendum sur ce sujet, pour au moins deux raisons :

  • Nicolas Sarkozy n'a jamais avancé cette réforme dans son programme de 2007 comme une mesure-phare de sa présidence. Il n'a donc pas une légitimité forte sur ce point.
  • Jamais on n'a consulté le peuple français sur une nationalisation ou une privatisation. Or, il me semble normal de demander à ceux à qui le service public est rendu ce qu'ils souhaitent. Ainsi, les libéraux comme les socialistes et les autres tendances politiques auront tout le loisir de développer leurs théories sur les services publics et la place du collectif et de l'individuel dans notre société.

Ce soir, la droite nie la légitimité de cette votation, et elle a raison ! Finalement, c'est elle qui refuse au peuple le droit de s'exprimer. Il est d'ailleurs intéressant de constater que les textes d'application de la réforme constitutionnelle, sur le point du référendum d'initiative populaire, traînent toujours dans les tiroirs.

Tiens, les sondages (dont la légitimité est encore plus à caution que celle d'une votation mais que nos politiques trouvent plus représentatifs) disent que les Français veulent un référendum. Et si on osait, pour une fois, demander l'avis des citoyens ?

Pas sûr que nos gouvernants y soient prêts. Alors, les gars, on a peur de perdre ?

lundi 7 septembre 2009

Ne pas tomber, camarades, dans le piège François Bayrou.

Eh bien, ça y est. Après plusieurs mois de tergiversations, François Bayrou semble s'être décidé à tenter de prendre la tête d'une coalition hétéroclite qui irait du centre-droit à l'aile gauche du Parti Socialiste et des Verts. Depuis 2007, le président à haut-débit du Modem prépare tranquillement cette migration. Il l'a fait d'abord, en 2007, en choisissant de s'afficher ostensiblement avec Ségolène Royal. Cet acte et son refus de participer à la majorité présidentielle l'ont isolé. Il s'est alors placé dans la position de premier opposant à Nicolas Sarkozy, ne cessant de le critiquer et profitant à la fois du désordre du PS, de l'atonie des autres partis de gauche et du vide tout de même réel d'opposants forts. Sur certains sujets, il a pu avoir un impact : souvenons-nous qu'il a été le premier homme politique important à prendre position contre EDVIGE, alors que le silence régnait à gauche.

Et puis, les tests électoraux ont démenti cette première stratégie. Tout d'abord, il a perdu en chemin l'aile droite de l'ancienne UDF, vassalisée dans le Nouveau Centre, ce qui lui a fait perdre de nombreux réseaux locaux d'élus de droite. Ensuite, la stratégie du Modem aux municipales n'a pas été comprise par les électeurs, ne voyant pas pourquoi ce parti s'associait parfois à des listes UMP, y allait parfois seul ou se retrouvait dans des unions de la gauche allant jusqu'à LO. Aux européennes, Bayrou s'est lancé seul, espérant bénéficier de la cacophonie socialiste, mais là encore, son message a été brouillé : il s'est concentré sur une guerre anti-Sarkozy, délaissant le terrain européen qu'il affectionnait pourtant, et laissant cette fenêtre aux Verts.

Bayrou a réfléchi. Il a compris que ses hésitations nuisaient à sa stratégie personnelle. Il a aussi perçu le risque que le PS parvienne à sortir la tête de l'eau, ce qui le laisserait complètement isolé et sûr de prendre une veste aux régionales. S'il veut prendre la tête de la gauche libérale, il ne peut le faire que maintenant. Certains, à gauche, accueillent ce mouvement favorablement.

Ce n'est pas mon cas. Je sais qu'on va m'accuser d'être rancunier, mais je me souviens très bien que François Bayrou fut le ministre de l'éducation qui tenta de libéraliser les donations de fonds publics aux écoles privées dans les années 1990. Je me souviens aussi qu'il soutint les gouvernements Balladur et Juppé, mais aussi les gouvernements Raffarin et de Villepin. Je veux bien que les hommes changent et évoluent, mais je ne vois pas Bayrou passer de la droite chrétienne au socialisme.

Certes, le PS peut y gagner des électeurs du centre, mais il perdra de nombreuses personnes de gauche qui avaient déjà du mal à voter encore pour lui au premier tour. Déjà, la désignation de Ségolène Royal avait été un choix désastreux, uniquement viabilisée par la crainte d'un nouveau 21 avril. Au moins une alliance avec Bayrou aurait-elle l'avantage de précipiter la décomposition du PS et d'en finir avec certains de ses dirigeants. Cependant, elle ne ferait que permettre un maintien de la droite au pouvoir en 2012, soit avec Sarkozy, soit avec Bayrou.

Entre la peste et le choléra...

mardi 7 juillet 2009

Être de gauche, c’est être anti- ?

Tiens, c'est marrant : en rentrant des résultats du bac, j'ai découvert la nouvelle démarche politique du camarade Authueil. Voici que cet éminent blogueur de la droite respectable s'est brusquement transformé en socialiste réformiste qui cherche à refonder la gauche. On ne peut que s'étonner de cette problématique chez un soutien sans faille de l'UMP. Notre président de la République aurait-il tellement dégoûté les membres de sa majorité ?

Dans le raisonnement du camarade, on retrouve l'habituelle antienne, appliquée ici à l'extrême-gauche, sur le fait que la gauche française passe son temps à s'opposer bêtement à la droite au pouvoir. Authueil étant trop fin pour cela, il n'emploie pas les termes d'« anti-sarkozysme primaire », mais je sais que cette notion traîne souvent dans la blogosphère de droite et dans les médias de la même droite (voir les articles réguliers du Figaro). A chaque fois, j'admets que je suis très troublé devant cette accusation. Je me souviens que, sous la présidence de François Mitterrand, les militants de droite menaient de très violentes attaques contre la personne du président, pourtant moins impopulaire que l'actuel. A l'époque, on n'employa pas le terme d'« anti-mitterrandisme primaire ». On ne peut pas, lorsqu'on est dans l'opposition, ignorer la personne du chef de l'État. Nicolas Sarkozy doit être critiqué, autant sur sa personne (qu'il met suffisamment en avant par ailleurs) que sur ses actes et ses idées politiques. L'anti-sarkozysme n'est bien qu'un argument rhétorique visant à discréditer les opposants.

Dans ce même billet, Authueil tente de trouver quelques axes pouvant permettre de définir un programme de gauche renouvelé. Je te livre ici le passage :

Etre de Gauche aujourd'hui, c'est quoi ? Il y a au moins un fondement qui n'est guère contestable, c'est le refus d'une société dirigée uniquement par l'économique, où on vit pour travailler au lieu de travailler (éventuellement) pour vivre. C'est le refus du travailler plus pour gagner plus, parce que gagner plus, c'est pas forcement ce qu'on demande car on recherche davantage le "mieux" que le "plus". C'est le refus de cette société de consommation où le citoyen de base est pris pour un con plus souvent qu'à son tour, que ce soit comme électeur, comme consommateur ou comme salarié. Je pense que tous ceux qui se revendiquent de gauche peuvent signer ça.
Bizarrement, l'auteur définit tous les fondements de sa gauche renouvelée en commençant par le mot « refus ». Alors que la droite reproche à la gauche d'être sans arrêt dans l'opposition primaire, voilà qu'un blogueur de droite prend toute la pensée de gauche par le négatif.

Rien d'étonnant cependant. Étant baigné dans la culture politique de gauche, je n'aurais pas fait autrement si j'essayais de refonder la droite. Pourquoi ? Tout simplement parce que l'adversaire politique est naturellement défini par des termes plutôt négatifs, vu qu'on le différencie de soi. Comme le moi est positif, l'autre est négatif. S'il ne l'était pas, il n'y aurait pas de raison de s'opposer à lui et de vouloir gouverner à sa place.

Etant de gauche, je vais aider Samuel. Je ne crois pas que la gauche naît dans le refus mais dans la volonté de progrès et dans l'amélioration des conditions de vie de l'ensemble de la population. Aussi, si je reformulais le paragraphe précédent, je dirais :

Être de Gauche aujourd'hui, c'est quoi ? Il y a au moins un fondement qui n'est guère contestable, c'est la volonté de développer une société où l'économique vise au progrès collectif. C'est une société où l'on travaille parce qu'on veut une vie agréable et paisible, et où le gain financier n'est pas la priorité de tous, surtout au prix d'une vie médiocre. C'est le rêve d'une société démocratique dans laquelle le citoyen reprendrait en main le jeu politique, et dans laquelle le consommateur passerait au second plan. Je pense que tous ceux qui se revendiquent de gauche peuvent signer ça.
Bon, évidemment, il reste du refus, mais je ne vois pas comment faire autrement. Dans un texte de droite, on en trouverait aussi, histoire de clarifier l'offre politique.

Tiens, d'ailleurs, c'est bizarre : Authueil définit la gauche comme souhaitant un monde non dominé par l'économie. C'est pourtant par l'économie que Marx espérait transformer le monde, mais je ne sais pas à quelle gauche le co-organisateur de la RDB s'adresse effectivement…

lundi 23 mars 2009

Laurence Parisot démontre que le patronat ne sert à rien.

La semaine dernière, Laurence Parisot avait fait sensation en montant une véritable offensive contre le leader de la CGT Bernard Thibault. Évidemment, le moment était stratégique : il s'agissait de tenter de casser la dynamique du mouvement social qui devait se dérouler deux jours plus tard. Les journaux ont largement relayé ce message, et les réactions des politiques ont été nombreuses, allant des leaders des partis de gauche aux représentants des syndicats eux-mêmes.

Vu que j'étais à l'étranger à ce moment-là, je n'ai pas réellement pu me questionner sur le sens de cette déclaration et réagir à chaud. En soi, cela permet d'avoir un peu de recul. Sur le moment, on peut s'étonner d'une telle véhémence de la patronne des patrons, alors que dans le même discours, elle invite le même Thibault à entamer le fameux dialogue social.

Quelques réflexions donc, cher lecteur. Tout d'abord, et contrairement à ce que semblent suggérer les journaux, je ne crois pas du tout que cette offensive ait été un hasard total, hors d'aspects politiques divers importants. Je n'imagine pas que la patronne du MEDEF ait pu se lancer dans un tel plaidoyer antisyndical sans avoir avant consulté l'Élysée, ou, en tout cas, des proches de la majorité au pouvoir. En effet, le gouvernement tentait plutôt de calmer le jeu au même moment, tout en restant ferme. Il s'agit bien d'une contradiction forte qui pourrait être une manœuvre concertée avec le pouvoir pour rassurer le patronat. De plus, et Sarkozy l'a encore redit récemment, la droite n'a pas l'attention de lâcher ni de réfléchir à quoi que ce soit sur les salaires ou sur l'investissement.

Il y a ensuite une logique que je ne parviens pas à saisir convenablement. Si les syndicats sont responsables de la chute de plusieurs entreprises, comme le dit le discours, quelle responsabilité des employeurs dans cette crise ? Il ne faut quand même pas oublier que les patrons ont aussi une part de responsabilités dans les phénomènes en cours, et particulièrement dans le système bancaire. Certes, ils ne décident pas seuls, loin de là, mais tenter de se défausser de cette manière de son rôle de dirigeant d'entreprise me semble très léger. Dans ce cas, à quoi peut bien servir le patronat, s'il n'a pas un minimum d'influence sur la vie de son entreprise. Il ne faut pas oublier non plus que de nombreuses grèves ont aussi été provoquées par des décisions des employeurs, en fait la grande majorité me semble-t-il.

Tout cela révèle, en tout cas, la tension grandissante dans les relations sociales. La mobilisation de plus en plus forte du secteur privé (le public était moins en grève jeudi dernier) inquiète beaucoup car ces salariés risquent beaucoup plus que les fonctionnaires et qu'ils pourraient mal réagir si la situation devenait vraiment grave. En effet, quand les fonctionnaires font grève, ils peuvent toujours revenir en arrière, car ils ont de vraies protections. Par contre, quand le privé se lance, il a souvent beaucoup à perdre, et il est donc beaucoup plus violent dans ses modes d'action.

Or, en décrédibilisant la CGT, je ne pense pas que la droite mène une politique cohérente. En effet, si les syndicats ne sont pas crédibles, s'il n'y a pas d'alternative à gauche, si les employeurs et les riches refusent de bouger alors que le reste de la société souffre cruellement, que va-t-il se passer ? Franchement, cher lecteur, tout cela sent mauvais, et j'espère que nos élites vont vite changer de braquet…

samedi 14 février 2009

La chaîne qui tue : ma vision du libéralisme.

« Le marché libre n'existe que parce que l'État protège les droits de propriété et la liberté des acteurs économiques. »

Il y a plusieurs jours, LOmiG me demanda de définir ma vision du libéralisme. Je ne l’avais pas encore fait, d’abord parce que la tâche me semblait totalement impossible sans faire une réelle étude et après des années de travail, et ensuite parce que, ne me sentant pas libéral, je me voyais mal définir une idéologie qui n’est pas mienne sans tomber dans l’opposition parfois caricaturale.

Pourtant, sur de nombreux aspects, je suis totalement libéral. Comme les libéraux, je suis avec acharnement attaché aux droits individuels (liberté de penser, d’expression, de religion, de résistance à l’oppression…). Sur cet aspect, comme je l’ai souvent dit, je ne supporte pas que l’État, les entreprises, les riches, les administrateurs, les religieux, les politiques, puissent, à un quelconque moment, réduire mes possibilités de réflexion et de jugement. J’estime, sans doute avec un côté un peu naïf, que les idées stupides ou dangereuses doivent être démontées et vaincues par l’analyse et le raisonnement intellectuel, et pas par l’interdiction, qui leur donnent une place de victime bien pratique.

De même, comme je l’avais déjà écrit ici, je suis un fervent supporter de la démocratie, que j’estime être le seul régime apte à éviter la violence à une société. La loi de la majorité, tant qu’elle ne remet pas en cause les droits individuels des citoyens, doit prédominer.

Et c’est là que je diffère des libéraux les plus fervents. Ceux-ci considèrent la propriété comme un droit individuel. Or, la propriété, telle qu’elle existe aujourd’hui, est plutôt un système de gestion du capital, comme on pourrait en imaginer d’autres. Les rédacteurs de la déclaration des droits de 1789 l’ont intégrée aux droits individuels parce qu’ils étaient eux-mêmes des gens aisés et prêts à transformer en principe ce qui était plutôt un privilège. Il faut leur rendre grâce : ils luttaient contre des privilégiés s’appuyant sur le lien sanguin, et ils cherchaient aussi un autre moyen de créer une hiérarchie plus ouverte et plus démocratique. Cependant, le vice est là : les libéraux considèrent que chacun a droit à la propriété mais tout le monde ne peut y avoir accès, puisqu’on ne peut priver, même démocratiquement, personne de sa propriété, comme on ne pourrait priver personne de sa liberté de penser. L’héritage, de plus, entretient cette déviance. Une minorité peut ainsi pleinement profiter des autres droits, alors qu’une très large majorité de la population mondiale souffre terriblement et se trouve privée des droits fondamentaux.

La phrase que j’ai citée au-dessus est le nœud du problème. Elle est tirée de la réponse de Paul Guignard à cette même chaîne. Il illustre ici l’idée que l’État, finalement indispensable, n’a pour but que de protéger la propriété de ceux qui en ont beaucoup, alors que cette concentration du capital empêche, fondamentalement, la majorité d’accéder aux droits fondamentaux. Le marché libre a la même finalité.

Bon, évidemment, j’ai été ici très caricatural. Le libéralisme est multiple, comme les autres idéologies. De plus, même si je tacle souvent les libéraux, j’estime qu’ils sont des démocrates et que je me dois donc de les considérer comme des alliés face à d’autres composantes du champ politique. Entre démocrates, on tombe toujours d’accord lorsqu’il s’agit de combattre les pestes de différentes couleurs.

Bon, maintenant que j’ai réussi à me débarrasser de cette chaîne, je la refile à Manuel, Fabrice, Didier Goux, Peuples et Faucon de Roquemaure. Bon courage !

samedi 31 janvier 2009

Ça ne va pas, et maintenant ? (mais cette fois, c'est par Mathieu L)

Après avoir festoyé, après avoir été lyrique voire bucolique, je voulais, cher lecteur, me pencher sur la manifestation de jeudi avec un air un peu moins rêveur et un peu plus critique. Manuel m’ayant un peu devancé, nous donnant une vision qui m’a beaucoup surpris, il me faut à mon tour me jeter à l’eau.

Comme tu le sais sans doute, j’ai une grande habitude du rituel de la manifestation. Le premier choc que j’ai éprouvé durant cette journée a été la masse imposante des manifestants. C’est d’autant plus étonnant que les mots d’ordre étaient totalement imprécis, et qu’il fallait faire grève pour pouvoir venir, ce que seuls les fonctionnaires des catégories B et A peuvent facilement se permettre. L’étonnement a été accru par la forte présence d’autres catégories de personnels que les habituels fonctionnaires et ouvriers de la grande industrie. Dans les cortèges de la CGT se trouvaient des personnels des sociétés de service, peu habitués à la manifestation, des retraités et de simples employés du privé. J’ai même eu l’impression, en fin de manif, que les fonctionnaires n’étaient pas majoritaires, à peine la moitié des manifestants. Il fallait noter aussi la présence d’importants groupes de retraités.

Les chiffres avancés sont aussi très impressionnants. Pour rappel, un commentateur de Vogelsong nous signale ici que, lors de la victoire des Bleus en 1998, environ 600 000 personnes se sont retrouvés entre la Concorde et l’arc de triomphe, alors que, durant la manifestation du 29 janvier, entre 15h30 et 18h00, le cortège a occupé tout l’espace se trouvant entre la Bastille et l’Opéra Garnier (pour mémoire, la police a dénombré 60 000 manifestants et la CGT 300 000, les deux étant, selon moi, en dessous de la vérité). J’ai aussi souvenir que, lors de la dernière manifestation contre le CPE, en 2006, durant laquelle les syndicats avaient annoncé presque 1 million de personnes, les étudiants chantaient « le million, le million », alors que cela faisait trois mois que la grève durait. En un coup, les syndicats ont donc mobilisé bien plus que jamais durant les années précédentes, et des catégories de manifestants qui n’ont pas l’habitude de se déplacer, sur des mots d’ordre totalement flous. Cette exceptionnalité mérite des analyses.

Je vais donc essayer, cher lecteur, de te faire partager mon ressenti de la manif. Tout d’abord, certains témoignages soulignent le côté joyeux du cortège, ce qui est vrai, mais je dois aussi ajouter que les slogans n’étaient pas forcément très positifs, et même très offensifs. Plusieurs slogans dominaient :
  • Le pouvoir d’achat était présent chez beaucoup, particulièrement chez les retraités mais aussi chez les salariés du privé comme du public.
  • L’emploi ressortait moins, sauf dans les cortèges des ouvriers de l’industrie s’inquiétant des plans sociaux et des délocalisations, et chez les fonctionnaires, demandant l’arrêt des suppressions de postes.
  • Les slogans sur les banques étaient nombreux, se demandant pourquoi il y avait eu tous ces prêts et les 20 milliards de recapitalisation sans contreparties.
  • Enfin, et je ne peux que le reconnaître, les slogans anti-Sarkozy étaient partout, que ce soit avec des jeux de mots sur le « casse-toi, pov’ con ! » et sur le « plus personne ne se rend compte qu’il y a une grève en France ». Les « Sarko démission !» ont aussi émergé en fin de manifestation, les chiffres annoncés par la police en province ayant couru et les manifestants dénonçant les tentatives évidentes de manipulation.
Ce qui est net, c’est que cette manifestation exprimait à la fois une volonté d’arrêt des dégradations des conditions de vie, une incompréhension devant les ressorts d’une crise causée par l’irresponsabilité de nos élites (ce que laissent penser les slogans) et un rejet profond de Nicolas Sarkozy, malgré la volonté des syndicats de ne pas politiser tout cela.

Dans un billet récent, Authueil nous affirmait que le gouvernement gérait bien la crise, en tout cas le mieux possible. Franchement, les manifestants n’avaient pas l’air de le penser. Cela est d’autant plus étonnant que la crise n’a pas encore réellement touché la plupart des salariés. Je crois aussi que c’est inquiétant pour les autres acteurs de notre vie publique. Les partis de gauche n’ont pour le moment pas de moyens de capitaliser cette mobilisation, les syndicats n’ont pas encore de demandes claires et ne semblent pas savoir quoi faire de ce succès. Mais les demandes sont là, et vigoureusement exprimées.

Comme mon camarade, j’ai tendance, et ce malgré le fait que je soutiens pleinement cette grève, à dire à tout le monde de ne pas ignorer ce fait politique. La droite doit arrêter de tenter de faire passer cette grève comme une grève des catégories habituelles de grévistes, les syndicats doivent nous appeler à la grève à nouveau si nécessaire mais sur des motifs clairs et précis, le président et ses ministres doivent tourner sept fois leurs langues dans leurs bouches avant de parler et les partis de gauche feraient bien de quitter leurs querelles intestines et de se mettre réellement au travail. On n’a en effet aucune idée de comment un tel mouvement social peut évoluer…

mercredi 28 janvier 2009

Pour réduire le déficit public, sabrons les budgets du planning familial.

Le 27 janvier 09, le Mouvement du Planning Familial annonçait la fermeture d’une partie de ses 68 centres ouverts en France. En effet, l’État vient de décider de réduire ses financements de 20%. Le MPF touche ces subventions car l’État lui a délégué une partie de sa prévention sur l’avortement et la contraception.

Certes, on sait que les finances publiques ne sont pas en grande forme et on peut ne pas s’étonner de ces réductions. Pourtant, quand on regarde les chiffres, on tique : le financement est passé de 2,6 à 2,1 millions d’euros, soit une diminution de 500 000 € cette année. Franchement, dans le vaste déficit public, cette somme apparaît comme une gouttelette dans la mer.

Le planning familial est une institution fondée en 1956 qui a lutté depuis pour permettre aux femmes de prendre le contrôle de leurs vies et avoir la possibilité de choisir leur moment pour faire un enfant. Cette association a participé largement à l’obtention du droit à la contraception (1967) et du droit à l’avortement (1975). Souvent, le MPF s’est retrouvé en opposition avec la droite de l’époque sur ces questions de société, mais on pouvait penser que le conflit était clos depuis un moment.

Apparemment, il n’en est rien. On pourrait supposer qu’il s’agit d’une volonté de relancer la natalité. Si c’est le cas, je crois que le gouvernement fait fausse route. La France a déjà le deuxième taux de fécondité des pays développés. Cette croissance démographique exceptionnelle (seule la très catholique Irlande fait mieux que nous) s’appuie à la fois sur la réduction régulière du temps de travail, sur l’action des CAF, sur l’existence des congés parentaux et sur l’important réseau de crèches qui permet aux femmes de ne pas complètement abandonner leurs carrières professionnelles. Cette originalité française est tellement ancrée dans nos mentalités que même le Conseil d’Orientation sur les Retraites (COR) vient de proposer de prendre en compte dans les annuités les années de maternité et les congés parentaux. La France agit donc, sur ce point, par l’incitation, et je trouve que c’est très positif, car respectueux des choix de chaque femme et de chaque homme.

Cette mesure doit donc largement être inspirée par des visions politiciennes. La droite réac en profite pour rabaisser cette institution dont l’efficacité a pourtant été démontrée largement.

Parfois, on aimerait que la politique prenne un peu moins le pas…

vendredi 23 janvier 2009

Tous les pays occidentaux mous sur Israël ? Pour le Canada, vive la guerre à Gaza !

Durant le conflit israélo-hamasien, les médias et la blogosphère n’ont cessé de signaler la mollesse des réactions des pays occidentaux, partagés entre le soutien mou à Israël et la condamnation molle de l’intervention. Même les pays arabes, qui souhaitaient apparemment affaiblir le Hamas, sont restés cois.

Il y a pourtant une exception notable. Depuis le début de l’opération, le Canada n’a cessé de se féliciter de l’opération israélienne. En effet, même si c’est de manière très précaire, le Canada reste dirigé par des conservateurs largement inspirés par les idées néoconservatrices des anciens dirigeants américains. La justification s’inspire toujours de la logique de l’attaque préventive : le risque terroriste implique une opération de grande ampleur pour détruire les menaces éventuelles.

A chaque fois que le gouvernement Harper prend ce type de position, je dois te dire, cher lecteur, que j’ai un pincement au cœur. Certes, le Canada est loin d’être une grande puissance politique et militaire (éloignement des grands terrains mondiaux de crise, population peu nombreuse, liens très forts avec la défense américaine…) mais ce pays s’est toujours caractérisé par sa volonté de promouvoir la paix partout dans le monde. Il avait été à la tête de grands accords mondiaux comme le protocole de Kyoto ou l’accord sur les mines anti-personnelles. En 2003, le Premier ministre Jean Chrétien avait vertement combattu la guerre en Irak.

Il est dommage qu’un dirigeant dégrade ainsi l’image si positive de pays pacifique que pouvait avoir le Canada.

C’est marrant : lundi soir dernier, 14 ambassadeurs de pays arabes et le représentant de l’Autorité palestinienne ont exigé d’être reçus par le ministre des affaires étrangères canadien pour lui expliquer leurs positions. Ce type de rencontre sert-il à quelque chose ? Je doute que les néocons canadiens changent de position aussi facilement, mais cela a le mérite de marquer un désaccord…

Photographie : Stephen Harper, Premier ministre du Canada, chef du Parti Conservateur du Canada. Source ici.

mardi 23 décembre 2008

L'affaire Julien Dray : franchement, camarades blogueurs, devons-nous, nous aussi, faire de la politique politicienne ?

Cher lecteur, si tu es un fidèle de la blogosphère, tu auras pu te rendre compte que nos confrères blogueurs politiques ne s'intéressent qu'à une seule chose en cette belle journée de décembre : l'affaire Julien Dray. Pourtant, cette affaire est bien mince en elle-même, et, à mon avis son seul intérêt est bien le respect de la présomption d'innocence, comme dans chaque affaire de ce type.

Et pourtant, cher lecteur, je suis las. En effet, mes camarades blogueurs se sont jetés, avec acharnement, dans la polémique politicienne concernant le PS et l'UMP. Les questions posées sont simples : est-ce que le PS n'essaie pas de flinguer Dray à cause de son soutien à Ségolène ? Est-ce que cela n'arrange pas les ségolénistes, ou les aubryistes ? Est-ce que l'UMP n'en profite pas ?

A mon avis, personne ne bénificiera de cette affaire à terme. Le monde politique en sortira de toute façon atteint, comme à chaque fois qu'un homme politique est mis en cause dans une procédure judiciaire, quel que soit son bord, et quelles que soient les conclusions de la justice. Seuls les populistes de tout crin, à gauche comme à droite, profitent de ce type d'affaire.

Finalement, à part pour profiter du tapage médiatique (ce qui reste la seule raison valable mais pas très morale pour des passionnés de politique) et récupérer quelques internautes venus traîner par hasard sur les pages de nos blogs, quel intérêt avons-nous à participer à cette polémique UMP-PS ? A mon avis, pas plus que l'UMP et le PS n'ont intérêt à faire de la politique politicienne sur une affaire judiciaire...

jeudi 11 décembre 2008

Christine Lagarde annonce un projet de loi sur le crédit revolving.

Ce matin, le journal Aujourd'hui a annoncé que Christine Lagarde préparait un projet de loi sur le crédit revolving. Il s'agirait d'obliger les professionnels du crédit à être plus clairs concernant les conditions des prêts qu'ils accordent. La loi, selon Martin Hirsch, devrait amener à un "taux d'intérêt faible, une probabilité de taux de surendettement faible, et des possibilités d'avoir des mensualités supportables". J'avais, il y a quelques semaines, fait un article pour dénoncer les abus des grandes surfaces avec les cartes de crédit revolving. Je devrais donc me réjouir, cher lecteur, de ce projet de loi qui devrait amener à limiter un peu les choses.

Je trouve pourtant que l'on se moque de nos compatriotes avec ce type d'annonce. Depuis le début du mandat de Sarkozy, le gouvernement ne cesse d'insister sur l'idée de gain et de consommation. La crise a accru le phénomène : cela se retrouve dans les raisonnements sur le travail du dimanche par exemple. Les politiciens de droite poussent donc les Français à consommer en augmentant leur temps de travail, mesure pénible car elle oblige à une dégradation des conditions de vie. Nos amis de droite refusent toujours d'envisager un quelconque mouvement des salaires : ce terme reste un mot tabou. Au contraire, les économistes autorisés ne cessent de dire qu'il ne faut surtout pas distribuer du salaire maintenant. Cela ne servirait à rien car nos concitoyens dépenseraient leur argent pour acheter des produits étrangers.

Coincés dans cette situation, nos concitoyens sont cohérents : ils cherchent du pouvoir d'achat ailleurs, sans avoir à dégrader leurs conditions de travail, et voilà que des organismes bancaires leur proposent des crédits assez facilement sans que d'importantes conditions soient requises. Certes, il y a un peu d'endettement, mais après tout, si on consomme...

Il semble que le projet de loi vise surtout les organismes bancaires, mais je voudrais ajouter quelque chose. Depuis les années 1970, l'apparition du chômage de masse a brisé la logique des Trente Glorieuses qui avait permis une hausse régulière des salaires et de la consommation. Pour remplacer cela, les politiques nous ont vendu le crédit ou le travailler plus. On ne permettra aux gens d'arrêter de s'endetter au-delà de leurs possibilités que si on cesse de leur faire croire que tout le monde peut tout acheter, et que l'on se relance dans une politique de hausse des salaires, permettant finalement la vraie redistribution : celle qui vient du travail et de la production de richesses, de quelque forme qu'elle soit. La hausse du salaire est le seul moyen d'accroître son revenu décemment, sans dégrader ses conditions de vie et en construisant son avenir sereinement.

N'oublie pas, cher lecteur, qu'il vaut mieux que les richesses aillent vers les salaires que vers les capitaux. Les pauvres et les classes moyennes dépensent, alors que les riches épargnent. Même les économistes les plus libéraux le disent, alors, mettons ce beau principe en œuvre.

lundi 8 décembre 2008

Ah, c'est la crise, aidons vite les pauvres retraités actionnaires à s'en sortir !

Le Sénateur Philippe Marini a trouvé un nouveau moyen de creuser un peu plus le déficit public. Il propose un amendement à la loi de finances, actuellement étudiée au Sénat, qui permettrait aux personnes qui ont perdu de l'argent en revendant leurs valeurs mobilières ces derniers mois, de déduire ces pertes de leurs revenus de 2009. Ils pourront ainsi déduire jusqu'à 10 700 € sur une somme de vente de moins de 25 000 €.

Lorsque je l'ai entendu ce matin sur France Inter, Marini a presque failli me faire pleurer. Voilà qu'il nous présente le cas suivant : "Imaginez ce retraité qui a dû vendre ses actions en catastrophe pour permettre de faire entrer sa femme en maison de retraite. Voilà un homme en grande difficulté que nous devons aider".

Tiens, c'est marrant. Moi, j'avais plutôt l'impression qu'en ce moment, les vieux en difficulté étaient plutôt ceux qui touchent le minimum-vieillesse et qui n'arrivent plus à assumer leurs frais de base. En effet, si ces personnes sont déjà capables de déduire 10 700 € de leur revenus, c'est qu'ils sont au-dessus du minimum-vieillesse.

Pour moi, la mesure est nocive sur au moins deux points :
  • Il existe une multitude de moyens pour placer son argent : achat de biens immobiliers, assurances-vies, livret bancaires protégés par la collectivité, investissement dans les entreprises innovantes... Le capitalisme a inventé de nombreuses solutions pour permettre à ceux ayant du capital de le faire fructifier. Ces retraités, puisque c'est à eux que pense Marini, ont fait le choix de placer leurs capitaux sur les investissements les plus à risques, sans doute parce qu'ils espéraient faire le maximum de bénéfices possibles. Aujourd'hui, dans le jeu boursier, ces gens ont perdu, mais seulement pour le moment : n'oublie pas, cher lecteur, que le marché repartira à la hausse. On soutient donc les gens qui ont paniqué, car je ne crois pas que si tu es capable de vendre 25 000 € d'actions, tu aies du mal à aider ta femme qui va en maison de retraite. Encore une mesure profondément déresponsabilisante, d'autant plus que les gains sont déjà en grande partie exonérés : quand tu gagnes, tu gardes, et quand tu perds, tu gagnes aussi !
  • Le second problème est que l'État a déjà des problèmes financiers. Continuant à refuser de jouer sur les recettes, la majorité continue à créer des dépenses par des exonérations, pour aider des riches ici. Je sais que je vais encore passer pour un gauchiste, mais je ne veux même pas leur prendre de l'argent. Je pense juste qu'ils doivent assumer leurs responsabilités et accepter de perdre l'argent qu'ils ont jouée. Il y a d'autres catégories de personnes qui ont vraiment besoin de l'État pour affronter la crise. Les ouvriers de l'automobile, victimes des mauvais choix de leurs entreprises et qui perdent du salaire en chômage technique, alors qu'ils veulent travailler, auraient pu, eux, recevoir quelque chose, comme une compensation salariale totale, juste avant les fêtes. Cela coûterait-il si cher, et plus que l'aide de Marini ? Peut-être même pas... Et que dire de l'important groupe de retraités au minimum-vieillesse ?
A un moment où le gouvernement tente de renouveler la tête du parti majoritaire, ces mesures portent tort à la majorité, et confirme que cette majorité est bien une majorité défendant un groupe particulier de notre société.

jeudi 4 décembre 2008

On peut toujours en apprendre à l'étranger : le Canada de Stephen Harper.

Cher lecteur, nous vivons, politiquement, une époque moderne. Certes, la France a déjà la chance d'avoir le président le plus en pointe de la modernité. Heureusement, je te rassure, d'autres pays ont des dirigeants qui ne sont pas loin de valoir le nôtre.

Le Canada est par exemple un pays d'une grande modernité. Depuis 2006, après une très longue période de gouvernement du Parti Libéral, le Parti Conservateur du Canada est revenu au pouvoir. Héritier de l'ancien parti conservateur, le PCC a été porté par Stephen Harper, à peine âgé de 49 ans aujourd'hui. Celui-ci, à peine installé au pouvoir, a nettement fait évoluer la politique du Canada dans un sens néo-conservateur. Il a immédiatement lancé une politique fiscale à destination des plus riches, s'est rapproché de Bush alors que le Canada s'était démarqué de la guerre en Irak, a violemment attaqué le mariage homosexuel. Bref, Harper a nettement marqué son pays à droite, malgré quelques ouvertures sur la question québécoise sans grand lendemain.

Malheureusement pour lui, lors de sa première élection en 2006, Harper n'a pu obtenir une majorité parlementaire et a été obligé de composer avec les autres partis. En effet, la Confédération Canadienne est organisée sur le modèle du Royaume-Uni. Même si son influence a diminué, tenir le Parlement est indispensable pour diriger convenablement le pays. En septembre 2008, il décide de risquer la dissolution du fait de sondages favorables et de la crainte des conséquences de la crise financière. Et là, patatras ! Après une campagne agitée par l'agressivité du Bloc Québécois, Harper l'emporte mais son parti reste minoritaire au Parlement.

Depuis, les conflits sont permanents, et se sont aggravés récemment. A peine élu, Stephen Harper se préparait à affronter un nouveau vote de motion de censure qui risquait d'être fatal à son gouvernement. Plutôt que d'aller au clash, le premier ministre a alors demandé audience à Michaëlle Jean, représentante de la reine d'Angleterre, qui joue le rôle de chef d'Etat symbolique, pour lui demander de suspendre le Parlement jusqu'au 26 janvier, pour permettre aux partis politiques de faire des propositions pour lutter contre la crise.

Et là, chose incroyable, la chef d'Etat l'a fait. Je trouve cela inacceptable. Alors que le Parlement, pourtant censé représenter le peuple, se prépare à te renverser, tu peux comme cela décider de le renvoyer au 26 janvier 2009 pour tenter de sauver ta tête. La situation est apparemment inédite, et j'espère bien qu'elle le restera. Il faut que les autres partis censurent cela et aillent aux élections : c'est vraiment baffouer les élus du peuple !

Bon, je te rassure, cher lecteur, cela ne peut arriver à Sarkozy : il est irresponsable et peut dissoudre l'Assemblée si jamais elle tente de se rebeller contre le gouvernement. La France est décidément un pays moderne...